Cette presse qui ment

On ne lâche rien ! Voici plumedepresse-Nuit.

De prime abord, les grands médias semblent bien trop puissants, à notre échelle de fourmi, pour pouvoir contrecarrer efficacement leur propagande ou leur désinformation. Mais gare à l’effet démultiplicateur d’Internet ! Lorsque des centaines de blogs démontent ainsi par exemple le discours libéral sur le Traité constitutionnel européen, le « Non » finit par largement l’emporter au référendum, contre toutes les « élites » médiatiques ! Le combat pour défendre nos retraites passe donc forcément aussi par cette réappropriation citoyenne de l’information. Cas pratiques avec Le Figaro et France Soir.

Au Figaro, on n’a vraiment peur de rien lorsqu’il s’agit de voler au secours d’un pouvoir de droite malmené. Il fallait ainsi oser titrer « Le mouvement s’essoufle » le 15 octobre dernier, en ne prenant appui que sur le nombre de grévistes – dont on sait en plus qu’il est trafiqué directement par l’Elysée (au moins en ce qui concerne la SNCF). Michel Soudais se charge dans Politis de reprendre de volée la Pravda sarkozyste : « Au terme d’une journée marquée par une importante mobilisation des lycéens et étudiants contre la réforme des retraites, la « Une » du Figaro, déjà risible ce matin eu égard aux grèves en cours malgré l’absence de tout mot d’ordre national sur une grève reconductible, devient tout bonnement grotesque. Le bon quotidien de Serge Dassault expliquait encore à ses lecteurs UMPistes ce matin qu’ils n’avaient rien à craindre : « La mobilisation faiblit, Sarkozy reste ferme. » (…) Car loin de faiblir, la mobilisation a cette fois vraiment gagné la jeunesse. Selon l’Union nationale lycéenne (UNL), 1 100 lycées se sont mobilisés sur les 4.302 du pays, et environ 700 étaient bloqués. Et l’on a vu un peu partout dans le pays des lycéens et étudiants improviser des manifestation contre la réforme des retraites en dépit des mises en garde du gouvernement contre des risques de manipulation et de dérapages. » Cette fameuse « Une » du Figaro est emblématique : « Depuis le premier jour, chaque mobilisation donne lieu au même type de bataille, analyse sur son blog Jean-Luc Mélenchon, le président du Parti de gauche. La presse annonce une décroissance de la mobilisation. Comme les chiffres de départ sont sous-estimés et qu’est annoncée une mobilisation moindre la fois d’après, on devrait finir par entendre dire qu’il n’y a personne dans la rue et dans la grève ! On comprend la stratégie gouvernementale. C’est de la lutte. Il s’agit de démoraliser les combattants. » Le miracle étant, compte tenu de ce bourrage de crânes systématique additionné à la parole des journalistes et des politiques de droite qui ne cessent de répéter que le gouvernement ne bougera pas – à quoi bon manifester et faire la grève, dès lors ? – que la mobilisation ne faiblisse pourtant pas !

Autre caillou dans la chaussure des sarkozystes, l’adhésion de l’opinion publique au mouvement, constamment réaffirmée par toutes les enquêtes (voir par exemple ce billet ou celui-ci). Alors comment faire pour nier cette réalité ? France Soir nous sort cette « Une » d’anthologie, exprimant – et avec quelle violence ! – le point de vue minoritaire, histoire de lui apporter le soutien maximum.

Nous ne sommes pas contre le journalisme d’opinion – ce serait l’hôpital qui se fout de la charité ! – mais pour le coup, ce journal s’affiche vraiment comme l’Officiel de la Réaction. Certes, on peut lui reconnaître de ne pas faire à ce niveau-là dans l’hypocrisie. Mais tout de même, « Les Français qui travaillent pris en otage » annoncé en ouverture de « Notre dossier complet »N’est-ce pas du Sarkozy ou Hortefeux dans le texte ?« L’immense majorité n’a pas à subir la loi d’une minorité« , déclarait ainsi le ministre de la Répression des manifestants et des Casseurs policiers. Mais le problème pour lui – on n’en sort pas -, c’est que la minorité qui impose sa contre-réforme antisociale, c’est l’UMP, contre la majorité des Français ! Alors Le Figaro croit avoir trouvé la parade en sortant de sa manche Opinion Way. Et ça donne ça :

« Selon un sondage OpinionWay, ils sont une majorité à espérer l’arrêt du mouvement après le vote du projet de loi », annonce l’introduction de l’article de ce samedi matin. « Assiste-t-on à un tournant de l’opinion ? Le jugement des Français sur les mouvements de grèves contre la réforme des retraites évolue et se complexifie. L’idée d’un soutien massif et persistant à la mobilisation semble s’effriter. Le sondage de l’institut OpinionWay pour Le Figaro constate notamment une forte montée de la désapprobation à l’égard des blocages dans les raffineries ou dans les lycées. Mais le point le plus nouveau de ce sondage est aussi le souhait par 56% des sondés que les syndicats «respectent le vote de parlementaires» dès le moment où la réforme des retraites sera adoptée, et «arrêtent le mouvement.» (…) Cette validation de la République parlementaire est le premier élément venant conforter la thèse de l’Élysée, qui a toujours soutenu qu’il ne fallait pas prendre les Français par surprise en faisant voter la loi pendant l’été ou au tout début du mois de septembre (…) «Le temps de la consultation et de la discussion parlementaire a été totalement respecté», défend un proche du chef de l’État, «et les Français l’ont vu». «C’est aussi une façon de reconnaître que la méthode Sarkozy n’était pas particulièrement autoritaire, sauf à considérer qu’un ou deux millions de manifestants ont forcément raison contre le président et le Parlement», note un fidèle du chef de l’État. L’accélération finale des débats au Sénat a été la seule entorse au respect du rythme parlementaire. Reste que, depuis le début du mois de septembre, le débat parlementaire n’avait pas été forcé. » A ce stade de foutage de gueule, dénonçons l’auteur de ces lignes, qui se prétend journaliste : il s’agit de Charles Jaigu, du service Politique figaresque. Il « oublie » simplement l’épisode scandaleux qui vit toute l’opposition réclamer la démission de Bernard Accoyer !

En témoigne cette tribune publiée par Le Monde, signée, excusez du peu, par Jean-Marc Ayrault, président du groupe socialiste, radical et citoyen, Yves Cochet, député Vert et président du groupe de la Gauche démocrate et républicaine (GDR), Roland Muzeau, porte-parole des député(e)s communistes, républicains et citoyens, Gérard Charasse, responsable des députés radicaux de gauche, Martine Billard, députée du Parti de gauche, et l’ensemble des député(e)s socialistes, radicaux et citoyen, communistes, Verts et apparentés : « Le président de l’Assemblée nationale occupe une place à part dans notre République. Issu de la majorité, il devient, dès son élection, le garant du bon fonctionnement de l’Assemblée. A ce titre, il a pour premier devoir de veiller au respect des droits de tous les députés, qu’ils soient issus de la majorité ou de l’opposition. Son impartialité fonde son autorité. Son intégrité est d’autant plus indispensable qu’il n’existe pas, en France, de juge compétent pour veiller au respect du règlement de l’Assemblée. Mercredi 15 septembre, à l’occasion du débat sur les retraites, Bernard Accoyer a failli à cet impératif. Sur les soixante-quatre heures réservées à ce texte, les députés socialistes se sont exprimés vingt heures, les députés de la Gauche démocratique et républicaine (GDR, qui rassemble les députés Verts, communistes et du Parti de gauche) n’ont disposé que de huit heures et trente-cinq minutes. Nos oratrices et orateurs ont utilisé ce temps pour exposer leurs amendements et formuler leurs propositions alternatives. (…) A l’issue du « temps guillotine », ils ont été interdits de parole, alors que ni la question cruciale de la retraite des femmes ni les articles concernant le travail des seniors n’avaient pu être abordés sérieusement. Ils ont alors demandé à bénéficier d’une explication de vote individuelle, prévue par l’article 49.13 du règlement. Ce droit n’est assorti d’aucune condition. Il résulte, d’une part, du nouvel article 51-1 de la Constitution et, d’autre part, du fait que chaque député est, en dehors de son appartenance à un groupe, un élu de la nation. Aucun parlementaire ne peut recevoir de mandat impératif et, de ce fait, nul ne peut préjuger de son expression. En refusant ce droit aux parlementaires, Bernard Accoyer a pris la grave décision de violer le règlement de l’Assemblée qu’il préside. Pire encore, les justifications données a posteriori par Bernard Accoyer confinent à la manipulation de l’opinion publique. Comment peut-on sérieusement accuser l’opposition d’une « obstruction » qui est juridiquement devenue impossible depuis la réforme constitutionnelle ? L’usage de l’article 49.13 aurait eu pour seul effet de repousser le vote de… quelques heures. S’agissant d’une réforme de cette importance, qui peut honnêtement plaider que c’était trop ? Le gouvernement y était, semble-t-il, disposé. L’Elysée a préféré le coup de force. L’honneur du président de l’Assemblée nationale aurait dû être de faire respecter le Parlement plutôt que d’imposer l’arbitraire. Une fois encore, une fois de plus, une fois de trop. » Comment Jaigu peut-il oser, après ça, écrire que « depuis le début du mois de septembre, le débat parlementaire n’avait pas été forcé » ? Le goudron et les plumes !

Même traitement pour Opinion Way : comment ces gens se débrouillent-il pour toujours présenter des chiffres favorables au gouvernement, même lorsque tous les autres instituts trouvent des résultats différents ? Dans la fiche de la présente étude, il est rappelé que « les résultats de ce sondage doivent être lus en tenant compte des marges d’incertitude : 2 à 3 points au plus« . Pardon, c’est tout ? Difficile, au vu des résultats, de ne pas se persuader que l’institut a eu la main particulièrement lourde sur les « corrections » apportées ! Et de ne pas conclure à une opération de manipulation de l’opinion particulièrement indigne. Jaigu le sait bien, qui tente de désamorcer ce reproche : « Notre sondage OpinionWay montre aussi que l’opinion a un point de vue plus complexe et plus nuancé que prévu sur le conflit. Il y a par exemple un écart significatif entre la «compréhension» – plus passive – du choix de manifester ou de faire grève, et le «soutien» – plus actif – à ces manifestations. Les sondés «comprennent», à 61%, les manifestations et les mouvements de grève contre la réforme des retraites. Mais ils ne sont que 51% à les «soutenir». [Ça fait toujours une majorité ! NDA] «L’idée du soutien est beaucoup plus engageante. En général, les Français sont sondés sur leur sympathie à l’égard du mouvement, ou leur approbation. Mais l’approbation est une notion beaucoup moins impliquante que le soutien», analyse Bruno Jeanbart, de l’institut OpinionWay. » Approuver : donner son accord, son consentement, juger favorablement, digne d’estime, donner raison à, adhérer. Jeanbart n’est guère convaincant mais ce bon Jaigu accourt à sa rescousse : « Cette nuance de vocabulaire, qui peut paraître secondaire, a son importance. Elle explique aussi la différence entre le taux de soutien recueilli par ce sondage et les taux très élevés publiés par d’autres instituts, comme BVA (69% d’approbation aux grèves). » Trop fort : l’article de Jaigu place ici le lien vers la dépêche Reuters qui annonce Le soutien aux grèves et manifestations en hausse. Genre : « on sait que tous les autres disent que la population soutient le mouvement mais c’est à cause de cette fichue nuance sémantique. En fait, c’est nous qui avons raison avec notre sondage beaucoup plus intelligent ! » Pour qui nous prend-on ? Réponse avec la fin de cet extraordinaire article de l’ami Jaigu : « Malgré ces évolutions favorables de l’opinion, l’Élysée prend acte de l’un des échecs de sa communication : la réforme des retraites a été jugée comme inévitable, mais «injuste» par les Français. Le prélèvement annoncé sur les hauts revenus – première entorse au bouclier fiscal – n’y a rien changé. «La visibilité du mouvement social a été beaucoup plus forte que notre pédagogie», admet un conseiller. «Quand le président prendra la parole, ce sera l’occasion pour lui de redire cela calmement», ajoute-t-il. » Voilà pour quoi l’on nous prend : des abrutis, incapables de comprendre, à qui il faut à nouveau expliquer qu’il est juste que 85% des sacrifices soient imposés aux salariés. Bref, pour des cons.

L’illustration Le Figaro + Opinion Way = Manipulation provient d’Observatoire du Figaro.

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