Chine, écocide et terres rares

GILLES BONAFI

Les terres rares regroupent un ensemble de métaux rares comme l’yttrium, indispensable pour la fabrication de leds et de lasers ou le dysprosium. Le prix du dysprosium, un métal de numéro atomique 66, très utilisé dans l’industrie aéronautique, a, par exemple, vu son prix passer de 103 dollars/kg en janvier 2008 à 2830 dollars/kg en juillet 2011.
Les métaux rares, indispensables à la haute technologie sont donc au coeur de conflits géostratégiques.
Pour fabriquer un smartphone, il faut extraire les métaux rares d’une tonne de terre environ.

Source : Globe

Pour l’industrie du High Tech, la fête est terminée et les processus d’innovation doivent enfin intégrer le poids des ressources, un très gros coup de frein en perspective.

D’après le United States Geological Survey (USGS), l’Institut d’études géologiques des États-Unis, la Chine détiendrait plus de 50% des réserves mondiales d’oxydes de terres rares. Mais c’est surtout la production qui pose problème, car là, le monopole de la Chine est total avec plus de 97 % de la production mondiale en 2011, soit 130 000 tonnes.

Le 8 avril 2012, Su Bo, vice-ministre de l’Industrie et des Technologies de l’information, lors de la fondation de l’Association chinoise des terres rares a déclaré :
« Il faut injecter sept ou huit tonnes de sulfate d’ammonium dans le sol pour extraire une tonne d’oxyde, ces liquides toxiques vont résider longtemps et les conséquences seraient épouvantables si l’eau souterraine était polluée ».
Le Quotidien du Peuple indiquait ainsi que « d’après les estimations préliminaires, le rétablissement de l’environnement coûtera 38 milliards de yuans à la ville de Ganzhou« . Un chiffre a comparer avec « le bénéfice de 6,4 milliards de yuans des 51 entreprises du secteur de la province du Jiangxi » directement liées à l’exploitation des terres rares autour de Ganzhou.
Nous le percevons clairement, le coût écologique est largement supérieur aux bénéfices.
Source : Le Quotidien du Peuple en ligne

Ce sont donc 910 000 tonnes de sulfate d’ammonium, un mélange de sels d’ammonium et d’acide sulfurique, clairement identifié comme agent mutagène dangereux (voir source) qui ont été déversés sur les sols chinois en 2011.
Source (Item 11 – toxicité) : Sulfate d’Ammonium

Il est d’ailleurs incroyable que l’additif E517 (Sulfate d’ammonium) soit utilisé comme agent de traitement des farines à moins de s’inspirer du chant X de l’Odyssée d’Homère…

La prise en compte du facteur environnemental par les autorités chinoises, initiée par la pression populaire, est un tournant décisif. Les émeutes de Qidong et Shifang en juillet 20012, Ningbo en octobre 2012, toutes liées à des problèmes de pollution ou d’implantation d’usines chimiques, démontre le ras-le-bol de la population chinoise.
 
La sale guerre des terres rares est un excellent documentaire de Guillaume Pitron, sur un sujet essentiel, dont on parle peu.

http://www.youtube.com/watch?v=8aqeJnlZU8Q&feature=player_embedded#!

GILLES BONAFI

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