Christchurch, un an après

 
 


 

La Nouvelle-Zélande est-elle le plus beau pays du monde ? « Arguably », comme disent les Anglo-saxons : ça se discute. Evidemment, les Dolomites, les Cyclades, Sri Lanka, la Provence, etc.… la concurrence est forte. Disons qu’ils sont dans la course. Là où ils sont certainement dans le petit peloton de tête, c’est quand on passe de la beauté au bonheur. Ça se passe aussi dans la tête, le bonheur, mais les consensus sont plus faciles. On voit bien qu’ils sont heureux.

À 4 millions seulement sur des îles qui font la taille de l’Angleterre et de l‘Écosse, avec 35 millions de moutons et des vaches, des rivières à saumons, des truites énormes, des touristes bien élevés, des montagnes a grimper, des treks innombrables à faire, une criminalité quasi vestigiale et des mines d’or qui sont devenues des souvenirs. On vit bien en N.Z.

Evidemment, ça fait des jaloux en Haux-lieux et parfois la terre tremble. Un an la semaine dernière que de grand pans de Christchurch se sont effondrés comme un château de cartes. Quelques morts et des milliards de dégâts. Alors j’ai été voir comment ils s’en sortaient. La réponse, c’est « bien », même si la terre a encore remis ça, le mois dernier, pour faire tomber quelques èdifices dont on se demandait s’il fallait les réparer ou les démolir. Maintenant on sait… C’est que la Nouvelle-Zélande n’est pas un « pays en voie de développement »

Un anniversaire. On a fait des discours, on a chanté en Maori et en Anglais, on a remercié tout le monde et le monde entier… Même si personne n’a vraiment rien fait que les Néo-Zélandais. Puis la vie continue. On est encore heureux. C’est que le diable ne s’en est pas mêlé. Les NéoZélandais n’ont compté que sur eux. Puis, j’ai pensé à Haiti à qui l’on a tant promis. Et à ces victimes du grand tsunami en Indonésie… Le diable promet, mais il ne paye jamais. Et je me suis souvenu d’un article que j’écrivais il y a quelques années. …

….

Le Diable et le Bon Dieu

La Nature vient de faire au Honduras ce que les Américains ont fait en Iraq il y a quelques années: détruire à peu près tout ce qui pouvait se détruire. Mais la Nature ayant des moyens plus puissants que le Grand Satan des Iraniens, elle l’a fait en mieux…. c’est-à-dire en pire. 15 000 morts, 2 millions de sans-abri, 3 milliards de dommages, surtout au niveau des infrastructures.

J’ai déjà assez d’ennemis en hauts lieux sur cette terre, je ne me lancerai certainement pas ici dans le rouspétage théologique. Disons donc pudiquement que les voies de Dieu sont insondables… et concentrons sur ce qui est la faute du Diable, la faute du Système.

Ce qui est la faute du Système, c’est qu’il faudra une génération au Honduras pour se remettre des séquelles de la catastrophe, alors que quand un ouragan frappe la Floride, – ou un tremblement de terre le Japon ou la Californie – faisant 10 fois plus de dégâts matériels, on n’en voit plus guère de traces l’année suivante.

Quand le Bon Dieu frappe les pays riches, les pays riches reculent d’un pas et avancent de deux. Quand Il frappe les pays pauvres, les pays pauvres restent à terre longtemps. Le niveau de vie du Hondurien moyen est trente (30) fois moins élevé que celui d’un Américain; il en faut du temps pour économiser le prix d’une nouvelle route… La différence entre un an et une génération, c’est la faute du Diable

Pourquoi les Honduriens sont-ils pauvres? Des milliers de bouquins sont écrits pour expliquer le sous-développement dans le monde moderne, la plupart évitant soigneusement d’en donner les vraies raisons. Je vais vous les dire en 4 paragraphes courts. Quand on vous dira ” Ce n’est pas si simple”, demandez doucement en quoi ce n’est pas si simple et insistez pour qu’on vous explique… et tenez moi au courant.

1. Il y a un peu plus de deux cents ans, nous étions tous pauvres; on cultivait pour manger et on vivait et mourait au rythme des famines. En Occident, la révolution industrielle est venue qui a permis que de moins en moins de travailleurs suffisent à produire la nourriture dont nous avons besoin… et que nous devenions riches de tous ces biens produits par les 97% (au Canada) de la population qui n’ont plus a produire de nourriture.

2. Tous ces produits manufacturés – mais surtout la NOURRITURE ELLE -MÊME – nous pouvions, grâce au machines dont nous disposions, la produire en Occident en surabondance et à bien meilleur prix que les pays qui n’avaient pas pris dès le départ le chemin de l’industrialisation. En vendant ces produits et cette nourriture à vil à ceux-ci, on s’est assuré qu’il ne serait pas avantageux d’y produire ces produits et cette nourriture et que ces pays ne pourraient JAMAIS nous faire concurrence. Ils devraient, au contraire, limiter leur production à ce que nous, Occidentaux, ne produirions pas parce que les machines ne pouvaient le produire.

3. La conséquences perverse immédiate a été que les pays non industrialisés ont cessé les cultures de subsistance – facilement mécanisables – dont ils avaient besoin pour nourrir leur population et se sont spécialisés dans les monocultures à haute intensité de main-d’oeuvre: café, cacao, bananes… Mais comme ils sont bien trop nombreux à cultiver des bananes, on les leur achète au prix que NOUS fixons alors que nous leur vendons les produits alimentaires essentiels et les produits manufacturés au prix qui fait NOTRE affaire. C’est ce qu’on appelle le libre-échange.

4. Pour le “fine tuning”, nous leur offrons une aide bilatérale et multilatérale internationale liée à l’achat de NOS produits… mais qui reste toujours inférieure à l’intérêt que nous leur chargeons chaque année sur leur dette cumulée. Il n’y a donc dans les pays sous-développés que l’argent que NOUS décidons qu’il y soit, ce qui permet d’y garder tous les salaires au prix que NOUS souhaitons, et d’y produire à rabais les composantes de la production industrielle que NOUS choisissons d’y produire sans nuire à NOTRE propre équilibre de main-d’oeuvre… pour la défense et l’enrichissement optimal de NOS exploiteurs. Le Honduras et les autres pays sous-développés seront donc toujours aussi pauvres que NOUS le voudrons.

Je dis NOUS, les Occidentaux, parce que c’est en bloc que nous sommes perçus comme responsables dans les pays du tiers-monde et, aussi, parce que nous sommes tous plus ou moins coupables de fermer les yeux et de ne rien faire pour que les choses changent. Mais, en réalité, nous savons bien que quelques uns seulement parmi nous bénéficient de cette exploitation criminelle du tiers-monde.

Ce sont les mêmes qui travaillent inlassablement à réduire aussi au niveau de subsistance la majorité des populations occidentales. Ceux qui sapent les acquis sociaux pour équilibrer les budgets. Ceux qui ont laissé stagner notre niveau de vie depuis 20 ans, empochant TOUS les gains de productivité réalisés depuis une génération. Ceux qui sont les multiples avatars du Système, les multiples visages du Diable.

Pierre JC Allard

8 pensées sur “Christchurch, un an après

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    27 février 2012 à 11 11 49 02492
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    J’adore ce paragraphe. Tellement démonstratif… En plus, le Canada est en train de tomber dans le piège . Les agriculteurs de l’ouest transforment de vieilles fermes en aquaculture. Des truites…
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    3. La conséquences perverse immédiate a été que les pays non industrialisés ont cessé les cultures de subsistance – facilement mécanisables – dont ils avaient besoin pour nourrir leur population et se sont spécialisés dans les monocultures à haute intensité de main-d’oeuvre: café, cacao, bananes… Mais comme ils sont bien trop nombreux à cultiver des bananes, on les leur achète au prix que NOUS fixons alors que nous leur vendons les produits alimentaires essentiels et les produits manufacturés au prix qui fait NOTRE affaire. C’est ce qu’on appelle le libre-échange.
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    Le contrôle par la monoculture.
    On vend du pétrole de l’Alberta pour avoir du jus de tomate de la Chine.
    Et il faut un bon coup de pétrole pour faire voyager ces produits pendant deux semaines.
    Produits « frais », c’est garanti…

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      27 février 2012 à 11 11 54 02542
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      J’oubliais une petite remarque…
      De petits producteurs crèvent, ici, parce que la réglementation est trop sévère et trop coûteuse.
      Tout ça dû aux grandes entreprises qui laissent parfois s’échapper quelques « germes » qui rendent malade la clientèle.
      Je ne connais personne dans le coin qui est décédé d’avoir consommé des produits locaux. Même des oeufs vendus au coin des fermettes.
      Là où les poules sont plus libres que les citoyens..
      🙂

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    28 février 2012 à 17 05 58 02582
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    Le Honduras dont la traduction en françois ne saurait trop différer de « Les Profondeurs » n´est point plus mauvais que les autres pays d´Amérique Centrale ou de plus encore au sud, ni plus pauvre, ni plus démuni. Que tout se passe bien pour le Honduras, que je sus connaître -quand je ne savais rien de rien; et je ne sais toujous point rien, que l´on me fit tout oublier- quand j´étais jeune et pauvre -et je le suis fièrement toujours, malgré ma barbe blanche et noire- et pour tous ceux qui ont du mal y compris ChristChurch qui n´est -me trompé-je? qu´une ville.

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    29 février 2012 à 5 05 30 02302
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    Non; je croyais que l´on visait le Honduras d´une autre manière. Je n´avais lu l´aricle que très rapidement. Je vois maintenant que vous avez pris le Honduras comme un exemple des pays sousdéveloppés, sans plus. Je suis d´accord sur le fait que le libre échange fonctionne mal et que les prix sont faux dans les pays sous développés et ne s´équilibrent pas avec les prix des pays développés: Ils nous vendent pour presque rien. Nous leur vendons pour presque tout. Et une situation de sous développement et donc de profond déséquilibre économique entraîne et enchaîne un cercle vicieux, une espèce d´endogamie économique qui empêche de s´en sortir relativement aux pays développés. Il y a ausi l´indien qui a un autre tempo que nous et ne voulait point travailler du temps de la colonisation par l´Espagne, au Sud; ce qui a contrasté avec le rapidissime développement réussi par les anglais, contre les Indiens; malgré eux; aux Etats Unis et au Canada et qui a fait que la différence entre les super développés au Nord du río Grande et ceux au Sud du Texas, s´amplifie de plus en plus et devienne rapidement insultant. C´est cette même différence qui empêche le Sud de s´en sortir maintenant. C´est vraiment une rupture incroyable Nord Sud, dont, quand on est espagnol, comme moi, on se sent presque responsable. Presque seulement, c´est un peu aussi la faillite du catholicisme du non profit et de
    l´égalité, par rapport au protestantisme du profit et du ciel pour les profiteurs; et aussi l ´attitude des Indiens préférant le non travail et donc la pauvreté qu´ils subissent maintenant. On peut bien sûr excuser cette volonté de non travail des Indiens en appelant à la Nature ou à la Filosofie de la non Croissance et de l´Equilibre naturel. Mais une fois que l´on ne veut pas croître , mais que d´autres; des voisins du même Continent, plus au Nord ; le font; alors l´equilibre global économique est cassé et force à la pauvreté à ceux qui n´ont pas voulu suivre le développement forcené blanc-anglo-saxon-protestant. En d´autres termes il n´ya pas de choix. Un développement et un modéle économique et social forts et organisés et technologiques, forcent les autres, au Sud, depuis justement maintenant 200 ans à faire de même où à stagner dans la pauvreté sans une industrie propre et une économie propre pour s´en sortir. Les lois de cette même économie au Nord et à l´Ouest exigent que tout le monde les applique ailleurs, ces mêmes lois, sous peine de sous développement chronique et de pauvreté pérenne par le fait même de la différence de développement.

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    29 février 2012 à 5 05 32 02322
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    J´ai changé mon avatar et mis mon vrai nom, mais je suis sopadeajo.

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    29 février 2012 à 14 02 39 02392
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    Errata: Lorsque j´ai dit : « Les lois de cette même économie au Nord et à l´Ouest  » je voulais bien sûr dire : « Les lois de cette même économie au Nord et à l´Est », puisque l´Europe est à l´est de l´Amérique; mais je me situais en Europe, où je réside, alors que je parlais de la situation de l´Amérique du sud du río Grande. Mais de toute façon je suis dyslexique; je ne sais jamais vraiment où je me trouve, quelle est ma situation ni quel est mon système de référence, si c´est ma navette spatiale qui voyage presque à la vitesse de c ou si ce sont les étoiles qui filent dans le sens contraire et à la même vitesse et que nous (je) ne bougeons point.

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