Comment en beurrer épais avec des funérailles nationales pour Claude Béchard

Comment en beurrer épais avec des funérailles nationales pour Claude Béchard

La mort est bien triste. Celle de Claude Béchard l’est plus pour les uns que pour les autres, au-delà du politiquement correct, il faut se l’avouer. Parce que c’est bien connu, la mort d’un politicien cause une sorte d’armistice dans la classe politique (et même dans la population) où un positivisme bon enfant fait office de fleurs virtuelles. Mais il ne faut pas oublier que des fleurs sont souvent suivies de pots…

Et le gouvernement de Jean Charest a décidé de lui offrir des funérailles nationales. Je trouve ça gros, pour ne pas dire grotesque. Claude Béchard aurait pu devenir un grand politicien dans le sens le plus positif du terme pour la population québécoise dans le futur, je ne le nie pas, mais ce n’était pas le cas à sa mort (et son courage devant la maladie n’a pas à mettre du poids dans la balance de ses réalisations). On pourrait arguer qu’il était un bon politicien, mais en tout cas pas assez pour figurer dans la liste des personnalités qui ont eux des funérailles nationales, soit René Lévesque, Claude Ryan, Louis Laberge, Jean-Paul Riopelle, Maurice Richard, Camille Laurin, Gaston Miron et Gilles Carle (même lui me semblait assez discutable : on a fait plutôt des préfunérailles nationales à Chloé St-Marie pour tout ce qu’elle a fait de bon pour cet homme qui n’y était plus et qui était plutôt la cible de railleries que d’hommages de son vivant).

Sans blague, peut-on vraiment comparer Claude Béchard à des gens comme René Lévesque, Jean-Paul Riopelle, Maurice Richard, Camille Laurin et Gaston Miron? Et personnellement, je trouve que Jean Charest mériterait déjà plus des funérailles nationales que son naguère hypothétique dauphin, mais pensez-vous vraiment qu’il va se les mériter notre John James, dans une optique historique, après l’excellence de son règne? Ça me surprendrait, alors pourquoi Claude Béchard?

Dans un contexte où le gouvernement Charest stagne dans la boue, il est tellement de bon ton de nourrir les bons sentiments par le grandiose de funérailles nationales. Mais objectivement, Gérald Godin a bien plus marqué le Québec profondément et longuement, pourtant, il n’a pas eu cet hommage! Même Pierre Péladeau, et même Pierre Falardeau (même s’il n’en aurait vraiment pas voulu…)! Comment alors expliquer ça autrement que par l’expression « opportunisme partisan »?

Avant de terminer, j’aimerais revenir aux pots qui suivent souvent les fleurs. Je parlais hier avec mon ami Eric Bondo qui a été coordonnateur du Front commun des personnes assistées sociales. Il s’est battu contre Claude Béchard pendant qu’il était ministre de l’Emploi, de la Solidarité sociale et de la Famille. En voyant comment on en beurre épais autant du côté des autres partis politiques que des journalistes, il est complètement outré. Il me parlait de quelqu’un d’extrêmement arrogant, de quelqu’un d’intransigeant, d’un homme qu’on utilisait pour faire les sales besognes. Ce qui est très loin du portrait qu’on dresse en ce moment.

Eric a le projet d’échafauder cet autre côté de la médaille dans un billet sur son blogue. À suivre…

(Photo – modifiée : muffytyrone)

Ajout : si on me lance trop de tomates, je pourrai toujours me dire qu’au moins le Professeur masqué pense comme moi : http://leprofesseurmasque.blogspot.com/2010/09/ces-malades-qui-nous-gouvernent.html




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3 pensées sur “Comment en beurrer épais avec des funérailles nationales pour Claude Béchard

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    9 septembre 2010 à 16 04 28 09289
    Permalink

    « En voyant comment on en beurre épais autant du côté des autres partis politiques que des journalistes, il est complètement outré. Il me parlait de quelqu’un d’extrêmement arrogant, de quelqu’un d’intransigeant, d’un homme qu’on utilisait pour faire les sales besognes. Ce qui est très loin du portrait qu’on dresse en ce moment. »

    Bonjour Renart,
    Je suis mal placé pour parler de Claude Béchard: son bureau est à deux minutes d’ici. Le jour où il est décédé je me promenais à vélo et en passant près de son bureau, déjà un camion de Radio-Canada était là. J’ignorais qu’il était décédé. Je l’ai appris en arrivant à la maison.

    Oui, Claude Béchard a été arrogant, intransigeant… Il l’a admis lui-même. Sans doute très prétentieux et très ambitieux.
    Quelques jours à peine après l’assassinat de son attachée de presse, bang! le cancer.
    C’est là qu’un certain Claude Béchard a mis l’autre un peu en veilleuse: les vraies valeurs de la vie lui sont sautés aux yeux.
    Reste à imaginer un Claude Béchard en parfaite santé.
    J’ignore s’il serait devenu le « bon gars » qu’il est devenu.
    P.S.: Pour les tomates… La récolte a été bonne cette année. Je vais les garder…
    🙂
    Bonne journée!

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    11 septembre 2010 à 1 01 01 09019
    Permalink

    @ Suzanne,
    48 pots…
    Si tu penses que je vais les gaspiller pour des « combats » politiques… Niet!
    @Renart,
    Les sales besognes…
    Il est vrai que je l’ai vu en chambre défendre son John James. Et mal à l’aise…
    Pour les funérailles nationales, c’est vrai que c’est poussé. Poussé par qui? Celui qui n’en aura pas… JJC.
    Pierre Péladeau, j’aurais compris. Car il en a fait énormément.
    Quant à Pierre Falardeau, celui qui a écrit LA MORT D’UN POURRI, si je ne me trompe, c’est bien le dernier à qui on pourrait penser dans un contexte de « propreté ».
    Avouons toutefois, que ceux qui se font des scénarios de ce qu’il a pu retirer de sa mort vont trop loin.
    Demeurer ministre pour la pension…
    On est en train de dépenser 6 millions pour les bastaracheries.
    C’est encore pire.
    Entre vous et moi, Renart, cet homme n’a pas eu le temps de mûrir. JJC, lui, aurais dû mûrir.
    S’il est un opportuniste, c’est bien ce dernier.
    Le portrait qu’on dresse en ce moment est celui …du moment.
    J’ai lu quelque part que certains ont besoin d’une maladie pour évoluer.
    La sagesse et l’arène politique, ça ne colle pas trop.
    Même sur le net, on y trouve des combats de gros égos.. 🙂
    Imaginons ces gens au pouvoir en limousine.
    Ça doit gonfler un peu…
    Même avec un site internet ( et je ne parle pas de vous, pas du tout), certains se font bien salauds et crient au meurtre devant les injustices sociales.
    Ça, c’est songé…
    La nature humaine.
    Je viens d’en connaître un avec 3 ou 4 adresses internet qui joue au Comte de Monté Cristo.
    Comme dirait San-Antonio: c’est pas beau ça!

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