Copé répand encore sa propagande éventée : journalistes, faites votre travail !

Nous poursuivons notre grève du zèle  – dix-neuvième jour aujourd’hui – et ses deux articles quotidiens en soutien au mouvement pour les retraites. Mais parfois, nous vous confessons que c’est vraiment dur. De ne pas céder au découragement et laisser en plan le blog, plutôt que de se laisser aller à n’user que d’invectives, tant la tentation est grande. Par exemple, en lisant l’interview accordée au Parisien par Jean-François Copé, président du groupe UMP à l’Assemblée nationale, nous n’avons d’abord ressenti qu’une irrépressible envie de l’agonir d’injures. Lisez plutôt : tous les poncifs les plus éculés de la propagande réactionnaire y sont.

« J’observe que, dans beaucoup d’autres pays européens où il a fallu faire des efforts similaires et même parfois plus importants — 65 ans, 67 ans —, cela s’est mieux passé. Il y a en France une sorte de rituel d’un autre siècle. Grève, manifestations, oui, mais la prise en otage de l’outil économique, c’est intolérable. Il faudra bien un jour que cela cesse, sans compter l’image désastreuse donnée à l’étranger. C’est l’essentiel du pays qui est paralysé par l’action d’une poignée d’extrémistes. Or, chacun doit bien comprendre que nous n’avons aucun autre choix. En cinquante ans, le nombre d’actifs par retraités a été divisé par deux et, parallèlement, le temps passé à la retraite a été multiplié par deux ! On a l’obligation de faire des réformes pour l’intérêt supérieur du pays. » Ils étaient deux à l’interviewer : Frédéric Gerschel et Nathalie Segaunes. Il est absolument intolérable, au bout de plusieurs mois de débat à propos de la contre-réforme gouvernementale, de continuer à laisser désinformer sans réagir ces manipulateurs de l’UMP – et Copé est l’un des pires. Chacun sait désormais qu’il ne s’agit pas seulement d’évoquer l’âge légal du départ en retraite, comme le fait sciemment Copé, sans aborder aussi le nombre d’annuités nécessaire pour bénéficier du taux plein. Or, quand les défenseurs des privilégiés et du capital nous serinent que les autres pays ont consenti des efforts semblables à celui qu’ils réclament – à 85% aux salariés, voyez la « justice » de la chose – ils se gardent bien de préciser ce deuxième élément. 65 ou 67 ans, d’accord, mais combien d’annuités ? En France, ce sera 41,5 – et il se trouve des « socialistes » pour l’approuver ! Et ailleurs ? En Espagne ou en Allemagne, exemples couramment mis en avant par ces salopards tartuffes de la droite, 35 annuités seulement ! Frédéric Gerschel et Nathalie Segaunes, vos lecteurs le savent-ils ? Mais faites votre travail, bon sang ! N’êtes-vous donc que deux dictaphones pour enregistrer et retranscrire pieusement la parole de ceux qui nous mentent sans cesse ainsi par omission ? Encouragé par votre silence coupable, Copé poursuit – pourquoi se gêner : « C’est le financement du système de retraites de 60 millions d’habitants qui est en jeu. On ne peut pas reculer. C’est hors de question. Je n’ai pas entendu une seule proposition alternative convaincante au relèvement de l’âge légal à 62 ans. Il n’y a pas un seul rapport d’experts qui cautionne l’idée folle défendue par les socialistes d’augmenter de 45 milliards d’euros les impôts pour rester aux 60 ans. Il faut quand même un peu atterrir. » Frédéric Gerschel et Nathalie Segaunes, rien à redire ? Votre rôle, pour éclairer le débat, n’est-il pas de remettre les choses en perspective ? Or qu’en est-il de l’évolution de la fiscalité en France depuis dix ans ? Jacques Généreux, Secrétaire national à l’Economie du Parti de gauche, vous rafraîchit la mémoire : « Imaginez que si on avait simplement maintenu le barème de l’imposition sur le revenu de la fin 1999, c’est-à-dire vous éliminez tous les cadeaux fiscaux qui ont été faits aux plus hauts revenus depuis les années 2000, au cours des dix dernières années, mais ça fait presque 100 milliards de ressources en plus pour l’Etat ! Ça fait en direct 65 à 70 milliards de recettes fiscales supplémentaires et pourquoi je dis 100 miliards ? Ça, c’est le syndicat national des impôts qui l’a calculé : eh bien parce que le fait d’avoir creusé de 65 milliards vos recettes fait que vous êtes obligé d’emprunter, de vous endetter, etc. Donc on aurait aujourd’hui, chaque année, 100 milliards d’euros de disponibilité, de marges de manoeuvre supplémentaires dans les caisses de l’Etat si on n’avait pas touché au barème de l’imposition sur le revenu«  (voir notre billet du 28 septembre dernier). Frédéric Gerschel et Nathalie Segaunes, vos lecteurs le savent-ils ? Faites-vous preuve d’un manque de courage en vous abstenant de contrer les arguments fallacieux du roquet de l’UMP – ne nous embarrassons plus de précautions oratoires : lui-même ne traitait-il pas les militants de gauche de « cloportes » ? Ou alors est-ce que votre incompétence vous fait ignorer ces données pourtant élémentaires autant que cruciales du débat ? Toujours est-il qu’en laissant ainsi Copé répandre avec arrogance et mauvaise foi sa propagande libérale, vous vous faites complice de cette monstrueuse entreprise de manipulation de l’opinion. Frédéric Gerschel et Nathalie Segaunes, aujourd’hui ça tombe sur vous, mais l’apostrophe est valable pour nombre de confrères : faites votre travail (bordel) !

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