Crève de froid, l’actionnaire fait du gras

« Alors que le prix du gaz devrait à nouveau augmenter en janvier, la Fondation Abbé Pierre dénonce la « précarité énergétique » qui concerne environ 4 millions de ménages, dans l’incapacité de chauffer leur habitation en raison de leurs revenus trop faibles et/ou de la médiocre qualité énergétique de leur logement » : ainsi était lancée en décembre dernier la campagne de la fondation contre la précarité énergétique. Et que fait-on donc quand des gens ne paient plus leurs factures énergétiques ? On leur coupe le chauffage ! Et cela, ce sont des hommes et des femmes, employés comme techniciens par les opérateurs, qui doivent s’acquitter de cette tâche. Jef Duval est l’un d’eux. Ce salarié d’ERDF/GRDF est menacé de licenciement.

« Je ne pouvais pas couper, je ne pouvais pas. » Ce cri d’humanité barre la Une de l‘Est républicain. « Jef Duval, technicien clientèle ERDFGRDF, n’a pas procédé à plusieurs interventions de coupure d’énergie par compassion. Il risque de perdre son emploi », résume le quotidien. Les chiffres sont édifiants : « 1245 coupures non paiements ont été programmées entre le 1er juin et le 31 août sur la seule agence d’Arcueil », note le communiqué. Pendant cette période, Jef Duval a réalisé 482 interventions. La direction lui reprocherait de ne pas avoir posé 5 SMI (service minimum, la dernière étape avant la coupure en cas de non paiement),  de n’avoir pas procédé « à 3 coupures d’électricité, 3 mises hors service gaz et 5 coupures non paiement gaz ». Quel salaud ! Comment justifie-t-il son inqualifiable comportement ? « Le jeune homme confiait son émotion, au souvenir d’une intervention à Malakoff (92) à France Info jeudi matin. « Quand cette personne m’a ouvert, il y avait des cafards sur sa porte, deux enfants dans ses bras, trois autres assis par terre, je ne pouvais pas couper, je ne pouvais pas… » Le SMI donne un répit de 15 jours aux clients précaires, mais avec une puissance maximale de 1000W, ce qui équivaut à 3 ampoules allumées et un chauffage d’appoint. Nos confrères de France Info notaient que la direction d’ERDF/GRDF « pourrait annoncer une décision le mois prochain », et qu’elle ne souhaitait pas s’exprimer sur le sujet. » Une pétition pour le soutenir est en ligne, que nous vous encourageons bien sûr à signer.

Service public contre libéralisme, solidarité contre « paye ou crève », loi de la jungle contre civilisation et humanisme. Les prix du gaz ont augmenté de 60% depuis 2005, titrait La Tribune en mars 2011. Et EDF, qui veut virer ce dangereux salarié, coupable de n’être pas toujours capable de couper le chauffage de familles vivant dans la misère – et encore, le reste du temps, il le fait, on a une conscience mais il faut bien vivre… -, EDF a-t-il vraiment besoin d’exercer pareille pression inhumaine sur ses clients défaillants ? Chacun n’a-t-il pas le droit, au 21ème siècle dans la cinquième puissance économique mondiale et le pays des droits de l’Homme, de ne pas mourir de froid ? Jef Duval, coupable de compassion. EDF, vautour. C’est Le Figaro qui l’annonce : EDF : bénéfice triplé en 2011 à 3 milliards, en titre d’un article du 16 février dernier. Mais EDF fait couper le chauffage  aux pauvres gens. Et vire les objecteurs. Vive le libéralisme.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *