David Douillet ou le grand foutage de gueule

Alors décidément, plus c’est gros, plus ça passe ! Sarkozy ne sait plus quoi inventer : un secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères chargé des Français de l’étranger ! On ne fait même plus semblant que ça serve à quelque chose. En quoi les Français de l’étranger, qui disposent de leur ambassade et de leur consulat tant que de besoin, nécessitent-ils la création d’un secrétariat d’Etat pour s’occuper d’eux ? Ce parfait foutage de gueule n’a qu’un motif : les Français de l’étranger vont désormais élire des députés, par la volonté du prince et pour servir son intérêt personnel – et ceux des futurs planqués de cette élection. Le Monde explique avec concision les tenants et aboutissants de cette innovation : « A un an d’élections législatives redoutées par l’UMP, l’électorat des expatriés, qui vote globalement plutôt à droite, a suscité l’intérêt de plusieurs barons de la majorité présidentielle à la recherche d’un mandat gagnable pour assurer l’après-2012″. En plus, comme le précise Marianne, « l’élection des 11 nouveaux députés  français de l’étranger coûterait près de 15 millions d’euros ! Dix fois plus cher qu’un député métropolitain. Pas de quoi angoisser la majorité qui s’offre la garantie d’une dizaine de sièges à l’assemblée à un coût prohibitif ». Eric Besson et Thierry Mariani sont sur les rangs, on voit le niveau. Donc ces Français de l’étranger, il faut les chouchouter, pour être sûr qu’ils voteront bien UMP, alors on leur crée un secrétaire d’Etat rien que pour eux. Un VRP du parti présidentiel en campagne internationale, un recruteur, un rabatteur de votes payé sur nos impôts, avec le statut de membre du gouvernement de la République ! Ah mais ils osent tout. Y compris nommer à cet improbable autant que scandaleux poste un certain David Douillet.

Cet ancien judoka a commencé sa carrière politique par le reniement de sa parole : « Il y a tellement de travail à faire sur un seul mandat que ça suffit largement« , déclarait le nouveau député UMP des Yvelines, David Douillet, après sa victoire par 17% des inscrits aux législatives. Nous commentions la suite en février 2010 : « Novice en politique, l’ex judoka chiraquien, tendance Bernadette, n’en a déjà pas moins intégré la célèbre formule signée Charles Pasqua, « Les promesses n’engagent que ceux qui y croient » : il s’apprête à prendre la deuxième place sur la liste menée par Valérie Pécresse dans son département pour les régionales (…). Rien de nouveau sous le soleil : depuis quand les UMPistes respecteraient-ils leur parole ? » L’homme qui jurait qu’un seul mandat suffisait largement a été élu Conseiller régional en mars 2010. Pourrait-on alors penser que deux mandats suffisent largement ? Eh bien non, il lui faut davantage, plus de prestige : une entrée au gouvernement ! Le voilà secrétaire d’Etat. Ah il s’est bien moqué des minuscules 17% des inscrits l’ayant élu député des Yvelines, les laissant aujourd’hui tomber comme de vieilles chaussettes. Comme on ne peut être député et ministre à la fois – ce serait appartenir à l’exécutif et au législatif en même temps, donc contreviendrait à la séparation des pouvoirs -, c’est son suppléant, Joël Régnault, qui se retrouve propulsé à l’Assemblée pour le remplacer. C’est entre parenthèse lui le maire de Plaisir (Yvelines) s’étant ainsi distingué dans l’affaire des créances toxiques de la crise financière : « Joël Regnault (UMP) a privilégié des emprunts indexés sur le dollar et le yen pour une somme de 61,7 millions d’euros. Là-aussi, le risque de surcoût est important à cause de taux d’intérêt non plafonnés. Pour le contribuable de cette ville, l’ardoise pourrait être lourde suite au choix du suppléant de David Douillet à l’assemblée nationale ». Mais revenons à notre ex judoka.

Le nouveau secrétaire d’Etat est l’auteur de cette magnifique citation littéraire, publiée en 1998 dans son autobiographie : « On dit que je suis misogyne. Mais tous les hommes le sont. Sauf les tapettes ! » Gros niveau. Il explique dans le même ouvrage, modestement titré L’âme du conquérant, qu’il est opposé au travail des femmes : « Pour l’équilibre des enfants, je pense que la femme est mieux au foyer, à gérer affectivement la cellule familiale, quel que soit d’ailleurs le niveau social concerné ». A la maison, les femmes ! Et ce type-là est secrétaire d’Etat. Marianne nous renseignait sur son CV judiciaire en avril 2008 : « Le sportif a été mis en examen en mai 2000 dans la faillite de l’agence de voyage Travelstore pour complicité et recel de banqueroute par détournement d’actif. Il est soupçonné d’avoir précipité cette faillite en récupérant sa mise de fonds (21% du capital) avant le dépôt de bilan. Par ailleurs, Libération avait révélé, le 29 janvier, dernier, un scandale médiatico-sportif dans lequel était impliqué le judoka et sa femme. La société Daval Consulting gérée par Madame Douillet, venait alors d’être chargée par la Fédération française de judo de la communication des membres de l’équipe de France pour les JO de Pékin. Le journaliste résume bien l’affaire : «Douillet homme d’affaires sponsorise une fédération où Douillet ex-champion sélectionne des judokas – que le businessman fournit en kimonos – dont le Douillet consultant commente éventuellement les performances sur Canal +. Des athlètes dont la com’ est désormais assurée par une société dirigée par sa femme. Bel exemple de ce qu’on nomme, en économie, intégration verticale. » Voilà le genre de modèle que nous propose la Sarkozie. Le canard enchaîné en ajoute une couche en octobre 2009, révélant que David Douillet dirige la CFA Sport Engineering, « bureau d’études dédié à la conception d’équipement sportif associé par exemple au groupe Vinci pour la conquête du marché du Vélodrome de Saint-Quentin-en-Yvelines. Le mélange des genres continue donc à l’UMP entre politique et affairisme personnel », commente Alain Lipietz. Mais l’homme s’en sort, échappant à une condamnation dans l’affaire Travelstore grâce à « l’amendement Douillet » ajouté sur mesures à la loi d’amnistie de 2002. N’en jetez plus, la coupe est pleine, mais ce n’est pas tout : le nouveau secrétaire d’Etat est aussi aux prises devant les tribunaux avec (feu) Bakchich et avec la candidate à la primaire Verte, Eva Joly, pour la même allégation ainsi condensée par cette dernière : « David Douillet est l’heureux détenteur de comptes au Liechtenstein ».

Douillet-le-roi-des-conflits-d’intérêts au gouvernement, sur le strapontin doré créé pour l’occasion de racoleur UMPiste des expatriés, décidément, on ne s’y fait pas : « la création d’un secrétaire d’Etat aux Affaires étrangères chargé des Français de l’étranger, avec David Douillet, (…), c’est un poste dont on ne voit pas très bien l’objectif, si ce n’est de préparer l’élection pour l’UMP. Je trouve ça un peu choquant », euphémise Corinne Lepage. Quant à la tête-à-claques intéressée, elle s’est dite « fier de servir (son) pays ». Non, tu ne sers que l’Union pour une Minorité de Privilégiés, le  parti de l’oligarchie, cette faction qui confisque le pouvoir au peuple, et tu sers accessoirement ta pomme, mais certainement pas ton pays, David. Bienvenue dans la rubrique Ferme ta gueule ! de plumedepresse.

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