Déficit commercial : tout bénéfice pour les USA…

Si la théorie enseigne que la dépréciation du billet vert contribue décisivement à résorber le déficit commercial américain, la pratique indiquerait plutôt le sens inverse… car une dévaluation du dollar tend à aggraver – en tout cas dans un premier temps – ce même déficit du fait d’importations qui ne réagissent pas tout de suite à la baisse. Dans un monde parfait, les consommateurs US achèteraient plus de marchandises fabriquées dans leur pays qui seraient moins coûteuses que les biens importés tandis que les étrangers seraient plus tentés par les produits US rendus plus compétitifs à la faveur de la baisse du dollar…

Pourtant, ce scénario ne fonctionne que très imparfaitement pour un pays comme les Etats-Unis qui doit gérer et affronter une compétition acharnée de la part de concurrents qui, ne se laissant pas rebuter par une dépréciation du dollar, réagissent soit en acceptant une réduction de leurs marges bénéficiaires pour continuer à être présent sur cet immense marché, soit en se protégeant contre les fluctuations du billet vert à travers les multiples possibilités offertes par les marchés. Toutes choses étant égales par ailleurs, cette dévalorisation de la monnaie américaine ne se traduira jamais en une fabrication « Made in America » de certains biens et produits car les revenus US ne pourront jamais entrer en compétition avec le salaire du travailleur Asiatique. Une éventuelle perte de valeur du billet vert écarterait du reste toute possibilité d’investissements étrangers à destination d’appareils de production américains destinés à la fabrication de tels biens de consommation…

Une baisse du dollar ne serait pas plus avantageuse pour les Etats-Unis du point de vue de leurs gigantesques importations pétrolières. Les 12 millions de barils acquis quotidiennement représentent certes la moitié de leur déficit commercial mais il est plus que douteux que les pays exportateurs se résignent à tolérer une baisse drastique de leur pouvoir d’achat car ce pétrole est bien-sûr libellé en dollars! Ces derniers chercheraient tout simplement à compenser leur manque à gagner par une majoration du prix du baril qui annihilerait en conséquence l’effet bénéfique – pour le déficit commercial US – de cette dépréciation de leur devise.

En fait, le déficit commercial bénéficie foncièrement à une nation comme les Etats-Unis : les pays qui y exportent leurs marchandises sont effectivement contraints d’y réinvestir leurs dollars tandis qu’un excédent commercial aurait exactement les effets inverses. Ce déficit de leur balance commerciale indique en réalité un investissement étranger important en direction des Etats-Unis avec toutes les conséquences positives que l’on imagine, à savoir des taux d’intérêts maintenus à des niveaux relativement bas, y compris en période de forte croissance. En réalité, il serait nettement plus judicieux aux Etats-Unis de s’atteler à la réduction de leur déficit budgétaire tout en stabilisant leur épargne privée car la réduction de leurs déficits commerciaux via une pression baissière sur leur monnaie induirait une diminution massive de leur train de vie.

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