Dégonfler la baudruche Marine Le Pen

Déferlante Marine Le Pen à la Une de tous les médias. Elle serait « plus avenante » que son père, « plus crédible » (en quoi ?), plus respectable (ah bon ?) et, partant, plus dangereuse. Halte au feu. 

On se calme ! Marine Le Pen a été élue présidente du Front national, un sondage la donne à 18% et c’est le ras-de-marée : on ne parle plus que d’elle ! Certains jouent à se faire peur : « Vous allez voir que Marine va passer ». Sur Facebook s’est créé un groupe baptisé Prendre le maquis si Marine Le Pen est élue. Oh les gars(ces), 18% ! Le Pen père était à 15, quand on connaît la marge d’erreur des sondages… Non, la virago du FN ne représente pas le péril pour la République qu’on dit, pas plus que son père n’avait besoin de notre vote pour être battu par Chirac en 2002.

 Et l’opinion, en l’occurrence moins bête que souvent, n’est pas dupe : la succession intervenue à la tête du parti ne l’a pas changé. Le discours soi-disant social de la Le Pen ne date pas d’hier : le FN prétend défendre les petites gens (Français !) depuis toujours, tout en proposant au plan économique une tripotée de mesures ultralibérales à faire se pâmer Laurence Parisot – qui n’aurait pourtant pas l’orgasme facile, selon un sondage de l’Ifop. La Walkyrie d’Hénin-Beaumont apporterait à la formation d’extrême droite la respectabilité ? Mais le FN est le FN ! Le service d’ordre de quel autre parti pourrait-il se permettre d’ignorer les répercussions médiatiques certaines pour se laisser aller à un pathétique passage à tabac en plein congrès d’intronisation de « Marine », à huit gardes du corps contre un « journaliste de merde » ?

La chaîne du confrère, France24, raconte : « huit gardes du corps se ruent sur lui et le couvrent de coups. Traîné à terre, frappé au ventre et dans le dos, Michaël subit un assaut provoqué, estime-t-il, par les photos prises durant le cocktail. « Ils m’ont pris mon téléphone portable et m’ont demandé d’effacer les photos que j’avais prises et qui n’avaient d’ailleurs aucun caractère journalistique », raconte-t-il, ce dimanche matin, sur France24. « Ils m’ont volé ma carte de presse et cassé ma montre », continue-t-il, visiblement choqué. Après le passage à tabac, il est emmené dans « une petite salle » puis à nouveau insulté. « Des propos racistes », entre autres, rapporte-t-il. Relâché dix minutes plus tard, Michaël Szames se présente aux forces de l’ordre, postées à l’extérieur du Palais des Congrès de Tours. Ces dernières déclarent ne rien pouvoir faire face au service d’ordre du parti qui « règne en maître, ici » [voir son témoignage en vidéo ici]. Le FN dément sa version : « Le Front national conteste absolument que ce Monsieur ait été molesté », a déclaré à l’AFP Me Wallerand de Saint-Just, l’avocat du parti », cité par L’Express qui précise : « Le Front national souhaite par ailleurs une contre-expertise médicale, doutant que le journaliste ait pu se voir signifier dans le cadre de sa plainte 15 jours d’incapacité de travail, comme l’a affirmé dimanche soir sa chaîne ». Mythomane, Michaël Szames ? Incorrigible Jean-Marie Le Pen en tout cas : « Dimanche, interrogé sur l’incident et sur les « insultes racistes » dont le journaliste dit avoir été l’objet, Jean-Marie Le Pen a répondu par un énième dérapage : « Ce personnage a cru pouvoir dire que c’était parce qu’il était juif qu’il avait été expulsé. Qu’il soit juif, cela ne se voit ni sur sa carte ni, si j’ose dire, sur son nez », rapporte Le Monde. Arf, la bonne blague, les juifs ont un gros nez, kolossale rigolade ! « Interrogée ce lundi sur RMC dans Bourdin Direct, Marine Le Pen, qui vient de succéder à son père à la tête du parti, a déclaré être «absolument persuadée que Jean-Marie Le Pen n’avait pas de mauvaise pensée en disant cela». Mais elle concède qu’il «aurait dû dire « sur son front » (national ? NdA), ça au moins ça aurait évité la polémique». Exact, mais il a dit « sur son nez » et ajouté « si j’ose dire »… Toujours est-il que cette affaire de molestation d’un journaliste, aggravée par la « plaisanterie » du « président d’honneur » (son titre, désormais), montre clairement que le FN est très loin d’être soudainement devenu un parti respectable et qu’il est toujours mû par une violente xénophobie, à la source d’une idéologie de haine et d’exclusion.

Quelles discriminations racistes ?

« Invitée sur RMC Info-BFM TV lundi, Marine Le Pen a estimé que les handicapés avaient « beaucoup plus de difficultés à trouver un emploi que les Français qui ont un nom à consonance étrangère »,  résume Europe 1. La nouvelle présidente du Front national a surfé sur la thématique traditionnelle de son parti, qui lie immigration et chômage : elle a jugé « absurde de continuer à faire entrer des centaines de milliers d’étrangers dans notre pays alors que nous avons cinq millions de chômeurs ». Là encore, on cherche la nouveauté : le FN établit ce lien – imaginaire – entre immigration et chômage depuis toujours ! Sur le sujet des discriminations, L’Express est plus complet : « Interrogée sur RMC Info-BFM TV sur les difficultés à trouver un emploi lorsqu’on s’appelle « Karim ou Mohamed », Marine Le Pen a répondu: « Mais ça, c’est vous qui le dites parce que moi j’ai vu des études qui disent qu’en l’occurrence, les handicapés ont beaucoup plus de difficultés à trouver un emploi que les Français qui ont un nom de consonance étrangère ». Et les handicapés d’origine étrangère ? Mine de rien, avec son « c’est vous qui le dites » et sa diversion à propos des handicapés, elle nie les discriminations dont les Français issus de l’immigration souffrent, à l’existence objective pourtant régulièrement évaluée. Pas plus tard que le 5 janvier dernier, L’Obs.com rendait compte d’une étude de l’Insee en ces termes : « Les Français ayant au moins un parent immigré originaire du Maghreb ont des taux d’emploi inférieurs de 18 points et des salaires 13% moins importants de ceux dont les deux parents sont Français de naissance ». Il n’est de pire aveugle qui ne veut voir : si le père est borgne, la fille n’a pas meilleure acuité visuelle, enfermée dans la même cécité volontaire. Reconnaître que les Karim et les Mohammed sont effectivement discriminés reste insupportable pour un parti qui se tue depuis toujours à faire passer le message que tous les problèmes de la France sont causés par l’immigration !

Aucun changement donc, Marine ou pas, comme lorsqu’elle enfourche à nouveau le vieille carne de la la « préférence nationale » : « Nous devons réserver notre aide sociale, notre politique sociale à nos compatriotes, ainsi d’ailleurs que la priorité d’accès à l’emploi et au logement ». Rappelons simplement en vitesse que cette proposition est contraire à l’égalité entre tous les citoyens, fondement de la déclaration des droits de l’Homme repris dans notre Constitution. Mais peu lui chaut : ça flatte un électorat franchouillard raciste – son fond de commerce – qui existe bel et bien dans ce pays, à tel point que l’opportuniste de l’Elysée s’est sciemment appuyé sur lui pour se faire élire. Alors, abandonner la lutte contre le FN ? Certainement pas. Il s’agit d’un combat de valeurs d’autant plus crucial que les « idées » de l’extrême droite ont contaminé la droite de gouvernement, Sarkozy, Besson et Hortefeux prétendant « tuer » le parti des Le Pen en… appliquant sa politique xénophobe et ultrasécuritaire ! Continuer par conséquent à dénoncer l’inacceptable, démonter les mensonges, décrypter le discours et démontrer sa faiblesse. Mais sans pour autant flatter la grenouille qui voulait se faire aussi grosse que le boeuf : dégonflons la baudruche Marine Le Pen.

Illustration Basic Instinct : tropic@lboy.

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