Délinquance des mineurs : Ciotti recycle le vieux mensonge de Sarkozy…

…et des journalistes d’une filiale de Nice Matin bidonnent un sujet de TF1 avec son attachée de presse jouant les mères désemparées.

« On constate aujourd’hui que 5% des mineurs délinquants qui récidivent, plusieurs fois souvent, commettent 50% des actes de délinquance », affirme Eric Ciotti (sur cette vidéo, au bout d’1mn 50) en octobre 2010. Pourquoi l’exhumer aujourd’hui ? C’est que nous l’avons entendu ces jours-ci à la volée réitérer cette déclaration et avons mené une petite recherche pour en connaître les termes exacts. Et c’est bien ce que nous pensions : il s’agit d’un gros mensonge. Lorsque Ciotti le prononçait en 2010, c’était pour justifier la mesure d’incarcérer leurs parents (qui sera finalement abandonnée). Aujourd’hui, il s’agit d’illustrer combien est nécessaire la nouvelle batterie de mesures répressives préconisées par le député des Alpes-Maritimes dans son rapport remis à Nicolas Sarkozy. Un mensonge, disions-nous, expliquons-le : Ciotti prétend que 50% des actes de délinquance sont commis par 5% de mineurs récidivistes. Ça nous rappelle quelque chose. Billet de décembre 2006, Insécurité : encore une manipulation de Sarkozy : « Pour justifier le principe de la peine plancher qui lui est si cher, le ministre de l’intérieur candidat assène le chiffre suivant : 50% des crimes seraient commis par des récidivistes. Il l’a dit sur France 2, durant l’émission A vous de juger, et répété lors de Ripostes, sur France 5. Or seuls 32% des crimes sont élucidés, et l’on ignore donc l’identité des auteurs de 68% des crimes ! Et il est évidemment plus facile de coincer un coupable lorsque celui-ci est récidiviste. Le chiffre sarkoziste de 50% de crimes commis par des récidivistes est donc une belle escroquerie intellectuelle, ainsi qu’une contre-vérité. N’insultons pas l’intelligence de l’agité de la place Beauvau en plaidant une erreur : il ne peut être que pleinement conscient de la fausseté de son affirmation. Ça s’appelle de la manipulation. » Comme c’est amusant. Quand Sarkozy affirmait que la moitié des crimes étaient le fait de récidivistes, c’était déjà bien n’importe quoi. Mais Ciotti dépasse son maître. La moitié des actes de délinquance en général sont le fait de 5% de mineurs récidivistes ? Et on le laisse proférer pareille ânerie ? Le Bulletin mensuel de mai publié par l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales indique par exemple, pour les atteintes aux biens, un taux d’élucidation de 15,62%. Donc on ne sait pas qui a fait le coup dans 84,38% des cas, mais Ciotti, lui, le sait : ce sont 5% de mineurs récidivistes les coupables ! C’est tellement énorme que nous désespérons de constater que nos confrères, comme à l’époque du mensonge de Sarkozy, ne font pas leur travail le plus élémentaire en claquant le beignet à la tête de noeud niçoise.

Mais c’est bien connu, l’UMP ne recule devant aucune malhonnêteté – c’est même à ça qu’on la reconnaît, entre autres vilénies. Celle que nous allons narrer n’est vraiment pas mal, dans le genre. On se souvient des militantes du  parti présidentiel se faisant passer pour de banales mères de famille applaudissant Luc Chatel : « Les « ménagères » qui se trouvaient dans le rayon fournitures scolaires du supermarché avaient effectivement l’air très au courant du dossier « Essentiels de la rentrée » que le ministre de l’Education venait promouvoir, rapportait France Info en août 2009. Toutes semblaient par ailleurs enchantées de l’initiative, ont noté plusieurs journalistes. Certaines de ces mères de famille seraient même arrivées dans la même voiture avant le ministre. Et en seraient reparties de la même façon. Mieux : selon France 2, d’autres auraient « remis en rayon les fournitures scolaires ». L’une de ces consommatrices, Virginie Meyniel, est une élue de Vulaines-sur-Seine, une commune voisine… dirigée par l’UMP. Elle a expliqué à Célia Quilleret, reporter à France Info, qu’elle se trouvait là, à près de 50 kilomètres de chez elle, « par hasard ». Bien sûr, version officielle : Chatel n’était absolument pas au courant. Pas plus que ne l’est notre bon Eric Ciotti cette fois-ci : « Nicolas Sarkozy participait hier à une table ronde sur l’absentéisme scolaire dans les Yvelines, lit-on à nouveau sur France Info à la date du 24 juin. Le président vante alors le bilan de la loi « Ciotti », qui prévoit notamment la suppression des allocations familiales pour les parents d’élèves absentéistes. C’est une loi qui est à l’initiative d’Eric Ciotti, président UMP du conseil général des Alpes-Maritimes. Dans son département, cette mesure existe depuis deux ans. TF1 cherche donc à faire le bilan de cette disposition, et une équipe se rend à Nice et à Cannes à la rencontre du monde éducatif et des parents d’élèves. Le reportage est diffusé dans le journal de 13h, hier. Il débute par le témoignage d’une mère de famille qui demande de l’aide au conseil général : « j’ai un enfant qui ne va plus à l’école, il commence à sécher » dit cette jeune femme, qui témoigne à visage découvert mais sans que son nom soit cité. Sauf que cette femme, quelqu’un la reconnaît : Jacques Victor, conseiller général communiste des Alpes Maritimes affirme qu’elle est l’une des attachées de presse du conseil général. Et effectivement, Eric Ciotti le reconnaît très vite : il s’agit bien d’une de ses collaboratrices… et elle n’a pas d’enfants. Le président du conseil général affirme cependant qu’il n’était pas au courant. Il explique avoir découvert le reportage en direct au journal de 13h, avoir immédiatement appelé la jeune femme : « je l’ai réprimandé fortement, car cela m’a choqué. Elle m’a dit avoir voulu rendre service à l’équipe de tournage, sans y avoir un problème ». Suite à cette affaire, l’attachée de presse a présenté sa démission cet après-midi. » On aime le résumé de l’affaire par 20 minutes : «J’ai un enfant qui ne va plus à l’école, qui commence à sécher et je suis un peu inquiète.» Cette femme, qui se dit «désemparée» dans un sujet du 13 heures de TF1 n’a pas d’enfants. C’est l’attachée de presse d’Eric Ciotti, le député et président UMP du conseil général des Alpes-Maritimes qui a mis en place le «contrat de responsabilité parentale» dont le reportage est censé démontrer les résultats «apparemment positifs». C’était bien essayé. L’AFP précise que les journalistes ayant tourné le sujet de TF1 sont en réalité ceux d’une filiale de Nice Matin. Qui ne connaissaient certainement pas l’attachée de presse du président de leur Conseil général, nous dira-t-on peut-être.

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