Dérive technologique

Yan Barcelo, 31 juillet 2011

Je souscris ardemment à la technologie et à la science. Je crois qu’ensemble, elles constituent une des plus grandes entreprises intellectuelles et spirituelles de l’humanité. Et pourtant, en contemplant la façon dont nous utilisons la technologie sur un plan personnel, je me désole.

Bien sûr, il y a toutes les applications mal inspirées des technologies, particulièrement au chapitre de la dégradation des sols et des eaux, ou encore dans la détérioration des milieux humains, notamment par le triomphe des autoroutes et des boulevards commerciaux dont le boulevard Taschereau est un représentant emblématique au Québec. Mais ce procès-là a déjà été fait amplement ailleurs et ce n’est pas sur cette dimension que je désire m’attarder ici.

C’est notre utilisation personnelle des technologies qui retient mon attention. Par exemple, je regardais l’autre jour une table où étaient assemblés sept jeunes dans les débuts de la vingtaine. Sur les sept, quatre étaient en conversation via leur cellulaire, totalement absents des échanges qui occupaient les trois autres, et qui devaient presque crier pour s’entendre par-dessus la jasette des adeptes du cellulaire qui, comme on le sait, ont tendance à parler aussi fort que s’ils s’adressaient à une assemblée publique.

Voici une des technologies les plus intrusives de notre époque. Avec tant de jeunes, il est presque impossible aujourd’hui de tenir une conversation autour d’une table. Inévitablement, ils se font happer ailleurs par la sonnerie de leur bidule. Et y a-t-il rien de plus impoli que cette sonnerie à laquelle les gens donnent toujours la plus haute priorité? C’est comme un enfant mal élevé qui interrompt sans gène tout le monde et à qui les parents donnent aussitôt toute leur attention.

J’en ai d’ailleurs pris mon parti à l’époque où je travaillais dans la salle de presse du journal Les Affaires. Quand j’étais dans le bureau du chef de pupitre, la moindre sonnerie de téléphone qui, en fait, nous interrompait, avait sa priorité absolue. J’ai vitre compris le truc. Je ne me rendais plus à son bureau; je l’appelais. Comme ça, j’étais certain d’avoir la priorité.

Cette impérialisme de la technologie, qui brise le rapport immédiat entre les gens, sans parler du rapport des gens à leur intimité propre, prend une multitude de formes. Mon épouse a récemment consulté pour la première fois une femme médecin. Le questionnaire, pourtant si crucial, a été complété par une infirmière. La médecin, qui n’a reçu mon épouse que pour cinq minutes dans son bureau, n’a pratiquement jamais levé les yeux de sa paperasse où elle notait différents tests à faire passer à mon épouse ou prenait des notes en réaction à certaines questions. Cette dame était obnubilée par la technologie des tests au point d’escamoter les trois points de contact fondamentaux d’un médecin avec son patient : le questionnement, l’observation visuelle et le toucher. Non pas que les tests ne soient pas un supplément d’information extrêmement précieux, mais pas au point de reléguer aux oubliettes les moyens essentiels du rapport entre un médecin et son patient.

Dans les entreprises, les technologies, extraordinairement efficaces, j’en conviens, en sont venues dans bien des cas à dresser un écran insurmontable entre les couches managériales et le personnel d’exécution. On gère à force de ratios, d’écrans de pourcentages et de tendances chiffrées, et on en oublie complètement le contact simple et direct avec les employés sur plancher.

Un des lieux où la technologie est certainement la plus pernicieuse tient aux jeux vidéo voués à la violence et à l’entraînement simulé au crime. Coiffer du terme de « jeu » de tels outils d’abêtissement et d’abrutissement de l’âme tient du prodige, un prodige de mensonge et de stupidité.

Avec ces simulations, on enseigne aux jeunes des leçons de laideur, de violence et de mort. Et qu’en est-il de technologies de simulation qui pourraient enseigner les grands acquis de l’art et de la science, par exemple? Il n’en existe pratiquement pas. Je connais un individu qui a accéléré considérablement son apprentissage de la composition musicale et de toutes les disciplines attenantes – harmonie, contrepoint, arrangement, orchestration – en ayant recours à quelques logiciels de musique. Ce qu’il a fait tient de l’exception. Les quelques autres personnes que j’ai croisées qui ont montré un vague intérêt pour la musique se servaient de logiciels, comme Band-in-a-Box, qui faisaient pratiquement le travail d’harmonisation et de composition pour eux.

C’est le grand malheur de notre rapport aux technologies. Nous ne nous en servons pas pour élargir et approfondir notre vie; nous sommes asservies par elles et nous les laissons nous drainer à petit feu de notre puissance et de nos habiletés.

Ce n’est pas seulement dans le corps que nos concitoyens sont adipeux et obèses, c’est aussi dans l’âme, dans la tête et dans l’esprit. Et ce sont surtout les technologies qui sont premières coupables de cette ablation silencieuse de notre être que nous les laissons perpétrer à notre endroit.

 Il pourrait en être autrement. Ce recours aux technologies par notre main gauche, celle de la paresse, de l’inertie et de la passibité, n’est pas inévitable. Il y a moyen de s’en emparer par la main droite, celle par laquelle nous construisons notre caractère et renforçons nos talents. Malheureusement, c’est trop peu souvent le cas.

8 pensées sur “Dérive technologique

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    31 juillet 2011 à 11 11 12 07127
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    En effet, ces technologies ont réduit les rapports sociaux réels à leur plus bas niveau depuis peut-être, quelques époques très sombres de notre histoire.

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    31 juillet 2011 à 13 01 35 07357
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    Je suis bien d’accord avec vous. Puis-je ajouter l’intrusion de la moto, de l’auto et de la mobylette au lieu de la bonne vieille marche à pieds pour se familiariser avec son voisinage, rencontrer et jaser avec le monde et apprécier ce qui nous entoure, comme le chants des oiseaux et le vent dans le feuillage des arbres?

    Et puis que dire des moto-marines, des bateaux de plaisance et divers appareils pour les loisirs aquatiques? J’ai eu la chance de pouvoir explorer les rives et le fond de la rivière de ma jeunesse, car l’eau était encore relativement propre il y a une cinquantaine d’années. Difficile d’avoir un contact aussi intime à cheval sur une embarcation vrombissante qui brûle de l’essence! Le corps immergé dans l’eau, les orteils bien calés dans les cailloux du fond de l’eau, on comprends beaucoup mieux la nécessité de garder nos cours d’eau propres!

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    31 juillet 2011 à 18 06 38 07387
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    La Toile: voyage en cybernétique (VF de Das Netz).
    http://video.google.com/videoplay?docid=1831175291887410833

    À voir!

    Docu diffusé sur les ondes de Arte, au sujet du phénomène du Unabomber. De la cybernétique à la contre-culture au monde techno de l’ère d’internet. Le unabomber voulait soulever le débat sur la menace technologique…

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    31 juillet 2011 à 22 10 13 07137
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    Le Japon affirme dérive est, tandis que la dérive n’est pas toute dérive hors de la japonaise que les modèles FR ne flick appelé dérive, comme FF feuilleter appelé le pouvoir au Japon est appelée à haute vitesse dérapage 4WD véhicules de rejet queue.
    Condition de dérive La dérive est une condition attribué à la fin: les roues arrière le plus à perdre (ou toutes) de la poignée, tout en maintenant l’adhérence de la roue avant (ne peut que perdre une petite partie, il est préférable d’obtenir une meilleure adhérence); Ensuite, tant que la roue avant a une certaine force latérale, la dérive de voiture à produire la dérive.
    Converti à la friction relativement statiques où le frottement de glissement va produire la dérive. L’action coulissante de la gravité et la friction et l’angle de frottement statique et de la distance et la taille relative et d’autres facteurs rendent un tel contrôle précis du processus de contrôle de la dérive.

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    31 juillet 2011 à 22 10 59 07597
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    Vous décrivez bien à quel point les meilleures choses finissent par avoir es effets pervers si on mnque de vigileance. C,est vrai pour la technologie, la démocratie et un tas de choses que l,humanité s,est donnée au fil des siècles. Vigileance et conscience sont des moyens pour empêcher le côté obscur des choses de l’emporter.

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    4 août 2011 à 8 08 32 08328
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    Je viens de mettre une vidéo sur Youtube, puisé… enregistré selon l’émission « Découverte » qui fait réfléchir et rejoint, quelque part, votre discours quand vous écrivez  » Et pourtant, en contemplant la façon dont nous utilisons la technologie sur un plan personnel, je me désole ».

    C’est le magicien connu, Luc Langevin, qui démystifie la magie et explique qu’il n’a pas de pouvoir surnaturel, que, tout simplement, il nous floue tous avec ses connaissances scientifique sur l’optique et la physique quantique.

    http://www.youtube.com/watch?v=7gFFUfhHabQ

    Luc Langevin, le magicien québécois connu, explique que tout ce qu’il fait n’est qu’illusion calculée selon ses connaissances et ses diplômes universitaire en science de l’optique et ses études de physique quantique. Émission découverte R-C.

    Ça fait comprendre comment notre cerveau fonctionne – ses limites et failles – et comment la connaissance de la science et de la psychologie peux servir à nous tromper… pendant que lui fait de l’argent avec ses trucs d’illusionnistes.

    Pierre Girard

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