Des agences de notation imbues de leur pouvoir évanescent

 

Je plante le décor, Crise Asiatique de 1997: L’agence S&P dégrade la notation Coréenne de AA- à A+ en Octobre de cette année avant de la baisser encore un mois plus tard à A-. Onze jours plus tard, cette notation est encore dévaluée en un BBB- et ce de manière très provisoire puisqu’elle est encore dégradée en B1 à fin Décembre 1997… C’est ainsi que ce pays aura perdu 10 degrés de notation en l’espace de deux mois sachant que l’institut Fitch, lui, avait fait encore plus fort puisqu’il avait diminué la Corée du Sud de pas moins de 12 degrés durant le même laps de temps! Toutefois, un peu plus d’une année plus tard, S&P et Fitch révisaient leur jugement et remontaient la notation Coréenne à BBB- en Janvier 1999…

Quatorze ans plus tard, voilà ces mêmes agences qui sévissent à nouveau en s’en prenant aux dettes souveraines des nations d’Europe dite « périphérique ». S&P n’a-t-il en effet pas abaissé il y a quelques jours la notation portugaise de BBB à BBB- et ce à peine une semaine après l’avoir dégradé de A- à BBB? Que s’est-il passé en cinq jours? Un cataclysme aurait-il frappé ce pauvre pays sans que l’on s’en aperçoive ou l’état de ses comptes aurait-il empiré en une semaine? Que cherchent-elles à prouver, ces agences de notation ayant commencé à perdre leur immense crédibilité d’antan à la faveur de la crise asiatique? Pourquoi autant de zèle vis-à-vis de ces nations européennes saignées à blanc?

Le crédit d’un pays peut-il fluctuer d’une telle amplitude (à la baisse mais on l’a également vu à la hausse avec la Corée en 1999) et ce en l’espace de quelques semaines, voire de quelques jours? En distribuant leurs pénalités aux mauvais élèves européens, ces arbitres – grands gardiens de l’orthodoxie financière – et chantres de la lutte contre les déficits tentent en réalité de faire oublier leur incompétence notoire, voire criminelle, dans ce qui aura été leur bourde suprême: Avoir attribué la notation maximale – AAA – aux titres subprimes qui n’étaient que des actifs pourris.

Pourtant, les marchés se rendent compte aujourd’hui qu’il n’est strictement plus possible de se fier à leur jugement. La preuve: Où est l’Euro en dépit des récentes dégradations en masse des notations des PIIGS?

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