Des V-2 et des ‘drones’

Les États-Unis ont fait des excuses aux Pakistanais, ces derniers jours. Car des hélicoptères militaires américains ont fait feu sur des soldats pakistanais – en territoire pakistanais – un pays ‘allié’ – et les ont tués.

Rappelons que, depuis près de deux ans, l’armée américaine franchit les frontières pakistanaises pour ‘aller à la poursuite de ces ‘talibans’ qu’ils n’aiment pas beaucoup.

Or ces ‘frappes’, comme on dit, se font par la voie des airs et principalement avec des ‘drones’, c’est-à-dire des avions sans pilotes dont l’intelligence est limitée et qui ne peuvent faire la distinction entre un Taliban et un Pashtoun. Et ce ne sont pas toujours les méchants Talibans qui écopent. Tout ceci en territoire ami, et sans la permission des dits ‘amis’. Ces ‘drones’ sont des sortes de fusées mortelles, un peu comme les V-2 allemandes qui ont tant terrorisé les britanniques pendant la dernière guerre.

On peut comprendre que les Pakistanais ne soient pas très enchantés et que cette violence inouïe puisse produire des effets désagréables. L’incident de cette semaine  été le fait d’hélicoptères. Mais cela ne rend pas l’incursion de meilleur goût. Et, comme de raison, la violence produit la violence et le Pakistan a fermé un poste frontalier, ce qui a permis aux insurgés de dévaster les convois de ravitaillement paralysés à la frontière.

Il est permis de penser que ces bombardements et ces fusillades en territoire ‘ami’ ont produit cette réaction – car la violence produit naturellement la violence – et que le gouvernement pakistanais soit complice de ce qui se passe. Comment réagirions nous si des ‘drones’ américains venaient bombarder la Petite Italie de Montréal sous prétexte qu’elle veut nous débarrasser de la mafia? Et sans nous demander la permission?

Il faut dire, ici, que pendant sa campagne électorale d’il y a deux ans, le président Obama nous avait prévenu. Il avait dit – formellement – que si les choses se gâtaient en ces deux guerres d’Irak et d’Afghanistan, il se permettrait d’aller faire des incursions militaires en territoire pakistanais pour aller à la poursuite des guérilleros.  Oui mais personne n’avait imaginé que ces ‘incursions’ consisteraient à envoyer des nuages de ‘drones’ et qu’ainsi la croisade américaine se transformerait en une guerre des boutons électroniques, celle-ci faisant fi du bien-être, de la vie des civils d’en bas. On voyait plutôt des ‘boys’ se promenant dans les montagnes, peut-être, mais pas toute l’armurerie américaine se déchainant contre une nation : celle des Pashtouns habitant la frontière ouest du Pakistan.

S’il y a une réprobation à donner au président Obama, c’est bien celle-ci : se permettre de bombarder un pays ‘ami’ allié, sans sa permission et avec des moyens techniques démesurément meurtriers. La guerre de l’Afghanistan n’est peut-être pas légitime elle-même… mais au moins elle est au vu de tous; en tout cas il y a fort à parier que les électeurs centristes des États-Unis – il y en a – ne se bousculeront pas aux urnes, en novembre, pour cautionner de pareilles actions.

Ce qui est le plus dérangeant en ces affaires, c’est que la population américaine,  pas plus que la québécoise, n’est informée directement de ce qui se passe. D’abord où ces avions sans pilotes sont-ils construits, combien coûtent-ils l’unité et d’où partent-ils pour aller dévaster la frontière pakistanaise? Et combien de temps cette méthode guerrière sera-t-elle utilisée pour régler des différends internationaux? Est-ce que les ‘drones’ américains constituent un test pour une prochaine guerre? Un test comme les Allemands en ont fait un à Guernica, en Espagne un peu avant la dernière guerre? Le test d’une guerre sans soldats, mais sans sentiments non plus qui donnera bonne conscience aux fonctionnaires et aux dirigeants : les ‘boys’ n’auront plus à se mettre les pieds dans la boue!

Devons-nous aller jusque là?  Ne serait-il pas bon que les journaux ‘consacrent quelques colonnes’ comme on dit, à cette évolution?

Un historien américain, Peter Beinart, quant à lui, vient de publier un brillant livre sur la psychologie sociale appliquée aux dirigeants Américains; cela à partir du début de l’époque moderne, celle de Woodrow Wilson et des autres présidents qui ont suivi.

Lorsque les présidents se laissent emporter par des objectifs excessifs, par la Raison pure, par la Puissance absolue ou par des idéaux de Pureté inatteignables, cette sorte de ‘Hubris’ pathologique, dit-il, les affaires guerrières tournent toujours à la catastrophe.

Les présidents se lancent vers le ciel, font d’impitoyables conquêtes et la cire de leurs ailes fondent et tout retombe en désordre sur Terre : les exemples sont nombreux :  Cuba, Vietnam, ne sont pas les moindres.

Le  président Obama est-il atteint par ce syndrome fort dangereux ? Il est trop tôt pour le dire; l’histoire en parlera. Mais il est certain que le bombardement du Pakistan par des drones, fut-il efficace,  ne nous mènera pas facilement à des compromis de paix; certes ce violent stratagème, pourra faire surgir des violences pareilles, soit en vengeances, soient en légitimes défenses….les explosions des camions qui ont frappé l’imagination de tous, la semaine dernière ne sont-elles pas le commencement d’une escalade guerrière?

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