Dichotomie Européenne

« Rome a pour ma ruine une hydre trop fertile, Une tête coupée en fait renaître mille », disait Corneille dans Cinna. Après la violente crise l’ayant secoué en ce premier semestre 2010, Rome – en fait l’Union Européenne – est effectivement en train de renaître mais, n’en déplaise à Corneille, non avec mille têtes mais avec seulement deux.

C’est ainsi que l’Europe périphérique (Grèce, Espagne, Portugal ou Irlande) lutte au quotidien pour sa survie tandis que l’industrie allemande connaît un essor sans précédent (en partie redevable aux pays émergents) et que la consommation et l’immobilier français se redressent par la grâce des taux d’intérêts bas. Cette dichotomie, illustrée au fil de la publication des statistiques allemandes et françaises, est d’autant plus flagrante que l’économie grecque devrait se contracter de 4% cette année et de 2% en 2011 pendant que l’Espagne, elle, devrait connaître un P.I.B. à peine positif de 0.6% en 2011 selon le F.M.I. qui la met en garde contre une conjoncture économique « faible et fragile »…  F.M.I. qui prévoit une contraction espagnole de 0.4% cette année dans un environnement obstrué par les endettements massifs du secteur privé et par la faiblesse structurelle des exportations de ce pays.

Précisément, le domaine des exportations permet d’illustrer ces divergences évidentes entre deux pôles opposés de l’Union Européenne car, s’il est vrai que les exportations espagnoles et allemandes ont progressé proportionnellement à leur P.I.B. respectif de manière équivalente en données annualisées, les deux pays ne combattent pas – et de loin! – à armes égales. Les exportations ne représentant en effet que 16% du P.I.B. espagnol alors qu’elles constituent 40% des rentrées allemandes, l’Espagne aurait pourtant plus que jamais besoin de développer ce secteur seul susceptible de la tirer de son marasme du fait de la stagnation, voire de la faillite, de son secteur immobilier et de la construction!  Difficile en effet de miser sur ce domaine pour redresser la croissance sur le moyen terme dans un contexte où une progression de 17% des exportations espagnoles (chiffre de Mai 2010) se traduit par une embellie à hauteur de 2.7% du P.I.B. alors qu’une augmentation de 17% des exportations allemandes impacte le P.I.B. allemand à hauteur de 6.8%… Les marchés internationaux n’étant aujourd’hui plus partants pour financer un train de vie espagnol reposant sur la consommation et sur une progression immobilière qui semblait ininterrompue, ce pays doit pouvoir s’appuyer sur ses exportations à l’instar de l’Allemagne. Pour ce faire, ce secteur devrait gagner en importance proportionnellement au P.I.B. espagnol de l’ordre de 25% au moins faute de quoi cette nation ne sera évidemment pas en mesure de résorber ses endettements privés colossaux.

Oui, l’Espagne et d’autres pays Européens périphériques évoluent en effet dans un autre monde et jouent dans une autre cour que l’Allemagne qui, en outre, a intelligemment diversifié ses exportations en tablant progressivement sur de nouveaux marchés pour compenser la réduction drastique de ses ventes vers l’Europe Centrale, de l’Est et du Sud. Ses exportations en direction de l’Union représentent toujours quelque 60% de son chiffre global mais sa compétitivité et son talent d’adaptation lui ont permis de progresser vers l’Asie (12% de ses ventes), les Etats-Unis (7%) et l’Amérique Latine (2.5%). Les exportations Allemandes de véhicules envers la Chine n’ont-elles pas bondi de 170% en une année?

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