Vers la banlieue et au-delà

JEAN PIERRE BONHOMME

Il y a encore des citoyens qui vivent d’illusions. Pas n’importe quelle illusion; une vraie, une gigantesque déconnexion de la réalité. Ils pensent que les Québécois sont devenus intelligents et qu’ils ont recommencé à vivre en ville au lieu d’aller s’installer dans les champs de patate de la périphérie urbaine. Or c’est le contraire qui se produit sans le moindre doute.

Un journaliste spécialisé en économie – la configuration des villes a des répercussions sur l’argent et sur l’environnement – a montré, mardi dernier, jusqu’à quel point la désertion des familles vers le no man’s land lointain est engagée.

On s’en doutait un peu. Contrairement à ce qui se passe en maintes villes d’Europe, on ne voit presque plus d’enfants et d’adolescents dans la vraie ville. Tout ce petit monde là est parti à veau l’eau.

Le journaliste, lui, faisait état d’une recherche faite par des chercheurs de l’agence fédérale de la statistique, recherche publiée dans Tendances sociales canadiennes, une publication de cette même agence.

Le constat qui m’intéresse le plus personnellement c’est celui-ci : 42 % des parents de la classe moyenne ont quitté Montréal en cinq ans. La perte de revenus qui en découle est « énorme» dit le journaliste.

Oui en effet! Il faut d’abord présumer que vivre en ville est un bienfait pour l’humanité; la dispersion urbaine gruge sur les terres agricoles, elle coûte cher à cause de la dépendance sur la voiture particulière et sur la grille d’autoroutes et elle coupe les multiples fonctions urbaines, celles qui distinguent les activités civilisées des autres, barbares. Les barbares, dans l’histoire de l’humanité ont toujours été ces personnes qui vivent hors les murs. Des barbares, il commence à y en avoir beaucoup. J’en ai personnellement vu beaucoup en Chine, ou les résidents s’installent dans des champs cultivables; et ce n’est pas parce que les demeures sont monstrueusement cossues que l’adjectif barbare ne s’applique pas. Le barbare est isolé de par sa nature même et ne contribue pas à l’enrichissement collectif. C’est la victoire de l’individu cupide sur la nation.

Le peuple, puisqu’il s’agit bien lui, le peuple avec ses familles, représenté par son gouvernement à Québec, a donc fui la ville au lieu de combattre pour se l’approprier. Cela donne les centre ville mortifères de toute l’Amérique du Nord, sauf ceux du Mexique – pour le moment – mais cela crée un problème particulier à Montréal où c’est tout une nation qui risque de perdre ses caractéristiques, sa culture.

En effet, le départ des familles québécoises pour la banlieue laisse tout le centre-ville de notre métropole aux vagues d’immigration, et à certains richards de culture anglaise qui ont les moyens de s’installer sur la pente privilégiée du mont Royal, pente qui s’appelle West Mount.

Les immigrants ont tendance à s’intégrer aux mondes anglais «canadian» ou «american» et notre gouvernement finance leurs institutions largement. Il arrive qu’ainsi la nation québécoise, essentiellement française, perd sa métropole et qu’alors elle ne peut plus envisager de se distinguer collectivement. N’oublions pas que le Parti québécois – celui qui est installé dans l’opposition – a été fondé pour affranchir la population française de Montréal!

On nous dit que la population est partie en périphérie «parce que le terrain y coûte moins cher». Oui, certes! Mais qui se souvient du fait que, dans son premier programme électoral, notre cher René Lévesque avait proposé la Municipalisation des sols. Il était scandaleux de laisser les sols périphériques se dévaluer au point d’attirer toutes les familles; Lévesque voulait changer cela pour alléger le fardeau des vrais urbains. Cela ne s’est pas produit et les faux montréalais vivent maintenant dans des faubourgs qui s’étendent loin en direction de Trois-Rivières comme à Saint-Sulpice par exemple.

Comment ne pas penser que les États, celui d’Ottawa qui endosse les prêts, et celui de Québec qui néglige de planifier le territoire, comme c’est son devoir auprès des municipalités, ne sont pas complices de cette situation coûteuse, tant sur le plan de la simple économie des ressources physiques et sur le plan du patrimoine culturel? Moi je crois que nos États ne font rien pour consolider et équilibrer les villes et que cela fait leur affaire, surtout à Montréal, cet ancienne forteresse de la civilisation francaise en Amérique!

Je sais que mes propos ont un air radical. Je veux qu’ils l’aient. Car si nous voulons que les choses changent il faut aller à la racine des choses. A la racine il y a les moyens à prendre, répétons-le : la création d’un ministère de l’aménagement, de l’architecture et de l’urbanisme à Québec, une politique d’immigration favorisant le monde français et le développement de l’amour de la beauté en ville.

Jean Pierre Bonhomme

Cet article reprend celui publié le 
Voyez les commentaires auxquels cet article donnait lieu il y a maintenant 2 ans…

2 pensées sur “Vers la banlieue et au-delà

  • avatar
    20 décembre 2012 à 9 09 21 122112
    Permalink

    Cher Jean,
    Est-ce que tes droits sont brimés?
    Si ta réponse est non, accorde les mêmes droits aux autres.
    Tu aimes la ville tant mieux pour toi

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