Direction européenne du F.M.I. :une (très) fausse bonne idée !

Le F.M.I. revient de loin ! Effectivement, en 2007, soit à l’arrivée de Dominique Strauss-Kahn à sa tête, il ne disposait que de 10 milliards de dollars d’encours de prêts en comparaison de l’année 2003 où cette masse de crédits aux nations nécessiteuses se montait à 90 milliards. DSK – en même temps que la crise financière bien-sûr – est donc parvenu à ressusciter ce F.M.I. dont les crédits avoisinent à nouveau 90 milliards de dollars et qui a été propulsé sur le devant de la scène financière internationale en tant que grand régulateur et que prêteur en dernier ressort. Le rôle prépondérant de l’ancien patron du F.M.I. dans les multiples plans de renflouement des pays d’Europe périphérique au bord de la faillite est incontestable. Du reste, c’est précisément le succès de ce français charismatique à empêcher – ou à retarder – l’implosion européenne suite aux crises souveraines de ces nations sinistrées qui conduit aujourd’hui les européens à s’unir afin de plaider pour un successeur de DSK en provenance du même continent.

De fait, créé en 1946, le F.M.I. n’a jamais compté que des patrons européens, dix plus précisément depuis sa fondation, dont quatre français qui y ont siégé pendant 35 ans sur ses 65 ans d’existence… C’est effectivement ainsi que les nations occidentales l’avaient décrété aux lendemains du second conflit mondial, à savoir que c’est l’Europe qui dirigerait le F.M.I. pendant que les Etats-Unis, eux, présideraient aux destinées de la Banque Mondiale qui, pour sa part, n’a connu que des patrons américains, onze en totalité. Cet arrangement bien pratique entre gens du même monde, nullement gravé dans le marbre, pouvait se défendre et se comprendre dans la seconde moitié du XX ème siècle dominée économiquement par les USA et par l’Europe. Pour autant, sa légitimité matérielle et morale est aujourd’hui totalement caduque dans une conjoncture où le monde émergent aurait toutes les raisons de se sentir insulté de se voir passer sous le nez la Direction Générale du F.M.I..

Les réalités économiques de 2011 sont effectivement sans appel pour l’Occident qui ne représente plus qu’un cinquième de la population mondiale et que la moitié du P.I.B. global. N’est-il pas – au minimum – provoquant de refuser la présidence de cette institution à des pays « émergents » qui devraient ainsi se résigner de suivre et d’appliquer les décisions d’un F.M.I dirigé par un occidental alors même que leur quotité dans l’économie mondiale est écrasante ? Et comment justifier cette tutelle sur des nations dont le dynamisme commercial surpasse le nôtre et de très loin ? Les pays émergents auraient-ils par ailleurs des leçons de discipline fiscale à apprendre de nos pauvres nations occidentales endettées jusqu’au cou ?

Non, la vérité est que la prétention européenne à diriger aujourd’hui une institution comme le F.M.I., considérée comme l’arbitre absolu en matière budgétaire, tourne au grotesque ! Une fois de plus, l’analyse basique des chiffres achève de décrédibiliser et l’Union Européenne et les Etats-Unis d’Amérique qui se maintiennent péniblement à flot avec leurs endettements publics dépassant largement  80% de leurs revenus national alors que cette proportion n’est que de l’ordre de 43% parmi les pays du BRIC. Et comment notre pauvre Occident, détenteur (hors Japon) de 8% des réserves monétaires mondiales pourrait-il oser se mesurer aux pays émergents propriétaires de … 80% de ces réserves en devises ? Doit-on poursuivre cette démonstration de force de ces pays en plein essor qui observent avec une pointe d’ironie le F.M.I. accorder aujourd’hui les deux tiers de ses crédits … à des pays membres de plein droit de l’Union Européenne, dont 42 milliards de dollars au bénéfice de la seule Grèce ?

Ces dernières années, la multiplication des prêts consentis par le F.M.I. à des pays dont on sait pertinemment qu’ils vont fatalement vers le défaut nuit en outre considérablement aux intérêts de cette institution dont les pays émergents sont des contributeurs prépondérants. En d’autres termes, la générosité extrême de DSK envers les nations périphériques européennes – en partie suscitée par un pari sur son propre avenir politique en France ? – s’est faite aux dépens de nations qui ne recouvreront que partiellement leurs deniers et qui, en même temps, se voient aujourd’hui refuser l’accession à la Présidence de cette institution… Sans évoquer les conditions de financements étrangement clémentes accordées aux pays d’Europe et ce en comparaison aux souffrances imposées de manière intransigeante en son temps à celles des nations émergentes qui, pour leur survie, étaient contraintes de faire appel au F.M.I. !

En réalité, la direction au plus haut niveau de cette institution ne devrait précisément plus être européenne parce que c’est principalement le continent européen qui est le plus grand bénéficiaire de ses prêts accordés. L’importance cruciale de ces nouvelles nations est certes une raison valable et suffisante pour privilégier un patron du F.M.I. issu de leur rang. Pour autant, il y va également de la crédibilité de cette institution fondamentale – et donc de la pérennité de notre système financier global – que le F.M.I. ne soit pas suspecté de favoritisme ou de conflit d’intérêts en ayant à sa tête un nouveau patron européen.

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