DSK, Lang, Sarkozy, Balkany : vous avez dit « morale » ?

La Phrase du jour remonte à 1900, signée Octave Mirbeau et extraite de son Journal d’une femme de chambre : « D’abord, mademoiselle, on ne vous croira pas… Et c’est juste, remarquez bien… Que deviendrait la société si un domestique pouvait avoir raison d’un maître ?… Il n’y aurait plus de société, mademoiselle… ce serait l’anarchie… » Nul besoin d’être féministe radical pour penser d’abord à la douleur et la détresse de celle qui apparaît comme la vraie victime de l’affaire DSK, avant de s’apitoyer sur le sort de celui qui, si les présomptions de la police new-yorkaise sont fondées – et on n’ose imaginer qu’elle ait interpellé le directeur général du FMI avant qu’une juge ne décide de l’incarcérer sans un très solide faisceau de présomptions -, se serait tout de même et excusez du peu, rendu coupable de viol.

Autre Phrase du jour piochée dans la bouche de Jack Lang (au bout d’1 mn 21) : « Ne pas libérer, alors qu’il n’y a pas mort d’homme, ça ne se fait pratiquement jamais ». Rappelons-lui que le viol est un crime ! Troisième et dernière Phrase du jour enfin, celle de Nicolas Sarkozy cité par Le Monde : « En privé, le chef de l’Etat estime que l’affaire est un désastre pour le Parti socialiste, qui aurait perdu une partie du combat pour la présidentielle : celui de la morale ». Vraiment ? D’abord, les agissements d’un seul homme sauraient-ils être imputés à un camp politique dans sa globalité ? Sans même signaler que, selon nous – et bien d’autres -, Strauss-Kahn n’est même pas de gauche ! Il est en outre particulièrement piquant d’entendre parler de « morale » l’homme dont la présidence est éclaboussée des scandales Karachi, Bettencourt et Tapie… Mais puisqu’il s’agit avec DSK d’une affaire sexuelle, restons sur le même terrain : qui donc est un ami si proche de Sarkozy qu’il est constamment convié aux petites sauteries privées du chef de l’Etat, comme lorsqu’il fête son anniversaire, quand il ne l’accompagne pas dans des voyages officiels ? Patrick Balkany. Rafraîchissons la mémoire au président avec un extrait d’un article de Libération du 1er juillet 1996 : « Patrick Balkany, député RPR des Hauts-de-Seine et ex-maire de Levallois-Perret, a descendu ce week-end un échelon de plus dans l’échelle de sa mauvaise réputation. Sa compagne actuelle, qui avait succédé dans la vie à son épouse Isabelle (avec qui il est en instance de divorce), a porté plainte contre lui pour «viol et menace avec armes». [Aujourd’hui, Balkany a été réélu maire et est toujours finalement marié à Isabelle, NdA] Amateur de cigares et de gauloiseries, ce bon vivant parfois violent lui aurait imposé, dans la nuit de vendredi à samedi, une fellation sous la menace d’une arme de poing, dans l’appartement parisien que partageait le couple. La jeune femme, conseiller municipal à Boulogne-Billancourt, s’est rendue la nuit même à la première division de police judiciaire, dont l’immeuble avoisine le sien. Le lendemain à 9 heures, l’homme politique assistait, lui, à un conseil municipal de Levallois consacré au budget de la ville. Il est apparu très à l’aise, ne cessant de passer des coups de fil sur son portable. Ce fait divers intervient un mois et demi après sa condamnation, par le tribunal correctionnel de Nanterre, à quinze mois de prison avec sursis, 200 000 francs d’amende et deux ans d’inéligibilité. Patrick Balkany avait rémunéré aux frais du contribuable levalloisien trois «employés municipaux» qui, en fait, ne s’occupaient que de l’appartement officiel des époux Balkany (512 m2) et de leur résidence secondaire (un superbe moulin près de Giverny). Dans cette affaire, son épouse, vice-présidente du conseil général des Hauts-de-Seine, avait été condamnée à la même peine d’emprisonnement pour «prise illégale d’intérêt». Isabelle Balkany, précisons-le, qui est également une amie proche de Sarkozy. Et il ose nous parler de « morale » ?

PS : relire dans nos archives Sarkozy, qui sont tes amis ? L’improbable Patrick Balkany

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