D’UN CHANGEMENT DE SOULIERS À UN CHANGEMENT DE MENTALITÉ

 

 

 

 

OSCAR FORTIN

Les premières semaines de ce nouveau pape François nous le font découvrir comme un homme simple qui se veut toujours plus près des gens humbles. Il se présente moins comme un monarque disposant de tous les pouvoirs divins que comme un simple serviteur, épris d’Évangile et amoureux de celui qui en est le personnage central, Jésus de Nazareth. Un style qui tranche d’avec celui de Benoît XVI qui ne voyait pas de différence entre la vanité et l’humilité, entre la suffisance autoritaire et le service à la vérité.

Les défis qui attendent le pape François sont nombreux et de tous ordres. Il ne peut se permettre aucune tricherie, les pauvres et les peuples ne le lui pardonneraient pas. Ils ne veulent pas d’un pape qui soit tout simplement plus gentil avec eux et plus accessible par sa façon d’être, mais ils veulent un pape qui soit vraiment l’un d’eux.

Dans ses interventions, le langage utilisé et les mots doivent retrouver leur pleine signification. En ce sens, bien des mots doivent être reconfigurés entre eux de manière à les harmoniser avec le message évangélique comme par exemple le mot charité avec le mot justice, le mot-vérité avec le mot dénonciation, le mot autorité avec le mot service, etc.

On confond trop souvent justice avec charité, on s’en tient généralement à la vérité dans un sens générique sans y dénoncer les auteurs du mensonge et on parle d’autorité sans en faire d’abord et avant tout un service. On parle de soumission sans relever les mille formes de domination. S’il y a un Jésus bon, tolérant et miséricordieux, il y en a également un qui met à la porte les vendeurs du temple et qui sermonne sans retenue les prêtres, les pharisiens et les docteurs de la loi qui sont devenus de véritables sépulcres blanchis. Cela, le pape François ne peut le passer sous silence, pas plus que les disciples de Jésus à travers le monde.

Mt 21 12 Jésus entra dans le temple et chassa tous ceux qui vendaient ou qui achetaient à cet endroit ; il renversa les tables des changeurs d’argent et les sièges des vendeurs de pigeons.

Mt.23, 27  Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, qui ressemblez à des sépulcres blanchis : au-dehors ils ont belle apparence, mais au-dedans ils sont pleins d’ossements de morts et de toute pourriture.

Il ne fait pas de doute que le premier défi du pape François est celui d’asseoir sa crédibilité sur des décisions et des engagements qui confirmeront l’authenticité de son attachement absolu au message évangélique et aux humbles de la terre. Un attachement qui se révélera transcendant à toutes ces doctrines, héritées d’une histoire institutionnelle de près de 1700 ans, plus souvent que moins, problématique et à des alliances, non moins problématiques de cette même Église, avec les puissances de ce monde. Ce sont là des interpellations incontournables.

Il doit reprendre à son compte chacune des trois tentations de Jésus au désert et au nom de ce dernier, il doit dire non à chacune d’elle pour les temps que nous vivons. Il doit dire non à la tentation de l’ « avoir » (1re tentation), il doit dire non à la tentation du pouvoir de domination (2e tentation) et il doit dire non à la tentation du paraitre et des grandeurs (3e tentation).  Luc. 4,1-11

http://bibliotheque.editionsducerf.fr/par%20page/84/TM.htm#

Dans le premier cas, ce sera le rejet de toute richesse matérielle se présentant comme une réserve pour « au cas où » le Père ne s’occuperait pas de son Église. La banque du Vatican devra être dissoute et ses avoirs, retournés aux pauvres. Un premier acte de foi.

Dans le second cas, c’est l’abandon de l’État du Vatican et de tous ses liens avec les puissances qui dominent et dirigent le monde, marquant ainsi que son avenir ne dépend pas de ces liens. Les alliances du Vatican avec les puissances occidentales, tout particulièrement avec Washington, sont amplement documentées. Le pape François devra mettre fin à ces alliances qui ont déjà fait couler trop de sang en Amérique latine et dans le monde. Un second acte de foi.

Dans le troisième cas, c’est le rejet de tout ce qui alimente l’importance des apparences tant dans l’habillement, le logement, que dans les célébrations liturgiques. Les titres de noblesse et de grandeurs doivent disparaitre. Les ornements religieux doivent être ramenés à leur plus simple expression. Les signes distinctifs doivent être inscrits dans les comportements et engagements de chacun et de chacune au service de la justice, de la vérité, de la compassion, de la solidarité et de la miséricorde. L’eucharistie doit retrouver sa place au milieu d’un repas partagé entre gens de bonne foi en communion avec le ressuscité. Troisième acte de foi.

François, le pape venu de la fin du monde, doit reprendre à son compte, pour les temps qui sont les nôtres, la vocation de Jésus de Nazareth venu annoncer, il y a deux mille ans, les nouveaux paradigmes d’un règne de paix, de justice, de vérité, de bonté, de solidarité, de compassion et de miséricorde. Un règne où les plus grands se font les plus petits et les plus petits sont considérés comme les plus grands.

Voilà ce que m’inspire cette page extraordinaire où l’Église d’un empire redevient l’Église des humbles et des pauvres de la terre. Une Église qui délaisse les enseignements d’une doctrine pour retrouver ceux des Évangiles. Une Église enfin libérée d’une cuirasse asphyxiante pour retrouver la foi libératrice d’une Église porteuse de vie. Une Église en qui existe l’espérance qu’un autre monde que celui de l’avoir, du pouvoir et du paraitre est possible.

Oscar Fortin

Québec, le 9 avril 2013

http://humanisme.blogspot.com

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Oscar Fortin

Libre penseur intéressé par tout ce qui interpelle l'humain dans ses valeurs sociales, politiques, économiques et religieuses. Bien que disposant d'une formation en Science Politique (maîtrise) ainsi qu'en Théologie (maîtrise), je demeure avant tout à l'écoute des évènements et de ce qu'ils m'inspirent.

5 pensées sur “D’UN CHANGEMENT DE SOULIERS À UN CHANGEMENT DE MENTALITÉ

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    15 avril 2013 à 2 02 56 04564
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    Je lis un espoir de changement dans votre texte. Presque une prière.

    Le 13 avril 2013, François a annoncé la « constitution d’un groupe de huit cardinaux de tous les continents pour le « conseiller dans le gouvernement de l’Eglise » et étudier un projet de réforme de la Constitution apostolique Pastor Bonus sur la Curie romaine ».
    Nommant le Cardinal Oscar Andrés Rodríguez Maradiaga, un défenseur de la théologie de la libération (ref: http://www.alterinfos.org/spip.php?article1320 ), à la tête de cette commission.

    On verra dans quelques mois si il y a changement.
    François devra combattre les dicastères de la curie, ces fonctionnaires de Dieu comme écrivait Eugen Drewermann. Sans oublier l’Opus Dei.

    …à moins que… N’oublions pas que c’est Jean-paul II qui l’a nommé Cardinal.

    DG

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    15 avril 2013 à 9 09 45 04454
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    @Denis Gélinas: D’abord merci pour votre commentaire. En relation avec la constitution d’un groupe de huit cardinaux de tous les continents, c’est évidemment une bonne nouvelle. Quant à ceux qui en font partie, je reconnais particulièrement le -Cardenal Reinhard Marx comme une ressource susceptible d’apporter de véritables changements. À la conférence de Rio sur le développement durable.

    « Au lieu de nous laisser guider par le matérialisme et nos intérêts individuels, nous sommes appelés à nous montrer généreux et solidaires. Nous devons travailler à une nouvelle culture du respect pour la création, de la solidarité et de la justice, afin d’atteindre un développement humain véritable et authentique. »

    http://www.eglise.catholique.fr/eglise-et-societe/europe/comece/notre-responsabilite-commune-pour-le-monde-de-demain-14511.html

    http://blogs.periodistadigital.com/miradas-cristianas.php/2013/04/15/p332691#more332691

    Quant au cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga, je me permets de diverger d’opinion. Ce dernier s’est révélé sous son vrai visage lors des préparatifs et de la réalisation du coup d’État militaires au Honduras en 2009. Lui-même reconnaît avoir participé à toutes les rencontres à l’ambassade des États-Unis en préparation à ce coup d’État militaire. Il savait que la lettre de démission attribuée à Zelaya était une fausse lettre. Avec tout mon respect, cet homme est une mascarade qui peut jouer au militant de la théologie de libération, mais lorsqu’arrive le temps de se commettre à l’endroit de son mentor, les États-Unis, il s’efface.

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      15 avril 2013 à 14 02 44 04444
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      Le coup d’État de 2009 est assez complexe de compréhention pour le quidam, un boite de Pendore.

      Dans un entretien à El País, Zelaya affirmait avoir échappé de peu à un coup d’État, grâce notamment à l’intervention de Washington.

       » Q. Quel rôle a joué aux Etats-Unis dans le coup d’Etat?

      R. Eh bien, regardez, il faut être juste. Ici, j’étais prêt à ce coup et si l’ambassade américaine avait approuvé, il avait ordonné le coup d’État. Mais l’ambassade américaine n’a pas approuvé le coup d’Etat. Regardez, si je suis assis ici aujourd’hui, au palais présidentiel, à vous parler, c’est grâce aux États-Unis. »
      (ref. http://elpais.com/diario/2009/06/28/internacional/1246140003_850215.html )

      Par contre Evo Morales, a déclaré: « Je dispose d’informations de première main selon lesquelles l’empire, par le biais du commandement Sud des États-Unis, a fait le coup d’État au Honduras »
      ( ref. http://www.lapresse.ca/international/amerique-latine/200907/14/01-883947-washington-accuse-davoir-fomente-le-coup-detat-au-honduras.php )

      Maradiaga était contre le retour du président déchu, Manuel Zelaya, qu’il appelait son « ami » en expliquant que s’il revenait, cela provoquerait un « bain de sang ».

      DG
      Aude Sapere

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        15 avril 2013 à 15 03 41 04414
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        @Denis: Je m’excuse de te référer à un article que j’avais écrit à l’époque sur cette question de la sortie de Zelaya du Honduras.http://humanisme.blogspot.ca/2009/07/les-preoccupations-dhillary-clinton.html

        Dans mon esprit, Zelaya devait être assassiné, et cela, avec l’accord de Washington. Les déclarations de Mme Clinton, tout offensée que Zelaya ait été transféré au Costa Rica, en dit long sur le traitement interne qui lui était réservé.

        Nous sommes en présence de gens pour qui le mensonge n’existe pas et qui sont créateurs de leur propre vérité. Ils peuvent se permettre de dire ou de faire dire à quelqu’un n’importe quoi. Ce qui est vrai c’est que le général en question avait reçu l’ordre de faire assassiner Zelaya, mais qu’il a plutôt donné l’ordre de le sortir du pays pour lui éviter la mort.

        J’avais suivi, à l’époque, ce coup d’État militaire, d’autant plus que j’avais écrit, peu de temps avant, un article mettant en évidence le leader qu’était le président Zelaya.

        http://humanisme.blogspot.ca/2009_06_01_archive.html

        http://humanisme.blogspot.ca/2009/07/lglise-hondurienne-contre-le-retour-du.html

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          15 avril 2013 à 18 06 41 04414
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          Merci Oscar , je vais lire avec intérêt.

          Je note vos rétiscences pour le cardinal Oscar Rodriguez Maradiaga.

          DG

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