Éducation: la reine des vaches sacrées 3/3

 
 

On m’a virtuellement « entarté » – vitriolé serait plus proche de la vérité ! – dans quelques courriels cette semaine, ce qui m’a fait bien plaisir. Grande gratification, car j’ai eu  un signe que quelques-uns avaient lu mes bouquins, et avec assez d’intérêt pour protester quand j’ai parlé d’abattre cette vache sacrée qu’est l’éducation. C’est que, depuis des décennies, l’éducation n’a pas eu de plus fervent promoteur que moi. J’étais à l’OCDE dans les années 1960, quand Denison, Schultz et d’autres révélaient que RIEN ne contribuait plus rentablement au développement que l’éducation, et j’ai été au premier rang des convertis.  J’ai été convaincu et c’est le principal message que j’ai porté durant toute ma carrière…  Alors on me morigène un peu sur ma « trahison »… Ce petit texte devrait éclaircir ce malentendu.

***

  Quand je dis qu’il faut en finir avec l’éducation, je ne suggère pas d’arrêter la diffusion des connaissances ni leur acquisition. Je dis trois (3) choses :

1) Je dis d’abord qu’il faut mettre fin à la confusion, tout à fait sciemment créée par ceux qui en profitent, entre l’éducation/formation professionnelle qui permet directement de produire des biens et des services pour lesquels il existe une demande … et l’éducation culturelle qui permet le développement personnel de l’individu.  La première est une CONDITION nécessaire de l’enrichissement de la société et est un INVESTISSEMENT.  La seconde est une CONSÉQUENCE de cet enrichissement et est une DÉPENSE.

La première est une priorité, car c’est par elle que passe le défi de remettre tout le monde au travail et de revenir à une société de collaboration tendant vers l’interdépendance et donc plus d’égalité, plutôt que de plonger plus avant dans une société d’exploitation où l’assistanat occupe de plus en plus de place, avec à terme des effets terribles dont je ne veux même pas discuter ici. La seconde n’est pas anodine non plus: elle est peut-être le seul aboutissement de l’aventure humaine; mais elle est néanmoins un plaisir, et qu’on ne peut s offrir que si on l’a mérité.

Une politique d’éducation et son financement doivent donc reposer sur la fin de cette confusion

2)  Je dis aussi qu’il faut distinguer clairement entre « enseignement » et « apprentissage ».   Ce qui est enseigné est sans autre intérêt qu’administratif; ce qui importe, ce qui est vraiment éducation, c’est ce qui est appris. De là découle la nécessaire prise en compte des autres médias qui transmettent de l’information. Une information qui peut-être connaissance formelle, mais aussi interprétation des connaissances, interaction entre elles et parfois la présentation d’hypothèses ouvertes venant remplacer le corpus unique actuel, supposé  vecteur d’une globale et immuable réalité.

Ce qui est enseigné doit l’être par modules, ceux-ci constituant une maquette recouvrant ce que l’on sait qui est su et pouvant faire chacun l’objet d’un contrôle strict.  C’est ce contrôle qui est à la base  de la compétence professionnelle formelle que l’on peut reconnaître à l’apprenant, et donc de tout système efficace de placement, de prévisions des besoins en main-d’œuvre, d’évolution des programmes et éventuellement d’un régime acceptable de revenu garanti.

Ce qui est « appris », au contraire de ce qui est enseigné, procède de tout le vécu de chacun.  On apprend  par le biais d’un quasi-enseignement plus ou moins formel, par des lectures discrétionnaires, par le simple contact avec les choses et les événements, ou par les rapports établis avec les autres, auquel cas on peut parler d’« interformation »

Une compétence qui n’est pas enseignée peut néanmoins être apprise.  Elle peut avoir une valeur professionnelle et c’est la responsabilité de l’État de veiller à la vérification des acquis pour s’assurer que quiconque a une telle compétence ne sera pas privé de l’utiliser du seul fait qu’il n’a  pas suivi la voie ritualiste d’un système d’enseignement. Pour cette raison, entre autres, seul l’État doit conférer des diplômes et donc être en charge de tout le volet docimologique  du système éducationnel.

3) Je dis, enfin, qu’il faut donc pratiquement faire table rase de la structure actuelle de l’éducation pour permettre  à tous d’en acquérir davantage – aussi bien professionnelle que culturelle – en rendant plus efficace et moins onéreuse la diffusion du savoir.   Cela exige qu’on tire parti de toutes les méthodes modernes pour donner accès à la connaissance et à la compétence.   Cela exige, prioritairement, qu’on remplace, dans toute la mesure  du possible, l’enseignement par l’apprentissage autodidactique  et que, même quand un enseignement est requis ou au moins semble utile, on remplace l’approche magistrale qui est à sa face même grossière et aujourd’hui désuète, par  des procédés tuteuraux divers qui tiennent compte de la spécificité des apprenants.

Cette nouvelle approche remet évidemment en cause la mission des profs, lesquels  doivent devenir des guides dans l’univers des connaissances et donc cesser de se prétendre la source ou les seuls dépositaires de celles-ci, ce qui, au rythme où la science grandit, est une prétention ridicule.  Elle remet donc en cause leur nombre et leur formation et signifiera souvent leur réaffectation, ce qui ne sera possible que si on pose au départ deux principes : a) tout enseignant a droit au maintien de son revenu et de son plan de carrière en termes de revenus ; b) aucun enseignant n’a droit au maintien de son poste de travail ni des tâches spécifiques constituantes de ce poste.  Ajoutons qu’une large partie des connaissances professionnelles sera transmise par des professionnels ayant reçu une brève formation pédagogique plutôt que par des pédagogues de carrières

Pour dispenser l’éducation, on cherchera à utiliser les lieux physiques présentement affectés à cette fin, mais on les modifiera, au rythme ou les ressources financières le permettront, pour les adapter aux nouveaux schèmes pédagogiques d’éducation à distance, d’autodidaxie, de tuteurât, d’interformation et de formation dans le milieu du travail.

Les premiers changements doivent toucher les volets professionnels spécifiques, mais  le tronc commun de l’éducation, incluant sa composante culturelle doit aussi changer. Il doit d’abord être enseigné autrement, mais il faudra bien aussi que l’on s’interroge sur le contenu même de cette « culture » que l’on souhaite transmettre. Je ne veux pas m’écarter trop ici du thème de cet article qui est d’abattre la vache sacrée – de mettre fin au système d’éducation que nous avons – mais ceux qui sont curieux de l’avenir peuvent lire les articles de cette section du site Nouvelle Société.

Pierre JC Allard

14 pensées sur “Éducation: la reine des vaches sacrées 3/3

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    4 juin 2012 à 8 08 30 06306
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    Un remaniement de l’éducation actuelle est aussi efficace qu’un remaniement ministériel d’un gouvernement mafieux.

    1) Tout enseignement organisé est toujours une vingtaine d’années en retard sur la réalité.
    2) L’autodidacte est à la fine pointe des connaissances. Par exemple, les hackers ne reçoivent pas de cours pour contrer les avancements en informatiques; ils les découvrent eux-mêmes et de la sorte se tiennent toujours à la fine pointe.
    3) L’érudition n’est pas un « plaisir » mais un « devoir » envers la société. Elle permet d’assurer la paix sociale tandis que la spécialisation ne renforce que les affrontements entre « spécialistes ». Devenir « spécialiste » sans avoir énormément d’érudition (générale) est un danger pour la société même s’il est un « actif » pour la productivité.

    Une société « super organisée » est une société sans couleurs et sans âme qui n’a plus aucun contact avec la réalité parce qu’elle se « forge » une réalité artificielle. La nécessité de production sans limite d’une société est un besoin artificiel qui ne répond jamais aux besoins de survie de la population.

    Socialement, toute petite entreprise régionale est plus efficace à la survie des individus que toute grande entreprise internationale.

    Mais je suis un homme des cavernes qui préfère être étendu tout nu au pied d’un épinette à regarder travailler les castors qu’à être assis à une terrasse , habillé dernier cri, à regarder passer des manifestants. 🙂

    Amicalement

    André Lefebvre

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    4 juin 2012 à 11 11 59 06596
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    Il y a peu de gens qui ont idée du « massacre » en éducation. Massacre des fonds publics par le système du « client » et des couches offrant les mêmes services, etc.
    L’éducation (sic) ne profite pas qu’aux étudiants, mais à un groupe qui multiplient les services inutile.
    L’inutile coûte cher.
    Nous pourrions épargner des milliards en remodelant ce système désuet.
    Mais non. On le considère comme « parfait ».
    L’animal a plus de graisse que de chair…

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    4 juin 2012 à 12 12 43 06436
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    Dans tous les ministères, on pourrait économiser de gros montants si c’était organisé de façon rationnelle, avec l’efficacité en tête, et des objectifs clairs, qui ont du bon sens. On pourrait aussi abolitrquelques ministères et plusieurs agences, et personne ne s’en plaindrait, sauf ceux qui y travaillent.

    PJCA soulève plusiers bons points et propose de bonnes pistes.

    Mais, il y a l’establishment. C’est toujours le même problème, ni plus, ni moins, qui explique pourquoi les choses ne changent jamais pour le mieux, et qu’il faut se battre bec et ongle pour changer le cap d’un poil à gauche ou à droite, selon le cas.

    Ne perdons pas de vue que l’establishment cherche à détruire la souveraineté des états-nation pour imposer un gouvernement mondial.

    C’est ça l’objectif des dirigeants, et c’est vers ça qu’ils travaillent. Ceux qui ne veulent pas jouer le jeu se font envahir et remplacer.

    Un moment donné, vous allez tous réaliser que le pouvoir est une illusion, que personne n’a de pouvoir inné sur les autres, et que le pouvoir provient de votre consentement à son existence, souvent obtenu par la peur, l’intimidation ou la contrainte.

    Personnellement, je crois que le plus petit gouvernement est le meilleur. L’éducation n’a pas besoin d’être fourni par un ministère. Ce qui est important est la relation professeur – élève. La bureaucratie, les commissions scolaires, les amphithéatres, les centres sportifs ont peu à voir avec ça.

    C’est comme en santé. Ça coûte une beurrée, mais ça pourrait coûter pas mal moins cher si les pharmaceutiques n’avaient pas une si grande influence en médecine.

    Le problème en est un de domination par certains groupes d’intérêts au détriment du reste.

    Mais c’est aussi la faute du reste de la population qui s’attend à recevoir des services, et qui devrait plutôt chercher à se détacher de ce système, parce que dans ce système la relation est toujours dirigeant – dirigé, et si tu ne marche pas comme le système veut, on te tape sur les doigts ou sur la tête, ou dans ton portefeuille.

    C’est une illusion les amis. Personne n’a le pouvoir de dicter ce que vos enfants vont apprendre ou ne pas apprendre, sauf vous-mêmes.

    Ils passent des lois et invoquent des pouvoirs en vertu d’une constitution que le Québec n’a jamais signé!!! Pensez-y deux minutes.

    D’ou vient leur pouvoir exactement?

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    4 juin 2012 à 15 03 53 06536
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    Monsieur Papitibi , je m’imagine moi aussi avec une  »INTER NOTE » , qui aurait  »ELLE » aussi envie d’être sous l’Épinette , je n’en ai que 2 sur près de 250 acres , mais elles sont les plus  »BELLES ».
    Jean-Marie De Serre.

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    4 juin 2012 à 16 04 18 06186
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    Monsieur A.L. le plus petit Gouvernement est ce qu’il y a de plus sale. On le voit avec les Gouvernement Municipaux le 4 juin 2012 , et celui du Vatican.
    Ceux qui dirigent les Gouvernements Municipaux(Je ne parle pas du Maire , mais des Conseillers et la D.G.) , ils semblent obligé de sucer le député , pas sûr , je vais savoir mercredi et cela va en montant jusqu’à Rome à la Solde , de la Queenne et de la France.

    Très content qu’il y aie des QUÉBÉCOIS , des Chinois et des Russes.
    Jean-Marie De Serre.

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    4 juin 2012 à 17 05 53 06536
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    JMDS,

    Par petit, je veux dire avec le moins de pouvoirs possible.

    Mais vous savez, il y a un éléphant dans la pièce, qui est le système monétaire fondé sur la création de dettes perpétuelles, ce qui est la source de tous nos problèmes. Le reste, c’est accessoire.

    Le système financier est devenu un espèce de machine de guerre ou les fonds spéculatif liés à certaines grandes banques prennent des positions vendeurs massives sur la dette de pays comme la Grèce, détruisent son crédit et sa capacité de se financer, et imposent leur dictateur économique à la population, lequel leur impose l’austérité.

    Le problème est dans le pouvoir de création de la monnaie qui est entre les mains d’un petit groupe d’intérêts privés ce qui, ultimement, justifie et contrôle tout le reste, y compris notamment les impôts.

    J’espère que les gens vont allumer avant qu’il ne soit trop tard pour eux. Le système est fake, tout ce qu’il y a de plus fake. C’est pour ça que demander un service moins cher dans ce système, même l’éducation, c’est demander un peu plus de dette et un peu moins de liberté, parce que les dettes, c’est vraiment de l’esclavage.

    Dans ce système, l’argent n’existe pas. Il n’y a que des dettes. Ne vous demandez pas pourquoi vous êtes endettés et pourquoi le gouvernement est endetté. Il n’y a que ça!

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    4 juin 2012 à 23 11 11 06116
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    @ AL

    Vous savez que je partage votre opinion sur l’argent, la monnaie, la crise, etc. Mais ça n’a évidemment rien è voir avec l’éducation. Comme les « 7 » vont changer bientôt et que ce genre de commentaires y deviendront impossible, puis-je vous inviter à PUBLIER DES ARTICLES dans Centpapiers qui est actuellement en réparation, comme vous le savez, mais qui sera raisonnablement opérationnel dès que le nouveau site des « 7 » sera en ligne… et sera mieux que jamais dans le mois qui suivra.

    Le même message s’applique à tous les commentateurs, mais vous êtes le cas archétypal de celui qui a beaucoup à dire…. mais ne veut pas se lancer. Je trouve ça dommage.

    Pierre JC Allard

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    5 juin 2012 à 0 12 07 06076
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    @Pierre JC Allard

    Il est vrai qu’Aimé et moi-même, votre humble serviteur, pouvons parfois être hors sujet. Cependant, pour nous deux, le lien entre l’éducation et l’élite promouvant la gouvernance mondiale n’est plus à démontrer.

    Est-il encore vrai que l’école sert à apprendre à lire, à écrire et à compter? En regardant les jeunes adultes, force est de constater que l’école d’aujourd’hui donne de piètres résultats à côté de celle que j’ai fréquentée. Les jeunes ont de la difficulté à lire et à compter, et leurs textes sont truffés de fautes. La dyslexie est courante et la table de multiplication, inconnue des moins de 40 ans.

    Pourtant, les enfantes fréquentent l’école plus tôt et plus longtemps. De plus, grâce aux facilités que procurent l’ordinateur, l’internet, la télévision et le cinéma, on s’attendrait à voir éclore une génération de surdoués. Or, c’est le contraire. Que se passe-t-il ?

    L’éducation est devenue l’outil de crétinisation des masses. Depuis 1945, l’UNESCO régente les domaines éducatif, scientifique et culturel de la planète. Plus son influence grandit, plus les approches pédagogiques s’uniformisent partout dans le monde. Son enseignement favorise les technologies de l’information et des communications, la responsabilité écologique et la conformité sociale.

    De plus, elle fait la promotion de l’intelligence collective pour l’humanité et encourage la mentalité de ruche comme idéal planétaire. Musique, cinéma, mode, art, littérature, radio et télévision sont tous manipulés par les mêmes groupes secrets et diffusent un message identique.

    Pourquoi cet acharnement éducatif? L’élite sait que l’être humain est à la veille d’un bond évolutif monumental et tente désespérément de l’en détourner. À nous de décider de l’issue de cette transformation!

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    5 juin 2012 à 0 12 08 06086
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    PJCA,

    Je sais bien que vous partagez mon commentaire sur la monnaie. Je ne disais pas cela pour faire dévier inutilement la discussion.

    Je vous remercie d’ailleurs pour toutes les fois que vous et les autres m’avez laissé publier des commentaires qui n’étaient pas toujours directement liés au sujet de l’article. J’ai toujours apprécié votre ouverture d’esprit et votre courtoisie.

    Mais la monnaie est quand même la source de tous ses problèmes, et le système financier n’a pas l’air très solide (euphémisme). Donc, que vous le vouliez ou non, cela va devoir être pris en compte dans n’importe quel projet ou plan pour réformer l’éducation ou la santé ou n’importe quoi d’autre.

    Le système est fondamentalement vicié. On peut faire semblant que non, ou comme s’il ne l’était pas. C’est comme vous voulez. Je ne suis qu’un simple commentateur, comme vous dites si bien.

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    5 juin 2012 à 14 02 33 06336
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    Monsieur A.L. s’il y a quelqu’un qui n’est pas toujours lié au sujet de l’article , c’est bien moi , par contre en étant en bas de la track depuis plus de 10 ans , j’ai allumé plusieurs autres sujet. === Je met encore le feu au cul d’Yvon Vallière (pédagogue) et Jean Charest(Avocat suceux).
    Jean-Marie De Serre.

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    5 juin 2012 à 14 02 52 06526
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    Monsieur A.L. je viens de commenter sur la Page de Papi à l’endroit de ma Municipalité , si on veut jouer à s’chez pas quoi ici ,  »PAPI » est là. === C’est un ancien juriste et il est sur  »ARAPAO ». Il sait , et quand tu lui dis : il répond . C’est cela de la  »TRANSPARENCE », pas comme ma Municipalité consulter Formation COMBEC pour savoir quoi me répondre.
    Jean-Marie De Serre.

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