Enfants de la République

05.10.30

Les enfants de la République


Pas de riches sans pauvres. Comme on pourrait dire pas de dessus sans dessous; richesse et pauvreté sont des termes relatifs et il faut bien se comparer à quelque chose. Que la pauvreté soit nécessaire à la richesse est vrai, aussi, dans un autre sens. Si vous voulez avoir plus que le fruit de votre propre travail, il faut bien que vous preniez le fruit du travail de quelqu’un d’autre.
On a eu les esclaves, puis les serfs, puis les colonies. Quand il est devenu peu rentable de faire patrouiller par la troupe les pays d’autrui, il est apparu plus raisonnable d’importer tout simplement leur main-d’oeuvre que l’on pourrait exploiter chez soi. Après les colonies, les immigrés.
Les riches ont toujours des immigrés à exploiter. Les Suisses ont eu 20 % de leur main-d’oeuvre en « travailleurs invités» et ils se sont enrichis. Les Allemands ont eu des Turcs et les Anglais ont fait venir leurs Jamaïcains et leurs Pakis. Il faut que quelqu’un accepte d’être en dessous de tous.
Les pays vraiment chanceux sont ceux qui produisent leurs propres émigrés. Ainsi, les Sud-africains avaient leurs « natives » dont ils avaient fait des immigrés chez eux. Les Brésiliens ont toujours leurs Nordestinos sambos qui descendent vers le « vrai » Brésil, celui de Sao Paulo et de Rio, au rythme où l’on en a besoin. Les Américains, depuis que le pays existe, ont leurs noirs de service, esclaves ou affranchis, mais sans que change vraiment leur position sociale. Ceci a permis que grimpent dans la société les autres immigrants, ceux qu’on voulait de bonne foi intégrer.
À la France, le sort a donné des Maghrébins et des Sahéliens ; on fait avec et l’on en tire un bon rendement. C’est d’une grande hypocrisie de prétendre que l’on accueille ces étrangers pour leur faire plaisir et leur rendre service. Ils font le sale boulot, et ils le font pour pas cher. Ils travaillent bien, ils nous enrichissent et, au lieu de réagir comme un Espagnol dont on insulte la mère, ils sont tout heureux quand on les traite de fils et de filles de la République.
De bien braves gens, les immigrés. Pourtant, quand il y a 25 % des jeunes au chômage en France, il y en a beaucoup qui ne voient pas pourquoi l’on s’inquiéterait s’il y en a 50 % chez le bronzés légers ou profonds. On les aime bien, mais puisqu’on en a plus besoin, n’est-ce pas…. ? Ils pourraient se laisser oublier. N’importe quel Français, quelle que soit sa couleur, est vite oublié dès qu’il sort de Paris; pourquoi ces dizaines de milliers de coolies en trop-perçus qu’on a parqués à distance respectueuse du périphérique ne peuvent-ils pas simplement se laisser oublier ?
Non seulement ils ne se laissent pas oublier, mais ils font tout pour se faire remarquer. Maintenant, ils ont leur façon bien à eux de se brancher et ils allument des feux de joie. Une autre culture. Un peu comme cette idée de se mettre un voile sur la tête, comme des Ursulines ou de vieilles Flamandes! Où ont-ils bien pu aller chercher ça ? Différents, que je vous dis !
Qu’est-ce qu’on fait, avec ces gens différents qu’on a laissé entrer, les premiers parce qu’ils avaient risqué leur peau pour la France et ceux qui ont suivi parce qu’ils voulaient bien se tuer au travail ? On leur paie tous un aller simple vers Casa ou Tombouctou ? Ça créerait un drôle de trou dans la pyramide du travail, niveau sous-sol. Comme le voient bien les Américains, qui veulent bâtir une « haute clôture » entre les USA et le Mexique, mais en gardant côté USA les 11 millions de Latinos sans-papiers et mal payés, sans lesquels l’économie américaine ne s’en sortirait pas si bien.
La réalité, c’est que la France elle aussi a besoin de ses pauvres importés. S’ils n’existaient pas, il faudrait les inventer. Peut-être faudrait-il se créer une classe de pauvres Français, mais il est où, le jeune chômeur français, dont le coeur saigne parce qu’un Malien le prive d’un job d’éboueur et qui n’attend que l’occasion de reprendre la place que celui-ci lui a prise?
Soyons sérieux. Il n’y a plus depuis longtemps de France viable sans immigration. Regardez le générique des films à la télévision, ou l’annuaire téléphonique de Paris. Voyez cette majorité de patronymes qui ne rappelleraient strictement rien à Astérix, mais n’en désignent pas moins maintenant des Français. Être Parisien, disait Sacha Guitry, ce n’est pas « y être » c’est « en être ». C’est vrai pour toute la France.
Ce qui distingue la France du « melting pot » à l’Américaine, ce n’est pas le nombre des ingrédients, c’est qu’ils ont été liés au cours des siècles par une sauce qu’on appelle culture, au lieu de se fondre en moins de cent ans dans un magma type fast-food.
La recette française est la bonne, il faudrait continuer. Mais il ne faut pas renoncer à laisser mijoter. Il ne s’agit pas d’expulser les immigrés, mais d’arrêter ou, de façon plus réaliste, de ralentir considérablement l’immigration, le temps d’assimiler correctement les immigrés que nous avons déjà. Il faut se donner le temps d’en faire des Français. Il faudra au moins deux générations, pour le faire. Pour ceux-ci comme pour tous les autres avant eux. Deux générations, ou trois, selon, qu’on VEUT plus ou moins en faire des Français. Mais il faut se donner ce temps. Si on assimile au microondes, on gatera la sauce.
Je ne suis pas très à l’aise de me retrouver du côté de ceux qui disent qu’il y a une limite à l’immigration que la France peut supporter. Je ne suis pas à l’aise, parce qu’ils ont souvent d’autres agendas, ouverts ou cachés, que je ne cautionne pas, mais ici ils ont raison. Pour des raisons différentes, sans doute, je pense ici comme eux.
La République a besoin d’un peu de temps pour élever ses enfants à sa manière. S’ils arrivent trop nombreux, elle n’y mettra plus son coeur. C’est dangereux un projet de société sans coeur. Il est déjà bien dangereux qu’elle laisse ses enfants jouer si longtemps avec des allumettes.
Pierre JC Allard

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