Entourloupe dans la réforme des retraites : la médecine du travail aux ordres de l’employeur, comme sous… Pétain

Le Medef en rêvait, Woerth l’a fait (en douce)

Nous poursuivons avec cette deuxième édition quotidienne notre grève du zèle en soutien au mouvement pour les retraites et adressons un avertissement solennel au gouvernement : nous ne relâcherons pas les plumonautes tant qu’il n’aura pas retiré sa loi ! Voici plumedepresse-Nuit.

Cette contre-réforme des retraites est décidément une réelle calamité : outre tous les aspects dénoncés ici à longueur de pages, il en est un que nous n’avions pas encore abordé : le sort fait à la médecine du travail. Du reste, presque personne n’en parle, mais il est plus que temps de combler ce trou noir médiatique. Parce que l’affaire est gravissime : « Bernard Salengro, médecin du travail et secrétaire national de la CFE-CGC, dénonce le retour en arrière de la médecine du travail sous l’impulsion du Medef, de la majorité et du ministre du travail, Eric Woerth », annonce l’introduction d’un chat sur le site du Monde, qui titre carrément : « On revient à la médecine du travail instituée par Pétain » ! L’article date du 16 septembre dernier déjà et qu’il n’ait pas fait davantage de bruit a de quoi désespérer. Les propos qui suivent, aussi alarmants soient-ils, ne sont pourtant pas ceux d’un crypto-gauchiste : pour ceux qui l’ignorent, les initiales CFE-CGC signifient Confédération française de l’encadrement – Confédération générale des cadres et c’est peu dire qu’il ne s’agit pas d’un repaire de bolchéviques ! Ça n’en donne que plus de poids aux dires de Bernard Salengro, secrétaire national de l’organisation et – ça tombe bien – médecin du travail. Que dit notre homme ? L’intégralité du chat est en ligne ici mais nous avons sélectionné pour vous les extraits les plus significatifs. Accrochez-vous, c’est du lourd. Un internaute pose la première question suivante : « Pourquoi le fonctionnement de la médecine du travail a-t-il été amendé au milieu d’un texte sur la réforme des retraites ? En aviez-vous été informé ? » Réponse de Bernard Salengro : « Non. On nous avait annoncé une réforme, mais qui viendrait après la réforme des retraites, qui serait publique, annoncée. Alors qu’on a eu un amendement glissé en dernière minute, en catimini, comme si on avait honte de la zizanie qu’on faisait. L’amendement est essentiellement l’amendement 730, déposé par le gouvernement, qui transforme le service de santé au travail, qui était un service protecteur des salariés, en un service protecteur des entreprises. (…) c’est ce que les employeurs demandent depuis toujours. Reprenez les éditoriaux du Dr Georges Clemenceau, l’homme politique qui était médecin du travail, dans L’Aurore, en 1906. Il disait déjà, pour défendre la reconnaissance de la maladie du plomb : les médecins du travail sont considérés comme des gêneurs par les employeurs. Et il y a toujours eu la pression des salariés pour que les médecins du travail les protègent – c’est ce qui s’est passé en 1946 – et la pression des entreprises pour que les médecins du travail les aident à rentabiliser le système. La tentative du Medef sur les députés UMP et sur Eric Woerth, le ministre du Travail, a réussi, puisqu’ils présentent textuellement la demande du Medef qui avait été présentée il y a deux ans aux organisations syndicales et que toutes avaient refusée à l’unanimité. C’est aussi simple que de dire : on va organiser la lutte antidrogue en la confiant aux dealers. Ce n’est pas possible, ça ne marche pas. (…) Le système de médecine dans les usines existe depuis longtemps. C’était une médecine sous l’autorité de l’employeur, chargée d’optimiser le matériel humain par la sélection, par l’entretien. C’est la médecine du travail avec sélection génétique instituée par Pétain. A la Libération, on a repris les outils et les hommes en leur donnant un objectif opposé – cela a été voté à l’unanimité des députés : éviter toute altération de la santé du fait du travail. Avec cet amendement, on retourne vers le système de Pétain, car les médecins du travail avaient une indépendance garantie par la loi, protégés contre le licenciement par l’inspecteur du travail, et bénéficiant d’un agrément renouvelé tous les cinq ans par l’autorité des services déconcentrés du ministère. Tout cela saute au profit d’une mention indiquant que c’est sous l’autorité de l’employeur. On imagine que la direction du poulailler par le renard n’est pas une grande garantie… (…) Le fait qu’on en parle peu, c’est ce que voulait Eric Woerth en glissant cet amendement dans le grand brouhaha de la retraite. Heureusement, des syndicalistes et la CFE-CGC ont repéré cet amendement et ils ont tiré la sonnette d’alarme pour que petit à petit la population s’aperçoive de la rouerie qu’est ce cavalier législatif. Car c’est une loi cachée derrière une autre loi. C’est normalement illégal et anticonstitutionnel. Mais on n’est plus à ça près… » Enorme ! Interrompons un instant le médecin syndicaliste pour souligner la fourberie du ministre, qui accomplit en douce, discrètement, le rêve du Medef de soumettre le travailleur au joug de l’employeur jusque dans le cabinet médical. Quand on pense que d’aucuns ont le toupet de prétendre que Woerth est honnête, malgré tous les mensonges qu’il a accumulés dans le bettencourtgate… Voici une nouvelle preuve de sa malhonnêteté foncière. Et au-delà de son cas personnel, de celle l’UMP, qui gouverne au service du patronat et des privilégiés contre le peuple. Ensuite, lorsque Salengro se félicite de ce que « des syndicalistes et la CFE-CGC ont repéré cet amendement et ils ont tiré la sonnette d’alarme pour que petit à petit la population s’aperçoive de la rouerie qu’est ce cavalier législatif », on est tenté de lui demander : « et ça change quoi ? » Ce gouvernement fait ce qu’il veut, contre le monde entier et les Français en particulier, et tirer la sonnette d’alarme, qui tintinnabule faiblement dans un désert médiatique, s’avère en définitive bien dérisoire. Salengro en convient d’ailleurs lui-même dans la suite de l’entretien : « Les médecins du travail se mobilisent pour avertir les députés, les sénateurs et l’opinion publique. Mais au bout du compte, si la loi est votée, elle sera appliquée. C’est dire le danger de la situation actuelle. Car les médecins du travail feront ce que la loi dit. Ce n’est pas tellement un problème de médecins du travail, c’est surtout un problème du système de protection des salariés. Et c’est là où c’est dommage – mais c’est voulu – qu’ils n’aient pas conscience de ce qui se passe. » Dernière question du chat : « Peut-on craindre, dans un prochain avenir, une disparition totale de la médecine du travail ? » Réponse de Salengro : « Je crois qu’on peut le craindre, effectivement, et un habillage « Canada Dry » de santé au travail par des techniciens divers et variés à la solde des employeurs. L’important, quand quelqu’un a la fièvre, c’est de casser le thermomètre. Là, c’est ce qu’on fait. C’est dire l’importance de cet amendement et la gravité de cette manipulation que représente ce cavalier législatif, qui entraîne une perte de liberté et de protection des salariés. Et j’espère que les députés sauront interpeller le Conseil constitutionnel pour cette loi glissée derrière une autre loi, sans aucun rapport avec celle-ci, et pour un sujet aussi grave. » On peut toujours espérer… En attendant, voilà une raison de plus de s’opposer de toutes ses forces à cette contre-réforme qui apparaît comme une véritable forfaiture. Grève générale jusqu’au retrait total ! A demain dans la rue.

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