Estrosi, exemplaire de la nullité sarkozyste

ceConnaissez-vous la dernière de Christian Estrosi, cité par Pierre-Alain sur Le Post ? « En tant que maire de la cinquième ville de France, je lance un appel républicain à l’union sacrée en matière de lutte contre l’insécurité. J’en appelle à tous les élus de gauche comme de droite afin qu’ils participent à une lutte acharnée, coordonnée et non partisane contre la délinquance. Il est temps de former une équipe de France de la sécurité où enfin tous les maires assument pleinement leur responsabilité aux côtés de la police et de la justice. Je propose que les municipalités qui ne se conforment pas à leur obligation de sécurité (…) soient condamnées à une très forte amende en conséquence. Ces obligations seraient celles de « prévention de la délinquance, de lutte contre l’absentéisme scolaire et de réformes des règles d’urbanisme« . Les municipalités en infraction devraient avoir aussi l’obligation de publier tous les mois un observatoire de la tranquillité publique et, sous peine de sanction, de mettre à jour régulièrement leur CLSPD, le contrat local de la sécurité et de la prévention de la délinquance. Ceux qui ne s’y conformeront pas seront hors la loi. » Le Point rapporte la réplique conjointe des secrétaires du PS à la Sécurité et à l’Industrie : « Dans les quartiers populaires et les zones rurales en particulier – où les habitants ont subi de plein fouet les dégâts des suppressions d’effectifs de policiers et de gendarmes décidées par le gouvernement -, la mise en cause des élus locaux pour gbmasquer l’abandon d’État est ressentie comme une provocation insupportable et inacceptable« , soulignent Jean-Jacques Urvoas et Guillaume Bachelay. « On aimerait que Estrosi, plutôt que de jouer les cow-boys de mauvais westerns pour tenter de devenir ministre de l’Intérieur lors du prochain remaniement (…) se consacre à 100% à sa mission actuelle : être un ministre de l’Industrie digne de ce nom. Il en est malheureusement très loin« , déplorent les deux élus socialistes. » Bien vu : quel est le bilan du motodidacte à l’Industrie, alors que les fermetures d’usines se multiplient, créant leurs cohortes de chômeurs ? Mais revenons au sujet du jour : Estrosi attaque nommément « la maire de Lille et Première secrétaire du PS Martine Aubry qui ne veut pas de caméras de surveillance dans sa ville« , ainsi que le maire PS de Grenoble Michel Destot, qui « ne fait rien pour sécuriser sa commune et, après, se plaint que tout explose« . Mauvaise pioche : « Dois-je rappeller que depuis mon élection de maire, les effectifs de la police municipale [de Grenoble] ont augmenté de 41% quand depuis 2002, ceux de la police nationale baissaient de 17%« , interroge Michel Destot dans Le Midi libre, déclaration complétée par Le Post  : « Dois-je lui rappeler que si des faits graves se sont déroulés à Grenoble, la délinquance est en baisse dans ma ville comme le président de la République et le ministre de l’Intérieur l’ont eux-mêmes signalé ? » Quant à Aubry, son adjoint à la Sécurité, Roger Vicot, fait valoir « que dans les couloirs du métro lillois, il y a 1 200 caméras de vidéosurveillance, et qu’il y en a en tout 4 000 sur la ville. » N’est-ce pas beaucoup, pour quelqu’un « qui ne veut pas de caméras » ? Destot n’en est pas ennemi non plus, épinglé qu’il fut lors des Big Brother Awards 2010 (BBA) pour s’être « fait pincer en installant clandestinement des caméras-dôme sur le trajet habituel des manifs, anticipant sur la Loppsi2 qui prévoit que le préfet puisse procéder à de telles installations mêmes éphémères« .

Roger Vicot explique : « Nous sommes pour la vidéosurveillance là où ça fonctionne, dans les lieux fermés comme le métro ou les parkings. Nous ne sommes pas pour cette méthode dans l’espace public pour des raisons évidentes d’atteintes aux libertés. » Surtout parce que les caméras sont parfaitement inefficaces ! Nous l’écrivions en février (Vidéo »protection » : de qui se moque-t-on ?) : « un rapport officiel du ministère de l’Intérieur prouve l’inefficacité de la vidéo-Unesurveillance, comme nous l’enseignait en novembre dernier Bug Brother. (…) « Le rapport nous apprend ainsi (…) qu’”en dessous d’une caméra pour 2000 habitants, les agressions contre les personnes progressent plus vite (+44,8%) que dans les villes qui n’ont aucun équipement (+40,5%)“. Le nombre d’agressions progresse donc plus vite dans les villes modérément vidéosurveillées que dans celles qui ne le sont pas : on voudrait démontrer l’inefficacité de la vidéosurveillance qu’on ne s’y prendrait pas autrement. On y découvre aussi que la délinquance générale baisse moins quand il y a plus d’une caméra pour 1000 habitants que lorsqu’il y a une caméra pour 1000 à 2000 habitants. Autrement dit : plus il y a de caméras, moins la délinquance baisse… (…) Quant à l’effet dissuasif, “pour ce qui concerne la délinquance générale, les taux d’élucidation progressent aussi bien dans les zones avec ou sans vidéoprotection“… mais restent inférieurs dans les villes vidéosurveillées que dans celles qui ne le sont pas (…) le taux d’élucidation des atteintes volontaires à l’intégrité physique (AVIP) est de 54,4% dans les villes vidéosurveillées, mais de 60,6% dans celles qui n’ont pas de caméras. » Un récent rapport de la Cour des comptes de la région Rhone-Alpes sur la sécurité publique à Lyon depuis 2003 enfonce le clou, cité sur l’excellent blog Numéro Lambda : « Ainsi, en l’état actuel des données, relier directement l’installation de la vidéosurveillance et la baisse de la délinquance est pour le moins hasardeux. Si l’on compare, par exemple, l’évolution de la délinquance de voie publique entre Lyon, qui a fortement investi dans ce domaine, et Villeurbanne, où la commune n’a pas souhaité s’y engager, on observe que la baisse est la plus forte dans la commune qui ne bénéficie d’aucune caméra de voie publique« . Notons que le maire de Lyon, Gérard Collomb, prix Orwell 2002 des BBA*, est lui aussi, comme Destot, censément « socialiste »… Donc, les caméras ne font pas baisser la délinquance, c’est un constat objectif. Et devinez qui est le champion de France de la cause ? Bingo ! Estrosi, lui aussi au palmarès des BBA 2010, catégorie « Gagnant Orwell«  : « Connu pour ses aspirations sécuritaires, Estrosi a installé à Nice le plus dense (600 caméras) et le plus cher (7,6 millions d’euros) système de videosurveillance de France.« 

cbUn autre secrétaire du PS, aux élections celui-là, Christophe Borgel, répond également à lou ravi de Nice, cité par Le Figaro : « Après s’être fait remarquer avec sa formule « Français ou voyou, il faut choisir«  [comme s’il n’y avait pas de voyous français ! Nda], Estrosi récidive en reprenant le refrain entonné par la droite depuis le début d’août : « L’insécurité progresse, mais c’est la faute aux autres ». S’il doit y avoir un pacte des maires, c’est un pacte pour exiger de l’Etat la remise à niveau des effectifs de police et de gendarmerie dans nos villes. Au moment où un sondage CSA indique que les Français jugent négativement le bilan de Nicolas Sarkozy en matière de sécurité [à 70%, NdA], contredisant ainsi l’autosatisfaction et la désinformation du gouvernement sur le sujet, je suggère à Estrosi de prendre des vacances : il en aura besoin pour affronter la rentrée sociale qui se prépare. » Le PS lui-même synthétise dans un communiqué la sortie estrosiesque de façon plaisante : « Après les Roms, les étrangers, ce sont aujourd’hui les élus locaux qui seraient, selon M. Estrosi, responsables de la montée de l’insécurité« , cite Le Médiascope. Mais penchons-nous sur le texte original qui dévoile la saugrenue proposition d’Estrosi, en l’occurrence une interview dans le Journal du dimanche : « Quand ils étaient au pouvoir, les socialistes ont décidé que seraient sanctionnés les maires de villes de plus de 5 000 habitants qui n’auraient pas assez de logements sociaux. Sur ce modèle, je propose que les municipalités qui ne se conforment pas à leur obligation de sécurité, de prévention de la délinquance, de lutte contre l’absentéisme scolaire et de réformes des règles d’urbanisme, soient condamnées à une très forte amende en conséquence« . Outre le fait qu’on ignore totalement en fonction de quoi serait estimée la non conformation des maires à « leur obligation de sécurité, de prévention de la délinquance, de lutte contre l’absentéisme scolaire et de réformes des règles d’urbanisme » – à l’absence de caméras qui ne font pas baisser la délinquance, sans doute ! -, Estrosi ne pouvait choisir pire exemple que celui de la loi SRU, sanctionnant les villes refusant de compter 20% de logements sociaux : la droite s’asseoit tranquillement dessus depuis toujours, préférant payer les amendes que se conformer à la loi ! « Le maire de Nice sait pourtant que la menace d’une amende ne règle pas tout. En matière de logements sociaux, sa ville est une des moins bien classées, mais elle a réussi à échapper aux amendes« , commente Rue89. Qui l’épingle aussi pour cette phrase :les maires « devront également publier tous les mois –comme je le fais dans ma ville– un observatoire de la tranquillité publique qui montrera l’évolution mensuelle de la délinquance générale et de proximité« . Or, relève le site d’information, « Cet observatoire a commencé à mesurer la tranquillité des Niçois au début de l’année. Selon Nice Matin, il a fallu attendre juillet pour en connaître les premiers chiffres, portant sur la période allant de janvier à mai. On est loin du rythme mensuel dont se targue Christian Estrosi. Et ces chiffres sont difficilement accessibles : impossible, ainsi, de les trouver sur le site de la mairie. Dans un reportage récent de Libération, l’adjoint à la sécurité de Christian Estrosi expliquait étrangement : « On est à moins 5% de délinquance l’an dernier. Mais on hésite à communiquer car ce n’est pas le sentiment des gens. » Rue89 porte enfin le coup de grâce, faisant référence à la dernière proposition du motodidacte, « Ils devront également, sous peine de sanction, mettre à jour régulièrement leur CLSPD (contrat local de sécurité et de prévention de la délinquance). Ceux qui ne s’y conformeront pas seront hors la loi » : « Christian Estrosi oublie que ces contrats entre les villes et l’Etat ne sont pas obligatoires. Selon le dernier rapport du Comité interministériel de prévention de la délinquance, on n’en dénombrait que 414 fin 2008. (…) Christian Estrosi, lui, a renouvelé son contrat en 2009. Un bon exemple pour ses collègues ? Pas forcément : le précédent contrat datait de 2003, alors que la durée prévue par la loi se limite à trois ans. De 2006 à 2009, la ville de Nice a donc vécu sans contrat local de sécurité. Comme ces communes « hors la loi » que dénonce son bamaire. »

Si l’on peut juger de la médiocrité du sarkozysme aux personnalités qui en sont les figures de proue – les Dati, Bertrand, Morano, Lefebvre ou Hortefeux, parmi les pires exemples -, elles incarnent avec brio un mélange détonnant de cynisme et d’incompétence. De bêtise, aussi, souvent. D’où il ressort que, pour l’ensemble de son oeuvre, Estrosi est loin de déparer la galerie et a bien mérité entre tous de notre rubrique Bonnet d’âne !

 

*Sur la politique sécuritaire impulsée à Lyon par Collomb, lire cet édifiant article de Bug Brother.

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