Et la Commune ?

Tous dans la rue le 4 septembre contre la « politique du pilori » du gouvernement, d’accord. Mais pas pour fêter une République, la Troisième, abreuvée du sang des Communards ! Rappel historique.

« Une grande manif doit se tenir le 4 sep­tem­bre 2010, convo­quée par toute la gauche, les syn­di­cats, les asso­cia­tions anti­ra­cis­tes ou de sou­tien aux tra­vailleurs immi­grés, etc. », résume Mondialisme. L’objet de ce billet n’est pas de se dissocier de cet appel à la mobilisation : contre la dérive xénophobe de la Sarkozie, il faudra être dans la rue – avant d’y retourner le 7 pour les retraites – et nous y serons. Voici l’Appel citoyen que nous avons signé : « Les plus hautes autorités de l’Etat ont fait le choix de jeter à la vindicte publique des catégories entières de population : Roms et Gens du voyage accusés comme les étrangers d’être des fauteurs de troubles, Français d’origine étrangère sur lesquels pèserait la menace d’être déchus de leur nationalité, parents d’enfants délinquants, etc. Voici que le président de la République accrédite aussi les vieux mensonges d’une immigration coûteuse et assimilée à la délinquance, et offre ainsi à la stigmatisation des millions de personnes en raison de leur origine ou de leur situation sociale. Ce qui est à l’œuvre dans cette démarche ne s’inscrit pas dans le débat légitime, dans une démocratie, sur la manière d’assurer la sûreté républicaine. Le nécessaire respect de l’ordre public n’a pas à être utilisé pour créer des distinctions entre les habitants de ce pays et désigner des boucs émissaires, ni pour instituer des peines de prison automatiques, contraires aux principes fondamentaux du droit pénal, à l’indépendance de la justice et à l’individualisation des peines. La Constitution de la France, République laïque, démocratique et sociale, assure « l’égalité devant la loi de tous les citoyens sans distinction d’origine, de race ou de religion ». Nul, pas plus les élus de la nation que quiconque, n’a le droit de fouler au pied la Constitution et les principes les plus fondamentaux de la République. Notre conscience nous interdit de nous taire et de laisser faire ce qui conduit à mettre en péril la paix civile. » Jusque-là, pas de souci. Le diable se niche dans la dernière phrase : « Nous appelons à une manifestation le samedi 4 septembre 2010, place de la République à Paris, à 14h00, et partout en France, afin de fêter le 140e anniversaire d’une République que nous voulons plus que jamais, libre, égale et fraternelle. »

Voilà le problème soulevé par Mondialisme : si 140e anniversaire il y a, l’Appel remonte donc à la Troisième République. « Curieusement, jusqu’ici aucun des his­to­riens ou des intel­lec­tuels qui fus­ti­gent Nicolas Sarkozy pour sa mani­pu­la­tion ou son igno­rance de l’Histoire n’a fait remar­quer que la Troisième République a été fondée sur le sang des Communards, les persé­cutions, les condam­na­tions à l’exil, au bagne et à la prison, quand ce n’était pas le poteau d’exé­cution décidé par les conseils de guerre qui sié­geront pen­dant les quatre pre­mières années de la Troisième République ou les cours pré­vô­tales qui fusillaient les hommes et les femmes pris les armes à la main, observe le site. Les réd­acteurs et les 30 000 signa­tai­res de l’appel « Non au pilori » ont com­plè­tement oublié les 20 000 morts de la Commune de Paris, les 38 000 arres­ta­tions, les 50 000 juge­ments qui se pour­sui­vront jusqu’en 1877, les 4000 per­son­nes expédiées au bagne, le tout pour quoi ? Pour célébrer, le 4 sep­tem­bre 2010, la Troisième République…. des bour­reaux du peuple pari­sien. » Descendons donc dans la rue contre le gouvernement le 4 septembre, mais certainement pas pour fêter le 140e anniversaire d’une République (la Troisième) dont les pères fondateurs ont sur la conscience la répression de la Commune ! « N’oubliez pas qui était Adolphe Thiers, le chef des Versaillais, celui qui a lancé 130 000 sol­dats contre les ouvriers et les arti­sans pari­siens, le pre­mier pré­sident de cette Troisième République qui a com­mencé aussi mal qu’elle a fini et que nos citoyen­nis­tes sans mém­oire vou­draient que nous fêtions en enter­rant une seconde fois les Communards », insiste Mondialisme. Voilà qui est dit.

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