Éthique sportive : lettre ouverte à Jean-François Copé

Monsieur le président du groupe Ump,

Vous avez publié le mardi 29 juin sur le site Slate.fr un article intitulé « Le fiasco des Bleus est-il une affaire d’État ? »

Une fois n’est pas coutume, je suis d’accord avec la plupart des éléments du constat que vous dressez. Je suis en revanche en désaccord avec vous sur la nécessité pour la classe politique de se pencher sur le sort de la Fédération Française de Football. Il appartient en effet à ce sport de décider lui-même de quelles structures il doit se doter dans l’avenir, si tant est qu’il faille changer de système, probablement au dépens d’un football amateur qui, à mon avis, doit rester la préoccupation centrale du ministère de tutelle. L’audition des caciques du football par la Commission des Affaires culturelles de l’Assemblée nationale me semble à cet égard totalement déplacée, et je rejoins sur ce plan la vive condamnation exprimée par Bernard Tapie, aventurier certes douteux mais fin connaisseur tant des arcanes politiques que du milieu sportif.

Je vous soutiens toutefois sans réserve sur un point précis : il est urgent de réformer le contenu scolaire de l’éducation des jeunes envoyés dans les centres de formation du football professionnel. Il faut savoir à cet égard que, dans la plupart de ces centres, l’écrasante majorité de ces jeunes, après avoir été soumise à de fréquentes brimades et à une sélection hyper-élitiste exercée sans le moindre état d’âme par l’encadrement, est renvoyée dans ses foyers. Comment pourrait-il en aller autrement alors que des centaines de gamins partent avec des étoiles dans les yeux pour décrocher un Graal qui s’offrira seulement à une trentaine d’entre eux chaque année. Des jeunes abîmés psychologiquement, et parfois physiquement, par leur rêve de gloire brisé. Des jeunes laissés pour compte avec pour seul viatique une vague attestation de formation en comptabilité ou en gestion, sans la moindre valeur sur le marché de l’emploi.

Ce n’est toutefois pas de cela que je souhaite principalement vous interpeller aujourd’hui, mais plus précisément du comportement que la France et ses citoyens sont en droit d’attendre des joueurs appelés en sélection pour représenter leur pays dans les compétitions internationales. Vous avez écrit sur Slate :

« Comme Roselyne Bachelot, je pense qu’il serait intéressant de faire signer aux joueurs une charte déontologique qui les engagera avant de représenter la France lors d’une compétition internationale. Ce point me paraît essentiel : être sélectionné est un honneur immense et exigeant, bien différent de l’engagement professionnel dans un club. Les joueurs doivent comprendre que c’est pour eux l’occasion de rendre sur le terrain un peu de ce que la France leur a donné et qui a contribué à faire d’eux des champions d’exception. Porter le maillot bleu, c’est d’abord assumer une lourde responsabilité et remplir un devoir en donnant le meilleur de soi pour son pays. »

« Les joueurs doivent rendre sur le terrain un peu de ce que la France leur a donné et qui a contribué à faire d’eux des champions d’exception. » affirmez-vous de belle manière. Qui peut être en désaccord avec une attente aussi naturelle, aussi justifiée, aussi évidente ? Personne bien sûr, et surtout pas les éducateurs dont j’ai fait partie, ni les millions de pratiquants, jeunes ou moins jeunes, pour qui les champions des différentes fédérations sportives doivent se montrer exemplaires, sous peine de n’être plus respectés ou d’induire dans les pratiques des plus influençables de leurs admirateurs des dérives contraires à la morale sportive ou à l’éthique citoyenne.

Mais pourquoi ce qui vaudrait aujourd’hui pour les footballeurs français, dans le sillage du fiasco sud-africain, ne serait-il pas exigé de tous ceux qui, à un moment ou un autre de leur carrière, revêtent le maillot bleu ou écoutent la Marseillaise exécutée en leur honneur dans les autres disciplines sportives ?

Pourquoi, notamment, n’exigerait-on pas une conduite exemplaire de nos tennismen ? Et notamment qu’ils aient la décence de payer leurs impôts en France et de participer ainsi à la naturelle solidarité qui doit s’exercer entre les citoyens d’une même nation. Dans un récent article intitulé « L’incroyable cynisme de Tsonga », je stigmatisais le mépris affiché par ce joueur – à qui la France a pourtant énormément donné depuis sa pré-adolescence – à l’égard de tous ceux qui, dans notre pays, souffrent de réelles et graves difficultés économiques. Au point, pour les plus démunis, d’être jetés à la rue, toujours plus nombreux, toujours plus jeunes, sans que cela émeuve le moins du monde nos brillants joueurs de tennis.

Tsonga n’est évidemment pas le seul en cause. Parmi les joueurs, titulaires ou remplaçants, de l’équipe de Suisse, pardon ! de l’équipe de France qui jouera du 9 au 11 juillet contre l’Espagne à Clermont-Ferrand, figurent également Benneteau, Gasquet et Monfils. Tous exilés fiscaux ! Et il en va de même, à ma connaissance, pour Mathieu et pour les meilleures joueuses française : Bartoli et Rezaï.

Cette situation est d’autant plus scandaleuse qu’aucun de ces joueurs ou de ces joueuses ne réside effectivement six mois en Suisse comme les y oblige le code des impôts français pour pouvoir délocaliser leur déclaration de revenus dans ce pays particulièrement accueillant sur le plan fiscal. Tous usent d’un artifice bien commode : imputer sur le temps officiellement passé dans la Confédération helvétique tout ou partie des tournées sportives planétaires auxquelles les contraint le calendrier sportif.

En conséquence, et pour lutter contre ces comportements inacceptables de la part d’athlètes qui se prétendent français, je vous serais obligé de bien vouloir prendre une position aussi ferme et aussi pertinemment argumentée sur le cas des tennismen que sur celui des footballeurs de l’équipe de France. Car sur le plan de l’éthique, leur faute est infiniment plus grande et justifierait, à mes yeux, qu’ils ne soient plus honorés de nouvelles sélections en Coupe Davis tant qu’ils ne seront pas revenus en France participer à l’effort national. Des joueurs, il y en a d’autres, beaucoup d’autres. Certes moins talentueux, mais mieux vaut, et de loin, perdre avec des citoyens exemplaires que gagner avec des individus cyniques et sans honneur.

Je vous prie, d’agréer, Monsieur le président du groupe Ump, des salutations dont l’empressement sera proportionnel au zèle que vous déploierez pour en finir avec cette scandaleuse situation.

Fergus

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