Exilé surplace (3/4)

En panne sèche dans ce royaume sans frontières ni ennemis pour occuper mes envies de meurtre et mon besoin d’amour universel. Un terrain vague pour une errance précise. Je suis juste un homme de plus au milieu d’un nulle part de luxe à la recherche d’un but inavoué ou d’un second souffle d’occasion. Personne ne circule, ne court après le lapin blanc, alors je garde mon pouce vers le sol comme pour mieux montrer ce que je ne peux écrire. Faute de tout. Ce moment, cet endroit, cet ici, j’en ai rêvé toute ma vie, la quiétude, le calme, un no man’s land sans guerre intime —interne, universelle, inextricable— mais avec toi… 


Une cellule idéale me préservant de cette folie enfantine qui me consume par les deux bouts. Une réalité alternative où les cicatrices secrètes se muent en sagesse populaire. Mais il ne faut pas rêver, cette réalité ressemble à mon fort intérieur, entre les viscères en décomposition et l’âme en translation, le vide. 

Soit, mais arrivé à destination, ici, là sans invitation, je ne me souviens plus de la traversée et de la raison de mon départ sans toi. Planté là comme un con, lesté de mes démons amicaux mais proche de la démence étrangère, je n’ai jamais autant tutoyé cet équilibre qui me faisait tant défaut. Celui qui me pousse à avancer sans me retourner, à prier le futur, à garder malgré-moi un peu d’espoir dans ma cage thoracique. Si je tombe sans jamais y arriver, je n’emporterai personne avec moi, ici. Et voilà, l’évidence me gifle plus fort que l’impact de ma boîte crânienne sur le sol lorsqu’enfant, j’ai rencontré l’autre. 

Par le plus grand des hasards, j’effleure la définition de la folie, trouver des voix en soi lorsqu’il n’en reste plus autour. Je dois être prêt pour ma première tentative de suicide collectif. Parce que j’ai la mémoire dans le cœur et un peuple dans ma tête. Ici, là, il n’y a plus de fautifs, de causes perdues d’avance, de lieux et de liens à prendre ou à rendre. Plus rien. Et je ne suis pas béat, simplement à la dérive, en pleine déroute au milieu de nulle part. Sans récifs où m’abimer ou rochers sous lesquels m’abriter.

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