Exilé surplace (4/4)

Quoi qu’il en soit, je n’ai jamais eu l’impression d’appartenir à un espace défini ni une espèce particulière. Quant à l’histoire qui nous engendre, je l’ai apprise un couteau entre les dents sans y trouver ma case ou un combat pour passer le temps. Et ici, là, je ne peux plus conter, je ne peux pas compter.

Les gens sont une chose, mais l’Histoire est un être vivant aliénant les conjugaisons en y broyant ce qu’il reste de nous-mêmes après le façonnage parental. Pas grand chose donc. Je l’ai fui tant bien que mal lorsqu’elle a commencé à vouloir m’écrire en temps réel sur tous les écrans possibles. Et je crois même qu’elle m’a pourchassé depuis ma première Bible au sommet de la tour verticale dans ma périphérie à l’agonie. Oui, c’est ça l’Histoire, c’est le temps. Loin des victoires routinières et défaites anonymes, je suis en pleine désertion sans pouvoir en réchapper. D’aussi loin que je l’oublie, j’ai toujours voulu devenir un pyromane dans cette usine à gaz.  Entre l’immédiateté et l’éternité, il y a cette immobilité qui avance. Je crois que c’est ça, que c’est là, que c’est moi ! Il n’y a que les autoportraits que l’on ne reconnait pas, que l’on accepte plus, que l’on renie encore et encore en fermant les yeux à s’en exploser les tempes, à briser le miroir de part en part afin de s’assurer que la réalité n’a plus de reflet à réfléchir.

Maintenant je me souviens. Enfin, parfois. Pour cette fois, de cet ici, coincé dans ma tête. Coincé en moi-même. J’y fais la sieste, j’y bats en retraite, j’y retrouve mon souffle lorsque que le monde prend un malin plaisir à faire de son nombril, le seul salut plausible. 

En gestation entre là et nulle part, dans ce chez moi sans personne, je ne t’ai pas quitté. J’y prends mes quartiers tandis je change de piles, de peau, de pouls, de poids, de choix. Ici, dans mon livre imaginaire, ma mort momentanée, mon sort réservé. Je trompe mon monde en lui refusant la vie.


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