Fed: sur le fil du rasoir

Les conférences de presse de la Réserve Fédérale US qui seront désormais tenues quatre fois par an ne doivent pas faire illusion car les objectifs recherchés ne sont pas seulement la transparence ou l’explication de sa politique monétaire. En fait, cette entreprise de communication – qui fait suite à une longue crise où les décisions de la Fed ont été amplement analysées et parfois violemment critiquées par les observateurs mais aussi par le Congrès américain – cherche à restaurer sa crédibilité à un stade où elle pourrait bien perdre son indépendance. Son autorité est en effet aujourd’hui d’autant plus remise en question que sa tâche à venir s’annonce pour le moins délicate.

Les stimuli massifs devront certes être retirés à mesure du rétablissement économique. Pour autant, la Fed se retrouvera très rapidement sur le fil du rasoir car un resserrement prématuré de sa politique monétaire nuira au taux de chômage tandis que le maintien du statut quo serait susceptible de favoriser les pressions inflationnistes. En réalité, les autorités monétaires US devront très prochainement avoir à choisir entre deux poisons consistant à subir soit une spirale inflationniste soit un chômage endémique avec l’avènement d’un difficulté supplémentaire et majeure qui serait de tenter de résorber le taux des sans emplois dans un contexte inflationniste insidieux. Car la Réserve Fédérale, qui sera immanquablement confrontée à ce choix cornélien, optera pour le mal ayant une moindre capacité de nuisance pour ses propres crédibilité et autorité.

Ainsi, alors qu’un chômage élevé et persistant serait imputable à une reprise économique molle, à des problématiques structurelles voire aux incertitudes géopolitiques, la Fed serait directement tenue pour responsable de la montée en puissance de pressions inflationnistes qui porteraient un coup fatal à son image. Dans une conjoncture actuelle où elle est déjà régulièrement interpellée – et mise en cause – par un Congrès très sensible à ces menaces inflationnistes forcément très impopulaires parmi un électorat préoccupé par son pouvoir d’achat, il y a fort à craindre que l’assainissement du marché du travail ne soit relégué au second plan. L’indépendance de la Réserve Fédérale étant effectivement moins susceptible d’être remise en cause par un chômage – même élevé et durable – que par une inflation persistante… Pour se justifier, la Réserve Fédérale invoquera le règle de Taylor qu’elle est tenue d’appliquer et qui veut qu’une banque centrale soit tenue de répliquer plus agressivement à l’encontre de l’inflation que vis-à-vis du chômage.

Pourtant, si la croissance à moyen et à long terme est incontestablement sapée par l’inflation, l’activité économique subit également des effets dévastateurs du fait d’un marché de l’emploi dégradé. Les américains devront-ils néanmoins s’accommoder d’un taux de chômage condamné à rester élevé? La priorité – qui sera accordée par leur Réserve Fédérale – à la lutte contre l’inflation doit-elle pour autant s’effectuer au détriment du marché du travail dont le dynamisme est cependant vital? Ben Bernanke n’a pas hésité dans le cadre de la crise des subprimes et du crédit à sortir des sentiers battus avec une efficacité indéniable puisque l’économie de son pays revient aujourd’hui de très loin. Soucieux certes de sauvegarder la marge de manœuvre de son établissement, il ne devrait néanmoins pas hésiter à re sortir de l’orthodoxie en cas de besoin.

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