Fin de l’économie : l’usure de l’inconscient

Illustration de Michael Morgenstern

Par Gilles Bonafi

Les analystes économiques ont tous écrit sur la dégradation de la note de la France (perte du triple A) par Standard & Poor’s, le vendredi 13 janvier 2012, ce que j’avais annoncé il y a quelques mois (crise systémique : le mythe des banques).
Pourtant, personne ne donne d’indications sur le coût pour la France.
Un petit calcul s’impose donc.

Les analystes estiment les besoins de financement de la France pour 2012 à 180 milliards d’euros, qu’il faudra bien sûr aller chercher sur les marchés.
Pour avoir de réelles informations sur la dette de la France, il faut se rendre sur le site Agence France Trésor (AFT) dont voici le lien :
http://www.aft.gouv.fr/

Il est intéressant de noter que l’Agence France Trésor déclare :
« La perte du tripe A de la France pour une des 3 agences de notation, Standard & Poor’s, le vendredi 13 janvier 2012, n’a pas eu d’effet immédiat sur le taux à 10 ans Français. »

Vous découvrirez ainsi que les Obligations Assimilables du Trésor, dites OAT TEC10, les titres de dette de l’Etat émises sur 10 ans ont un taux qui est passé de 3,03%, le 13 janvier 2012, à 3,14%, le 19 janvier, soit un coût pour le financement de la dette de la France sur 10 ans (pour 2012) augmenté de seulement 2,6 milliards d’euros en 6 jours.
Donc, pas d’effets immédiats !!!
(source : http://www.aft.gouv.fr/articles/tec-10-du-jour_7124.html).

Bien sûr, l’ensemble de la dette française ne sera pas financée à 10 ans, mais ces chiffres permettent de mieux comprendre l’ampleur du problème.

Imaginons maintenant que le taux de ces titres de dettes augmentent de seulement 1%, quel serait le coût pour la France ?

Coût au 13 janvier 2012
180 milliards d’euros x [(1,0314) puissance 10] = 245,213 milliards d’euros, soit 65,213 milliards d’euros offerts à la finance internationale.

Scénario avec 1% d’augmentation :
180 milliards d’euros x [(1,0414) puissance 10] = 270 milliards, c’est à dire 90 milliards d’intérêts versés à la finance internationale sur 10 ans.

Donc, avec 1 seul petit pour cent d’augmentation du taux d’émission des OAT 10 ans, nous verserons 24,787 milliards d’euros d’intérêts en plus.

La fameuse règle d’or de l’austérité permettant d’économiser 10 milliards d’euros n’a donc aucun sens et va finir par plomber définitivement l’économie.

De plus, imaginez dans quelle situation est la Grèce dont les taux à 10 ans sont à 18% !!! (Source : http://france-inflation.com/taux_10ans.php) et que penser si le taux de la France s’envolait de 5, voire 10% ?

Le problème de l’intérêt est la clé et impose une petite piqûre de rappel sur l’interdiction par toutes les religions de l’usure :

-la Torah (Deutéronome 23-19) : « Tu ne prêteras pas à intérêt à ton frère, intérêt d’argent ou de nourriture ».

-les Evangiles (Luc 6-35) : « Mais aimez vos ennemis, faites du bien, et prêtez sans rien espérer. Et votre récompense sera grande. »
D’ailleurs, en 1311, au Concile de Vienne, le Pape Clément V déclara :
« Si quelqu’un tombe dans cette erreur d’oser audacieusement affirmer que ce n’est pas un péché que de faire l’usure, nous décrétons qu’il sera puni comme hérétique et nous ordonnons à tous les ordinaires et inquisiteurs de procéder vigoureusement contre tous ceux qui seront soupçonnés de cette hérésie. »

-le Coran (Sourate AL-Baqara verset 275) : « Dieu a rendu licite le commerce et illicite l’intérêt. »

Jean Baudrillard a eu le mérite de résumer par une seule phrase les conséquences de l’intérêt:
« On revient avec le crédit à une situation proprement féodale, celle d’une fraction de travail due d’avance au seigneur, au travail asservi. »

Il est intéressant de noter que l’esclavage, aboli en 1794 par la révolution française, a été remplacé par la levée de l’interdiction de l’intérêt, permettant aux banques de s’enrichir.
Le serf qui appartenait au seigneur est donc devenu la propriété des détenteurs de capitaux.

On commence à se rendre compte aujourd’hui que la fameuse liberté prônée par la révolution française a surtout été celle des banquiers et, c’est Jean-François Revel qui nous donne l’explication, l’usure de notre inconscient:
« Tous les courants révolutionnaires(..) présentent cette caractéristique qu’une fraction des bénéficiaires de l’ordre régnant se détache de l’ensemble de sa classe et la trahit de l’intérieur. »

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