Fukushima, la fuite en avant

Un mois déjà s’est écoulé depuis la catastrophe de Fukushima, et il est toujours aussi difficile de connaître l’état exact de délabrement des réacteurs endommagés.

Pourtant, malgré tout, des informations parviennent à filtrer.

Une nouvelle secousse, d’une force de 7,4 a eu lieu le 7 avril 2011, plongeant une bonne partie du Japon dans l’obscurité, et imposant la remise en marche des groupes électrogènes des centrales dont le refroidissement n’était plus assuré, sans quoi, les réacteurs risquaient de nouveaux emballements. lien

Le séisme a provoqué 8 fissures sur les 2 piscines de refroidissement des combustibles usagés de la centrale d’Onagawa, provoquant l’apparition de « flaques » d’eau et une augmentation de la radioactivité. lien

C’est cette même centrale qui avait subi un incendie peu après le premier séisme, provoquant l’arrêt de celle-ci, et ses réacteurs doivent être continuellement refroidis. lien

2 nouvelles centrales entrent dans la danse, celle de Higashidori et celle de Tomari dont  l’alimentation de plusieurs réacteurs a été coupée, provoquant le relais du système électrogène de secours. lien

L’usine de retraitement de Rokkasho a aussi été privée de courant, et des générateurs de secours ont du pallier à la perte d’alimentation électrique. lien

L’autre centrale de Fukushima (Daini) a vu apparaitre de la fumée au niveau de ses turbines, « laquelle a rapidement disparu ». lien

Le 9 avril, un nouveau séisme d’une magnitude de 6,1 a de nouveau frappé le Japon. lien

Les exploitants, comme à l’accoutumée, se veulent rassurants.

Ce nouveau séisme a aggravé les problèmes de Fushikama, sans que l’on puisse savoir lesquels. lien

Le président de l’ASN (autorité de sécurité nucléaire) affirme que la gestion de ces territoires sera «  difficile durant des années, voire des décennies ». lien

Dans le monde, il semble qu’un gros étouffoir ait été mis en place afin que l’on parle le moins possible de la situation japonaise, mais le silence n’empêche pas le danger.

Sur place, ils sont un certain nombre (entre 500 et 600) à mettre leurs vies en danger, plus ou moins consciemment, avec des équipements que l’on pourrait qualifier de fortune, convaincus « qu’il y a toujours un demain ». lien

Au-delà des 28 000 morts ou disparus, dus au tsunami, ce sont aujourd’hui au moins 150 000 japonais qui cherchent un lieu de vie. lien

Ce qui est certain, c’est que, d’ores et déjà, on envisage le démantèlement des 4 réacteurs de Fukushima, pour lesquels l’exploitant affirme qu’il sera réalisé en 10 ans. lien

Au-delà de ces promesses, la question de la fusion des réacteurs est toujours posée.

Pour beaucoup d’experts, celle-ci est déjà largement entamée, et l’on sait que le béton « fond » à 700 °, alors que la température du corium se situe entre 2000 et 3000°.

La plupart des spécialistes pensent qu’il faudrait élargir la zone d’exclusion à au moins 30 km autour du site, car on a constaté à 100 km de Fukushima des niveaux de contamination des épinards à 54 000 becquerels par kilo, alors qu’en Europe la norme impose de ne pas dépasser 340 pour les enfants et 600 pour les adultes. Au Japon, la barre a été placée un peu plus haut : (2000 becquerels par kilo), mais il n’est pas sur que les japonais soient plus résistants que les autres.

En réalité, les japonais sont placés devant une double difficulté : continuer de refroidir les réacteurs et les piscines de combustible, en y déversant continuellement de l’eau, et évacuer cette eau très contaminée laquelle empêche de remettre en marche les systèmes normaux. lien

Pourtant, les 60 000 tonnes d’eau contaminée envoyée dans la centrale, devront être rejetées en mer. lien

Malgré la fuite, due en partie à une fissure de 20cm, enfin bouchée grâce à du silicate de sodium, le déversement dans la mer d’eau contaminée continue (lien) et le risque d’explosion n’est pas écarté, les techniciens s’ingéniant à injecter de l’azote pour empêcher celle-ci. lien

Le risque d’explosion d’hydrogène n’est pas pour autant écarté, car le corium qui s’échappe pourrait finir par percer la dalle en béton du réacteur, et disperser lors de l’explosion 94 tonnes de matières radioactives dont du plutonium (contenu dans le mox, fabriqué en France).

Il faut rappeler qu’à Tchernobyl, ce sont surtout du Césium 134 et 137 qui se sont échappés, et que ce dernier à une période, (ou demi vie) de 30 ans, alors que le plutonium a une période de 24 400 ans.

En Europe, ni Tchernobyl, ni Fukushima n’ont servi de leçon, puisqu’on apprend que le parlement européen a rejeté une proposition des écologistes et d’une partie de la gauche qui proposait de fermer les réacteurs les plus âgés, ou présentant des « risques élevés » par 300 voix contre, et 264 pour (avec 61 abstentions). lien

En Angleterre, les britanniques ont reporté leur décision de lancer le chantier de l’EPR. lien

En France, notre autocrate président a montré les limites de sa connaissance du dossier nucléaire, lors d’une visite le 7 avril à Issoire, puisqu’il y a affirmé qu’il y avait dans notre pays une soixantaine de centrales, confondant manifestement le nombre de réacteurs (58) et celui des centrales (19).

Il en a profité pour réaffirmer sa totale confiance dans la sécurité de notre parc nucléaire, affirmant qu’il n’y avait pas d’autres alternatives, faisant montre là aussi d’une parfaite méconnaissance du dossier.

A l’occasion de cette visite, un nouvel incident a eu lieu : un responsable syndical ayant refusé de lui serrer la main.

Un peu plus tard Sarközy lui a donné une bourrade, espérant peut-être une réaction de celui-ci, mais le syndicaliste n’a pas réagi à la provocation. lien

En tout cas, André-Paul Lacoste, président de l’autorité nucléaire, a d’ores et déjà annoncé qu’aucune centrale nucléaire française ne serait arrêtée, et François Fillon attend que l’émotion soit retombée d’ici 6 mois. lien

Nos voisins suisses ne l’entendent pas de cette oreille et ont décidé de faire front contre le nucléaire en lançant une initiative visant à proscrire l’énergie nucléaire, laquelle sera appuyée par une manifestation nationale en Argovie le 22 mai. lien

Mais il n’est pas sûr que les manifs au Japon (lien) ou en Europe, comme celles du 10 avril dernier, qui demandait la fermeture du site nucléaire de Fessenheim, (lien) soient suffisantes pour convaincre.

Les pétitions se suivent et se ressemblent, sans plus d’effet à ce jour. lien

Quant on voit avec quelle difficulté la justice peine à condamner le professeur Pellerin, celui qui avait déclaré un certain 29 avril 1986 lors d’un journal télévisé au sujet de Tchernobyl « cela ne menace personne actuellement, sauf peut-être dans le voisinage immédiat de l’usine, et encore… ». lien

Dans le camp de l’inquiétude, on cherche désespérément tous les moyens pour connaitre l’éventuelle pollution déjà présente dans nos végétaux, et l’association ACRO propose de le vérifier sur ce lien.

En France, malgré les déclarations lénifiantes des « responsables », nous n’avons pas vraiment de raisons de nous réjouir.

34 de nos réacteurs présentent un inquiétant « défaut de série ».

C’est l’ASN qui l’explique : « en situation accidentelle, pour certaines tailles de brèche du circuit primaire principal, l’injection de sécurité à haute pression pourrait ne pas permettre de refroidir suffisamment le cœur du réacteur ».

« Or le système d’injection d’eau de sécurité est le seul dispositif pour retarder une fusion du cœur nucléaire lors d’une fuite importante d’eau du circuit primaire. Son rôle : injecter massivement de l’eau borée dans ce circuit pour étouffer la réaction nucléaire et refroidir le cœur » affirme Pierre Vanek de Contratom.

Ce qui est plus grave c’est que 21 de ces 34 réacteurs sont alimentés en Mox (lequel contient, on le sait, du plutonium, ce qui est particulièrement dangereux). (N° 102 Contratom avril 2011)

Il faut ajouter à cela que 16 des 19 centrales nucléaires françaises courent le risque d’une inondation (lien) et que concernant le risque sismique, EDF a falsifié les données sismiques, pour ne pas supporter d’onéreux travaux de mise aux normes. lien

Les expertises annoncées par l’Europe sur les 143 réacteurs européens risquent d’être difficiles à mener, car, si Sarközy s’engage à fermer les centrales défaillantes, il n’accepte pas pour autant que les expertises soient faites par des équipes de contrôle internationales. lien

Il préfère peut-être donner ces expertises à Areva, ou EDF, car comme dit mon vieil ami africain : « Quand la souris nargue le chat, c’est que son trou n’est pas loin ».

L’image illustrant l’article provient de : « chine-information »

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