Fukushima, le Monde du Silence

Depuis que le choix énergétique nucléaire a été fait en France, et ailleurs, de par son implication dans le domaine militaire, et devant les risques que courent les populations, l’opacité continue à être la règle.

Tchernobyl n’est pas le seul révélateur de cette situation peu compatible avec l’esprit de la République, car dès le début, la transparence n’a que rarement, pour ne pas dire jamais, été au rendez vous.

Au Japon, la catastrophe de Fukushima, qui a suivi le séisme, ne faillit pas à la règle.

Les informations arrivent au compte goutte, mais la pollution elle, s’échappe à gros bouillons.

Les japonais, volontairement sous-informés par l’exploitant Tepco, conscients du risque d’une catastrophe, dans l’incapacité d’évaluer sa gravité, sont, comme le reste du monde, dans l’inquiétude.

Le lobby nucléaire est passé maitre dans l’art de verrouiller l’information. lien

Tepco a d’ailleurs déjà été condamné par le passé à 27 reprises pour diffusion d’informations mensongères. lien

On sait maintenant que Masataka ShimizuPDG de Tepco, gérant des centrales nucléaires japonaises, à part un communiqué laconique qu’il a publié le 19 mars, a disparu purement et simplement sans laisser d’autres traces. lien

Au sujet de la catastrophe, Il aura fallu quasiment 15 jours pour connaitre une petite partie de la vérité.

Pour les 4 réacteurs de Fukushima Daiishi, rien n’est réglé.

Le réacteur n°1 est endommagé à 70%, et si le refroidissement est toujours assuré, il y a une fuite probable de la piscine de stockage du combustible.

Le cœur du réacteur n° 2 est rentré en fusion, (vidéo) l’enceinte de confinement est endommagée, la piscine est en ébullition, une nouvelle fuite 100 000 fois plus importante que la norme a eu lieu le 27 mars, et la radio activité dans l’air a atteint les 1000 mSv/h. lien

Une hypothèse d’AREVA est sur ce lien.

Le réacteur n° 3 est celui qui a subi le plus de dommage, et hélas, c’est celui qui est le plus dangereux, puisqu’alimenté en Mox = plutonium et oxyde d’uranium. (Rappelons que la « demi vie » (période) du plutonium est de 24 400 ans).

Son cœur est entré en fusion, et il y a des craintes d’incendie de la piscine contenant le Mox. vidéo

Pour le 4ème réacteur, le niveau de radiation de la salle de commande est très important, le bâtiment est endommagé, et une première ébullition de la piscine a pu être arrêtée.

Ces photos parlent mieux que tous les discours.

Aux dernières nouvelles, des mesures effectuées en mer à proximité de la centrale ont prouvé que la radioactivité en iode 131 est 1850 fois plus élevée que la norme, et la radioactivité autour du site est de l’ordre de 10 000 fois la norme. lien

A Tokyo, le 26 mars, la radioactivité a été mesurée à 0,22 mSv par heure, soit 6 fois la normale et 600700) intérimaires tentent d’évacuer l’eau radioactive qui s’est accumulée dans les bâtiments nucléaires, alors que le risque de fusion du cœur des réacteurs reste envisagé. lien

3 ouvriers, en bottines de caoutchouc, ont été brulés aux pieds après avoir marché dans une « flaque d’eau » radioactive du réacteur n°3. lien

Cette eau a été mesurée à 1000 mSv/h, ce qui est la preuve que le cœur à fondu. lien

Olivier Isnard, (IRSN) commentant l’erreur de Tepco qui annonçait une pollution des millions de fois supérieure à la normale avant de se rétracter, en tire la conclusion «  c’est la preuve que le cœur du réacteur a fondu ». lien

Il est probable aussi que le corium, magma issu des combustibles nucléaires en fusion, d’une température extrême (entre 2000 et 3000 degrés) soit déjà en train de perforer le béton, pouvant alors atteindre la nappe phréatique. lien

C’est ce que Tepco a admis : «  la cuve pourrait être percée, et le corium serait alors en train de s’échapper ». lien

En tout état de cause, si la situation s’aggrave, les rejets radioactifs de Fukushima pourraient être nettement supérieurs à ceux de Tchernobyl. lien

Steven Chu, secrétaire d’Etat américain à l’énergie s’en plaint : « nous ne savons pas réellement ce qui se passe sur la centrale ». lien

Tout autant grave, les instances mondiales, CEA (Commissariat à l’Energie Atomique), OMS (Organisation Mondiale de la Santé), AIEA, (Agence Internationale de l’Energie Atomique), tout en promettant la transparence, continuent manifestement à dissimuler la vérité.

La CRIIRAD, affirmant que les données sur l’activité des radionucléides sont transmises à l’AIEA et à l’OMS, en a demandé la communication sans réponse à ce jour. lien

Un silence qui ne dit rien qui vaille.

Alors le citoyen lambda en reste à consulter la carte de l’IRSN pour observer les chiffres proposés sans trop savoir de quelle radioactivité il s’agit (lien) et obtient un peu plus de précisions sur ce lien.

Sur ce lien, on peut apercevoir les mouvements de la pollution radioactive du 12 au 18 mars.

Une des seules certitudes que nous ayons est que, la catastrophe n’étant toujours pas maitrisée, la pollution qui se dégage aujourd’hui sera pour nous en principe 12 jours plus tard.

Si elle est importante, et s’il pleut, nous aurons toutes les raisons de nous inquiéter.

En France, nous n’avons aucune raison de parader, car malgré les déclarations lénifiantes des uns et des autres, de nombreux accidents graves nous ont été cachés pendant des années.

Prenons l’exemple du grave accident qui s’est passé à St Laurent des Eaux, dans le Loir et Cher en 1969.

Il y a eu fusion partielle de 50 kilos d’uranium.

Mais plus grave, le même accident s’est produit dans la même centrale en 1980, avec 20 kilos de combustible radioactif en fusion, ce dernier étant beaucoup plus dangereux que le précédent.

411 employés d’EDF avaient été envoyés sur place pour nettoyer le site, avec des outils de fortune, et c’est à la suite de ça qu’EDF a décidé de faire appel pour ce genre d’intervention à risque à des sous-traitants, échappant ainsi aux contrôles sévères qui sont habituellement la règle chez EDF. lien

Depuis, ils sont actuellement 30 000 sous-traiteurs du nucléaire, payés très modestement, à intervenir pour des « opérations de maintenance », mettant leur vie en danger.

En effet, comme témoigne Philippe Billard « après 22 ans d’exposition en centrale nucléaire, je ne gagnais que 1496 € brut en fin de carrière ». lien

Un autre exemple ?

Qui sait aujourd’hui que le 27 décembre 1999 la ville de Bordeaux a failli être évacuée ?

C’est pourtant la stricte vérité.

Suite à la tempête Martin, suivie d’une inondation, la centrale du Blayais se retrouve entourée par les eaux, et 3 des 4 réacteurs sont considérés comme perdus. Il est 20h.

La centrale va se retrouver coupée du monde pendant 13 heures, avec ses 50 employés.

Une surtension sur le réseau électrique va provoquer l’arrêt d’urgence de 2 réacteurs, et il faut faire appel à un groupe électrogène pour assurer le refroidissement des 2 cœurs.

Une fois la route dégagée, la relève arrive, et une heure plus tard le courant est rétabli.

On se croit sauvés, mais hélas à 0h30 des débris charriés par la Gironde bouchent une pompe de refroidissement, et les galeries techniques sont noyées par une eau boueuse qui envahit le bâtiment de stockage du combustible, provoquant la perte de 2 systèmes essentiels à la sûreté. lien

Le local qui abrite les 2 stations de pompage du circuit de refroidissement du réacteur est inondé.

Pourtant l’accident ne sera classé que 2 sur l’échelle qui compte 7 échelons. lien

On sera passé à deux doigts de la catastrophe, et Juppé, alors maire de Bordeaux, avait envisagé l’évacuation de sa ville. lien

C’est à mettre en parallèle avec la déclaration d’Eric Besson : « toutes les centrales françaises ont été conçues en intégrant le risque sismique et le risque inondation » appuyé dans cette déclaration par notre autocrate présidentiel. lien

Ce que contestent de nombreux scientifiques lesquels affirment que 16 réacteurs français courent le risque d’une inondation. lien

Quant aux risques sismiques, l’association « sortir du nucléaire » a affirmé en 2007 « qu’EDF avait falsifié les données sismiques, pour ne pas supporter des travaux de mise aux normes onéreux ». lien

Tout comme pour Tokyo, les parisiens pourraient s’inquiéter, car on apprend par la préfecture de police de Paris, qu’aucun plan n’est prévu pour la protection des habitants, en cas d’accident dans une centrale nucléaire, alors que 7 sites regroupant 18 réacteurs sont tous dans un rayon de 225 km. Lien.

Sur ce lien, on peut signer la pétition qui réclame un référendum pour la sortie du nucléaire.

Combien faudra-t-il de Tchernobyl ou de Fukushima pour que les dirigeants de la planète se décident enfin à abandonner cette énergie ?

D’autant que si la décision était prise dans les jours qui viennent, il faudrait encore 20 ou 30 ans avant que tout danger soit écarté, et qu’il est possible des demain de mettre en place un projet alternatif, sans le charbon, le pétrole, ou le nucléaire, qui permette de fournir toute l’énergie suffisante aux habitants de cette planète. lien

Faudra-t-il un troisième accident majeur ?

Comme dit mon vieil ami africain :

« vivre dans la peur n’est que vivre à moitié »

L’image illustrant l’article provient de « latelelibre.fr »

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