Fukushima, le syndrome japonais

Alors que dans les rangs de la nucléocratie, on s’ingénie à minimiser, quitte à dissimuler une partie de la vérité, le corium est manifestement en train d’attaquer le béton, après avoir traversé l’acier du réacteur.

Sommes-nous en présence du fameux syndrome chinois évoqué pour la première fois par le physicien Ralph Lapp, en 1971, se basant sur les rapports d’une équipe de physiciens publié en 1967 sous la houlette de Docteur W.K. Ergen ? lien

On peut le résumer ainsi :

Les éléments en fusion du cœur du réacteur nucléaire se transforment en corium, sorte de magma atteignant des températures énormes (entre 2000 et 3000 degrés) et qui après avoir percé l’acier de la cuve du réacteur, traverse à son tour le béton, puis atteignant la terre, s’enfonce sans qu’il soit possible de savoir où il s’arrêtera en détruisant tout ce qu’il trouve sur son passage. lien

Il est composé des assemblages d’uranium et de plutonium fondus, et des gaines métalliques qui les entourent, et inexorablement, profitant des fissures du béton provoquées  par le séisme, il s’enfoncerait dans le sol.

Certains sont convaincus qu’il ne pourrait descendre indéfiniment en direction du cœur de la planète.

On peut voir les images de ce scénario sur ce lien.

Monique Sené, physicienne cofondatrice du GSIEN (groupement des scientifiques pour l’information sur l’énergie nucléaire) affirme :

« C’est une question de jour, au mieux de semaines, le cœur en fusion du réacteur n°3, qui, selon toute vraisemblance a déjà percé la cuve en acier, va commencer à ronger le béton de l’enceinte de confinement » « le Point » n°2011/page 74

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Les 7 000 tonnes d’eau déversées depuis des jours et des jours, ont, dans un premier temps, ralenti sa progression, mais le feu nucléaire est là, bien présent dans le fond, à preuve les traces de plutonium découvertes à l’extérieur.

Tchernobyl pourrait bien être détrôné par ce qui se prépare, car à Fukushima, la bataille pour sauver les 4 réacteurs est perdue (lien).

Greenpeace a d’ailleurs demandé que l’accident de Fukushima soit classé au même niveau (7) que Tchernobyl. lien

Pour ce réacteur n° 3, nous sommes en face de 94 tonnes d’uranium et de plutonium, qui lorsque le corium aura quitté la cuve, vont fatalement rencontrer à un moment ou à un autre, une grosse quantité d’eau. photo

Dans une nappe d’eau située à 15 mètres sous la centrale nucléaire, on a déjà trouvé une forte condensation d’iode radioactif 131. lien

Comme l’explique Yves Mérignac, directeur du service d’étude et d’information sur l’énergie Wise-Paris « si le combustible trouve sur sa route une grosse quantité d’eau de mer (…) on risque une explosion de vapeur (…) cette situation n’a jamais été modélisée. On ne sait pas ce qui se passe en cas de fusion du cœur ».

A Tchernobyl, on avait envoyé à une mort certaine des centaines d’ouvriers pour creuser une galerie sous la dalle du réacteur, pour y couler une autre couche de béton.

Mais en ce qui concerne Fukushima, il semble bien trop tard pour mener pareille opération, et depuis Tchernobyl, il y a moins d’amateurs pour aller risquer leurs peaux dans ce genre d’opération.

Toujours au sujet du réacteur n° 3, un responsable de Tepco à déclaré à l’AFP: « il est possible que la cuve contenant les barres de combustible dans le réacteur n°3 soit endommagé ». Ce qui est une litote.

La rupture de la cuve du réacteur pourrait alors déclencher une réaction en chaine catastrophique.

« On n’avait pas eu de mauvaises nouvelles depuis plusieurs jours, aujourd’hui, on en a une » à déclaré Jean Jacques Dumont, commissaire de l’ASN (Autorité de sureté nucléaire française).

Thierry Charles, directeur de la sureté des installations décrit la situation : « les efforts de Tepco pour refroidir le cœur des réacteurs 1,2 et 3 n’ont pas été suffisants pour empêcher leur fusion, au moins partielle. Les barres de combustible cassent, faisant fondre les gaines, ce qui crée un mélange de fusion, le corium. Dans cette hypothèse, celui-ci se dépose dans le fond de la cuve en acier et la fait fondre. Il s’écoule alors sur l’enceinte de confinement en béton, produisant des gaz explosifs. La vapeur d’eau qui remplit l’enceinte est censée empêcher toute déflagration au contact de l’air (…) l’enceinte de confinement en béton, précédemment endommagée est « fuyarde » l’hypothèse d’une explosion au contact de l’air n’est donc pas à exclure ». lien

Quant au réacteur n° 2, une grosse « fissure » d’une vingtaine de centimètre de large à été découverte sur une structure du réacteur, et l’eau radioactive s’échappe directement dans la mer.

Un « responsable » de TEPCO à déclaré « le 1er avril, vers 9h30, les ouvriers ont découvert que de l’eau d’une radioactivité de 1 000 mSv/h s’écoulait dans la mer par cette fissure ». lien

André-Claude Lacoste, président de l’ASN confirme que la pollution radioactive s’étend bien au-delà d’un rayon de 100 km autour du site, (lien) mais les autorités japonaises n’entendent toujours pas élargir la zone d’exclusion, toujours fixée à 20 km autour du site. lien

Sur cette image, on voit que l’élargissement de la zone pourrait concerner l’évacuation de près de 47 millions d’habitants.

D’autant que l’autre centrale, celle de Fukushima Daini, située à 10km de Fukushima Daiichi, semble connaitre quelques problèmes à son tour. lien

Chez nous, en France, même si l’IRSN affirme que les quantités de radioactivité présentes dans l’air sont infimes, il ne faut pas oublier que ce « nuage » ne passe pas au dessus de nos têtes un seul jour, mais passe en continu tant que les réacteurs japonais continuent de relâcher leur pollution. lien

Pour voir le résultat des balises IRSN, c’est.

La CRIIRAD rappelle aussi que les balises de l’IRSN ne sont pas assez performantes pour mesurer précisément toute la radioactivité.

Par contre, il existe une soixantaine de balises positionnées à plusieurs endroits de la planète, lesquelles sont bien plus efficaces, mais dont les résultats restent confidentiels, malgré les demandes réitérées de la CRIIRAD de les rendre publiques, laquelle vient de lancer une pétition pour obtenir gain de cause. lien

De plus, la pluie tombée ces dernièrs jours à manifestement plaqué les particules radioactives sur le sol, et cette pollution s’accumulant jour après jours dans les plantes, notamment celles à larges feuilles (salades, épinards…) pourrait bien atteindre et dépasser la norme autorisée. lien

Pour mémoire, sur ce lien, les normes fixées par la commission européenne qu’il ne faut pas dépasser, en ce qui concerne la viande, ou les légumes, tout en rappelant que la norme n’empêche  pas le danger.

Corine Castanier, directrice de la CRIIRAD s’étonne aussi que les pilules d’iode  n’aient pas été distribuées dans un rayon de 100 à 150 km autour de la centrale. lien

Rappelons qu’à Tchernobyl, il n’y avait qu’un seul réacteur, et que la distance avec Paris était de 2000 km, or nous sommes à 9 500 km de Fukushima, mais il y a beaucoup plus de réacteurs en difficulté, et dans le réacteur n° 3 il y a du plutonium, ce qui est beaucoup plus préoccupant que le césium de Tchernobyl. lien

Restons en France, 1 107 incidents nucléaires on été comptabilisés en 2010, on apprend qu’un moratoire, refusé par Nicolas Sarközi, serait demandé par l’ASN en ce qui concerne l’EPR de Flamanville (lien), l’Allemagne, la Suisse, et le Conseil régional de Franche Comté ayant demandé l’arrêt immédiat de Fessenheim. lien

Denis Baupin, maire adjoint de Paris accuse Nicolas Sarközi d’aveuglement scientiste. lien

Une pétition pour la fermeture immédiate de Fessenheim est lancée sur ce lien.

Angela Merckel s’est définitivement prononcé pour sortir l’Allemagne du nucléaire. lien

Les Suisses qui exigent la fermeture de la centrale allemande Beznau1 pourraient obtenir facilement gain de cause. lien

L’Espagne, pour sa part, a définitivement tourné la page du nucléaire puisque pour la première fois l’ensemble des énergies renouvelables ont fourni 42,2% de l’énergie consommée. lien

L’Afrique emboite le pas au mouvement, en annulant une commande de centrale atomique flottante. lien

La Suisse à mis ses centrales à l’examen et les résultats des rapports remis à l’inspection fédérale de la sécurité nucléaire suisse, seront communiqués début mai. lien

Quant à l’opération « Tchernobyl day », lancée le 2 avril, jusqu’au 26 avril, il est probable qu’elle sera couronnée de succès. lien

Nul ne sait ce qui nous attend demain, car comme dit mon vieil ami africain : « ne crache pas dans le puits, il se peut que tu aies besoin d’en boire l’eau un jour ».

L’image illustrant l’article provient de « over-blog.com »

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