G 20: le crépuscule de l’Occident

La guerre des monnaies qui se déroule sous nos yeux ne sera certainement pas réglée ni ne trouvera une issue « pacifique » à l’occasion du prochain G 20 à Séoul. Car ce phénomène consistant à l’appréciation des devises des nations en pleine expansion inversement proportionnelle à la débâcle du billet vert reflète tout simplement le glissement du pouvoir depuis notre Occident en faveur de ces nations. Ce ré équilibrage – dont je me félicite du reste – est intervenu ou, à tout le moins, a été précipité par la crise économique et financière qui n’en finit plus de se déchaîner contre les pays anciennement qualifiés de « développés ». Ainsi, alors que l’Occident lutte quotidiennement pour s’assurer une croissance minimale, certaines nations – autrefois affublées du qualificatif bienveillant d’ »émergentes » – surfent sur des vagues de croissance impressionnantes.

Les retombées de la crise ont en effet été extrêmement lourdes de conséquences pour l’ancienne élite des nations qui composait naguère le G 7. Le Japon, qui en est un des pays ayant été les plus durement touchés, doit aujourd’hui affronter et tenter de rectifier une grave crise de sa gouvernance doublée d’un déficit démographique significatif et de ce que l’on peut se risquer à qualifier de crise existentielle… notamment (mais pas seulement) provoquée par la perte (au profit de la Chine) de son statut de deuxième économie mondiale. Quant à l’Europe dont on avait pensé un temps qu’elle avait surmonté les affres financières venant des Etats-Unis, elle a subi un choc d’une violence inouïe déclenché il y a un peu moins d’une année à la faveur des tourmentes grecques. Ayant mis implacablement en évidence les écarts de compétitivité au sein des membres de l’Union, ayant mis en doute jusqu’à l’existence et le bien fondé mêmes de cette Union, les épisodes Européens dramatiques qui se sont succédés entre la fin 2009 et l’été 2010 ont en outre révélé des problèmes politiques intra Européens qui avaient été refoulés depuis des années.

La déconfiture de cette « Europe de tous les égoïsmes » – pour reprendre ma formule utilisée dans un précédent article – a en réalité symbolisé le dernier jalon de cette déchéance de l’Occident. Fin de sa domination économique et financière donc mais également fin de son emprise idéologique car, tandis que les crises précédentes étaient principalement des épisodes nés au sein même des pays émergents (crise Asiatique ou Russe des années 90), les tourmentes présentes résultent directement des abus de l’Ouest et, en l’occurrence de son sanctuaire, les Etats-Unis. Que reste-t-il aujourd’hui de cette économie Américaine – qui brasse annuellement 14’000 milliards de dollars – naguère encore traitée avec déférence parce que considérée à juste titre comme la locomotive du monde? L’innovation, l’avance technologique et, surtout, l’esprit d’entreprise des Américains sont certes intacts mais leur hégémonie appartient bel et bien au passé. Croulant sous le poids de dépenses militaires tout à fait superflues, ne pouvant plus compter sur une industrie qui se retrouve en lambeaux, les Etats-Unis s’étranglent quotidiennement du fait de leur endettement public avoisinant 100% de leur P.I.B. … et condamné à s’aggraver dans les cinq années à venir.

Ne misez donc plus sur une prospérité économique qui nous viendrait de l’Ouest. Attendez-vous en revanche à un regain des réflexes protectionnistes, mercantilistes et des autres instincts conflictuels qui marquent la fin des Empires.

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