Gérer la transition

L’inprogrammable est l’esssentiel du tertiaire, mais il n’est pas tout le tertiaire. Il faut établir clairement la distinction entre tertiaire et inprogrammable et mettre en place une structure de gestion de ce secteur qui satisfasse aux exigences de toutes les activités de production d’intangible, cclles dont le résultat n’est pas une chose mais seulement une satisfaction.

Il faut gérer les activités tertiaires programmées, tout comme celles qui ne le sont pas. Il faut aussi relever le défi de diriger la transformation de celles-ci en celles-la et encourager la programmation incessante des activités non programmées, car ce sont les activités que l’on réussit à programmer qui sont la clef de l’avenir. Une société d’économie tertiaire doit déployer tous ses efforts pour que soient identifiés et programmés au plus tôt les nouveaux éléments spécifiques à chaque service que la technique rend un à un programmables.

Cet effort constant de programmation/automation – à l’opposé des manoeuvres de la société actuelle, obnubilée par le désir de préserver des emplois au profit de la structure industrielle à laquelle elle s’identifie – constitue un volet primordial de la gestion du secteur tertiaire. C’est le plus déterminant dans ses effets à long terme et c’est aussi le plus exigeant.

Chaque service programmé veut dire un exode de main-d’œuvre, une formation réadaptée, une rémunération revue, un accès différent à ce service, une hiérarchie sociale subtilement changée, un rôle modifié pour l’État.

Un exode des travailleurs, d’abord; tout part de là. Le service programmé ne procure plus de travail qu’à une fraction de ceux qui l’offraient auparavant. C’est le but même de l’exercice ! Cet exode de main-d’oeuvre doit nécessairement être vers les activités qui demeurent non-programmées.

On répondra d’autant mieux à ce défi que l’on prendra la peine de donner à ces travailleurs déplacés une formation professionnelle suffisante pour qu’ils répondent à un vrai besoin et qu’on ne se contentera pas d’un dressage – ou de rien du tout ! – avant de les affecter à de « petits boulots » dont la valeur ajoutée est moindre que celle des services qu’ils rendaient auparavant. Leur formation antérieure devra parfois être totalement remplacée par une autre. Un nouveau départ. Beaucoup d’émotions.

On dira « chanceux » ceux qui garderont leur emploi pour continuer à offrir le service programmé dans un contexte de mécanisation, mais ce seront eux les vrais perdants, même si on ne le leur dit pas, car on ajoutera bien un peu à ce qu’ils savaient déjà, mais c’est tout leur bagage de connaissances acquises qui devient désuet pour tout ce dont la machine a pris charge.

Une Nouvelle Société verra à ce que leur rémunération ne soit pas remise en question, mais ils seront néanmoins professionnellement déclassés par la mécanisation de leur fonction, en proportion directe de leur tâches qui l’auront été. Peut-être sans même en être conscients, ils seront sur la voie de garage, car la tertiarisation est en marche. Même si leur rémunération ne change pas leur statut professionnel est modifié et peut être aussi, plus subtilement, leur statut social. Encore plus d’émotions…

C’est un problème grave à regler pour une société qui passe au tertiaire. L’État doit intervenir de plus près dans la formation, la classification, la rémunération. C’est une tâche ardue, mais qui en vaut la peine, car la programmation progressive des services est désormais la forme la plus visible que prendra l’évolution de la société elle-même. C’est en acceptant le défi de programmer tout ce qui est programmable que l’État accepte de mettre en place une Nouvelle Société.

La plupart des fonctions du secteur tertiaire sont en instance de programmation pour une bonne partie de leurs tâches, bien au-delà de ce qu’on en peut prévoir. La gestion correcte du secteur tertiaire implique que cette automation se fasse sans heurts. Au rythme des avancées technologiques, mais aussi de la réceptivité sociale aux changements que cette mutation signifie. Il faut bâtir une structure du tertiaire capable d’accélérer cette programmation de tout ce qui peut l’être.

Il faut aussi accommoder l’intégration des activités nouvellement programmées à la structure de gestion des services, sans nuire au fonctionnement de celles qui ne le sont pas encore ou ne le seront jamais. On ne peut avacer vers l’abondance en services qu’en créant un secteur tertiaire dont un nombre croissant des activités seront programmées. La programmation d’un service en permet la jouissance à une partie plus vaste de la population qui autrement n’y aurait pas accès.

Il est hypocrite et malhonnête, cependant, de prétendre que les services programmés seront tous et toujours surabondants, car la demande pour les services est infinie. Or, aussi longtemps qu’un bien n’est pas surabondant, il y a nécessairement des files d’attente… On ne peut que choisir les coupe-files. De même, la vision angélique qu’on pourra toujours offrir à tous des services programmés même niveau de qualité que les services « humains » qu’ils remplacent est une illusion perfide.

Il faut dire avec une totale transparence que les nouveaux services programmés, coexisteronnt lontgtemps et sans doute indéfiniment avec les services rendus « à l’ancienne » par des travailleurs. Il faut l’accepter et c’est ce qui créera le défi pour une amélioration constante des services programmés.

Une Nouvelle Société propose une structure d’agencement des ressources humaines conçue essentiellement pour optimiser les activités inprogrammables, mais une structure qui veille aussi à ce que soit vite programmé tout ce qui peut l’être et à ce que soit ensuite géré efficacement tout ce qui l’aura été.

Pierre JC Allard

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