Geronimo est mort deux fois

Depuis que les USA ont utilisé le nom du chaman indien Geronimo pour l’opération destinée à éliminer, semble-t-il, Oussama Ben Laden, on peut, sans risque de se tromper beaucoup, affirmer que Geronimo est mort 2 fois, et peut-être même 3.

Avant de s’intéresser à Geronimo, il est étrange de constater que les américains, après avoir réduit à la portion congrue la nation indienne, ont utilisé le mot Tomawak, (lien) qui était l’arme bien connue des indiens, pour baptiser un missile, et ont donné le nom d’Apache à un hélicoptère de guerre porteur de missiles. lien

Cet amalgame discutable résume bien le paradoxe américain, car l’utilisation du nom de Geronimo pour l’opération menée par les soldats américains semble peu judicieuse.

Elle a d’ailleurs provoqué la juste colère des représentants de la nation indienne, qui ont assez mal vécu que le nom de leur célèbre héros soit utilisé pour une telle opération.

Mais venons-en à Geronimo.

Car il faut bien le préciser ici, Geronimo n’était pas, contrairement à ce qui est souvent affirmé, un chef indien, mais bel et bien un Chaman, qui aura passé sa vie à tenter de venger sa famille assassinée lâchement par des militaires.

En effet, celui qui baille, (Go Kha Yeh ou Goyakla selon d’autres sources) totem de Geronimo, de la tribu des Apaches, n’a jamais été un Chef, mais un Chaman (homme-médecine) et un guerrier respecté.

Il etait plutôt considéré comme un chef de bande, et non chef de tribu, bande qui n’était composée que d’une petite cinquantaine de membres.

Le meurtre de sa femme, de sa mère, et de ses trois enfants par l’armée mexicaine l’aura décidé à se révolter, et c’est en les vengeant un certain 30 septembre 1859, le jour de la st Jérôme, qu’il choisira ce nouveau nom. lien

Plus tard, sa nouvelle femme sera elle aussi assassinée, ainsi que le fils qu’elle avait eu avec lui, par les Mexicains.

On peut légitimement juger que la vengeance de Geronimo était fondée sur des faits graves, car comment rester sans réagir, lorsque par deux fois, sa propre famille est massacrée ?

Lorsqu’entre 1871 et 1873, le général Crook procède à la « pacification », laquelle conduit les Apaches à être cantonnés dans une réserve, Geronimo refuse cette prison dorée.

Il faut ajouter que, Cochise, et Mangas Coloradas, les grands chefs Apaches Chiricahuas, avec Geronimo à leurs cotés, après avoir menée pendant 10 ans la guerre contre les Etats Unis, vont finalement écouter le conseil d’un certain Tom Jefford, et accepter la création d’une réserve sur leur ancien territoire en 1871.

Mais en 1876, pour d’obscures raisons, cette réserve est fermée par les autorités américaines, et les Chiricahuas sont déportés sur une terre aride et désertique appelée San Carlos.

Geronimo et deux autres apaches (Naiche et Juh) vont s’enfuir, seront rattrapés et remis dans leur réserve.

Quelques mois plus tard, Geronimo va s’enfuir de nouveau, et vit de pillages au Mexique, avant de retourner à San Carlos en 1879.

C’est la mort d’un de leur leader spirituel, Nochedelklinne, assassiné en septembre 1881 par les soldats américains, qui va décider Geronimo, Naiche et Juh, à reprendre le combat.

Ils vont mener des expéditions punitives contre les colons, et finiront par se rendre.

Mais après l’arrestation d’un guerrier apache, Ka Ya Ten Nae, Geronimo s’enfuit de nouveau de la réserve de San Carlos, le 17 mai 1885, avec 35 guerriers, et 109 femmes et enfants.

Depuis le Mexique, il va mener des raids meurtriers en Arizona, et au Nouveau Mexique, avant d’être finalement capturé en mars 1886.

Après de longues palabres avec le général Crook, il accepte de regagner la réserve, avant de s’échapper de nouveau, accompagné d’une quinzaine de guerriers, de quelques femmes, et enfants.

Après la démission de Crook, c’est le Général Nelson A. Miles qui est chargé de le poursuivre, avec 5000 hommes, des milliers de volontaires,  3000 soldats mexicains et 500 auxiliaires indiens. lien

La résistance de Geronimo va durer 5 mois, et il finira par se rendre une dernière fois un 4 septembre 1886, avec 16 guerriers, 12 femmes et 6 enfants.

Placé sous surveillance militaire en Floride avec 14 de ses guerriers, il sera amené en Oklahoma en 1887, à Fort Sill, se convertira au christianisme, et quittera ce bas monde un 17 février 1909 des suites d’une pneumonie.

Il avait 79 ans. lien

Aujourd’hui, on pourrait logiquement imaginer que Geronimo se retourne dans sa tombe voyant son nom utilisé pour l’opération américaine visant à l’élimination physique d’Oussama Ben Laden.

Il fallait écouter le journal de Stéphane Paoli en présence de Jean-Michel Ribes, au Théâtre du Rond Point, lors de son émission en direct, « 3D » du dimanche 8 mai 2011, lequel avait invité Olivier Delavault, auteur d’un livre sur la biographie de Geronimo paru en 2007 chez Gallimard, pour se faire une opinion sur la question de l’utilisation de son nom pour l’opération militaire pakistanaise.

Etaient présents aussi l’analyste politico militaire quebecquois Colin Geraghty, Hervé Ascensio, professeur de droit international à la Sorbonne, et Jean-Pierre Winter, Psychanalyste.

Quant à Ben Laden, sa mort pose plus de questions que de réponses, et ils sont de plus en plus nombreux à se poser les questions qui dérangent.

Comme le dit Tariq Ramadan, pourquoi, au lieu de le tuer, ne l’a-t-on pas capturé, afin qu’il soit jugé, et qu’il puisse s’exprimer ?

D’autant que sa disparition ne résout rien, puisque ces réseaux fonctionnent de façon assez indépendante.

Pourquoi aussi avoir argumenté l’immersion en mer, prétendant que cela faisait partie des rites islamiques, ce qui est totalement faux ? lien

Il est naturellement tentant de traiter de « complotistes » ceux qui auraient le mauvais gout d’avoir des doutes sur ce qui s’est réellement passé.

Les contradictions opposables sont nombreuses, et font naitre des doutes tout a fait justifiés.

Ou est passé l’hélicoptère qui s’est crashé contre un mur de la propriété de Ben Laden ?

Pourquoi avoir proposé une photo truquée du visage de Ben Laden ?

Certains n’hésitent pas à se lancer dans des théories fragiles, expliquant que Ben Laden était déjà mort, bien avant l’opération.

Ce qui est certain c’est que la justice, lorsqu’elle veut mériter ce nom, ne peut pas être apparentée à  la vengeance, et ce qui s’est passé au Pakistan .ressemble plus à un lynchage, tradition chère à une Amérique du passé.

Alors comme disait mon vieil ami, qui pour une fois sera l’indien Geronimo : «quand le dernier arbre sera abattu, quand la dernière rivière aura été empoisonnée, quand le dernier poisson aura été péché, alors on saura que l’argent ne se mange pas »

L’image illustrant l’article provient de « terrarosso.com »

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