Guerres : doit-on toujours souhaiter la victoire de son pays ?

LE YETI

Chaque nouvelle épopée guerrière menée au nom de son pays pose la délicate question de conscience du soutien patriotique réclamé à chaque citoyen. En Afghanistan, en Libye, dans le Sahel africain aujourd’hui, les citoyens sont-ils tenus de faire taire tout esprit critique et d’appeler sans nuance à la victoire en chantant ?

Certains, pourtant opposants déclarés à ces aventures, répondent par l’affirmative :

« J’espère que ce sera une victoire, et c’est une victoire de l’armée française, personne ne peut douter de cela » (Jean-Luc Mélenchon, Europe 1, 28 janvier)

« Not in my name »

Eh bien si, d’autres doutent. Et en ce qui me concerne, c’est même carrément non. Pas plus qu’on ne saurait reprocher aux Allemands de ne pas avoir soutenu la barbarie nazie, ou à nos oncles et tantes d’avoir condamné les opérations de “pacification” dans l’Algérie des années 50/60, je ne me sens pas tenu aujourd’hui de souhaiter la victoire de mon pays dans les guerres d’occupation qu’il mène en mon nom. « Not in my name ! »

Passons sur les prétextes fallacieux que nous assène la propagande. La guerre du Sahel ne vise pas à la libération de peuples opprimés ! Non, toutes ces dernières expéditions sanglantes ne sont pas menées dans l’intérêt des citoyens de mon pays. Les citoyens, eux, paieront juste les frais de personnel, de matériel et à l’occasion les pots cassés.

Ces interventions agressives répondent à des considérations géopolitiques douteuses et ne défendent les intérêts privés de quelques multinationales plus préoccupées par la teneur en uranium ou en pétrole des territoires occupés que par la défense du droit des femmes musulmanes ou des poignets tranchés des indigènes.

Oui, Je déplore les inévitables accidents du travail qui entraineront la mort de quelques soldats professionnels. Mais au même titre que je déplore ceux survenus dans n’importe quelles de nos usines ou les suicides du personnel de telle ou telle entreprise. De là à sacrifier à la glu des condoléances patriotardes, non.

Ennemis ici, alliés de circonstance là-bas

Mais alors, s’écrieront les esprits binaires, si t’es pas avec nous, c’est que t’es avec eux ?

Avec qui ? Avec ces fous furieux qui bousillent les monuments publics, détruisent les traces historiques qui ne leur conviennent pas ? Avec ces tordus qui mutilent les vies humaines qui n’ont pas l’heur d’abonder dans leurs croyances allumées ? Non, manquerait plus que ça !

Remarquons juste que ces ennemis d’ici (le Mali) deviennent vite des alliés opportuns d’ailleurs (la Libye, la Syrie, l’Arabie saoudite, le Qatar…). Que ceux dont on combat l’obscurantisme quand ils contestent “nos” gisements miniers, sont ailleurs invités à financer nos équipes de foot, nos banlieues déshéritées ou à acheter dare-dare les coucous improbables de notre industrie aéronautique (le Rafale).

Non, mesdames messieurs, dans cette pétaudière, je ne soutiendrai ni “nous”, ni “eux”. Pas plus que je ne me suis senti contraint, au nom de je ne sais quelle obligation “démocratique”, de voter pour une bande rosâtre au seul prétexte qu’elle paraissait moins sinistre que la meute bleue d’en face. Avec les mêmes désespérants résultats.

Comme beaucoup, je me retrouve contraint de contempler impuissant l’étendue du désastre. Je me contenterai donc de tenir vaillamment la chronique d’un voyage en la circonstance bien désolant. Qu’y puis-je, moi, si le paysage en est dévasté par des malfaisants ?

« Pourquoi devrait-on choisir entre la peste et le choléra ? Pourquoi devrait-on préférer le choléra sous prétexte qu’il s’agit d’un choléra français ? » (Ermite, riverain de Rue89)

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