La guidance

La fonction de guider a toujours existé. Elle est implicite dans le concept social de famille et dans ceux de minorité et de tutorat. Elle prend un sens particulier dans la relation maître-disciple inhérente à une véritable éducation et elle est un non-dit dans toute relation entre un patient et son médecin.

On lui a vite donné une structure formelle au sein des religions – et les confesseurs sont apparus, dont quelques éminences grises – puis, Dieu parti, la psychiatrie moderne a pris la relève. Quand on parle de service de guidance, on n’invente rien. Mais tout ça, se faisait dans un monde bien simple… Le monde est maintenant devenu bien complexe.

L’orientation,le mentorat, la « guidance », sous tous ses aspects, est sans doute devenue le plus fondamental des services à rendre. Le plus difficile à cerner aussi et à contrôler dans son exercice. Car tout le monde veut, a droit et obtient aujourd’hui une liberté de choix pour laquelle il ne PEUT PAS posséder toutes les innombrables compétences qui lui permettraient de l’exercer intelligemment.

Nous avons déjà parlé de la perplexité du consommateur, acheteur de quoi que ce soit, qui ne trouve devant lui que des vendeurs, tous âpres au gain, tous avec leurs propres intérêts qui sont tous les intérêts sauf les siens et qui n’a pas de saint auquel se vouer. Nous avons suggéré la solution de « conseillers » et nous croyons qu’elle s’imposera. C’est un exemple du service de guidance en application

Nous avons parlé aussi du citoyen contribuable-administré, bien démuni devant la Jaggernauth de l’État, lequel est là en principe pour l’aider, mais qui peut l’écraser par morgue, bêtise ou simple inadvertance. Nous avons suggéré que se constitue un corps de « cicérones », connaissant tout des méandres de l’État et qui prendront fait et cause pour le citoyen dans toutes ses démarches avec l’Administration. Ce cicérone, choisi par l’individu, mais payé par l’État, est un autre exemple concret du service de guidance dont nous parlons ici

Sur un autre plan, nous avons déjà soulevé la question du hiatus abyssal entre le citoyen électeur et celui qui, en théorie, le représente dans le processus démocratique de gouvernance. Son « Président- Premier Ministre » au premier chef, bien sûr, mais aussi son député, ses représentants régionaux et même le maire élu de toute agglomération municipale un peu populeuse. A ce problème nous avons suggéré que l’on réponde par des paliers intermédiaires de représentation. « Conseillers » et « Grands Électeurs », plus près de l’individu et pouvant redonnent à celui-ci une plus grande familiarité de ce pouvoir qu’on dit qu’il possède dans une démocratie.

En l’absence de ces intermédiaires a son service – et qu’il doit avoir choisis parce qu’il les connait et non parce qu’on les lui a pas assignés d’office en gardant leur vraie loyauté en otage ! – l’individu n’est pas représenté. La démocratie dont on parle tant n’est qu’un leurre, un piège a cons, une manipulation éhontée reposant sur un contrôle total des médias et complétée au besoin par des opérations ponctuelles de corruptions.

L’individu doit être guidé dans toutes les sphères de sa vie. Ce qui est un terrible dilemme, car personne ne peut plus tromper et mieux trahir que celui qu’on a investi de la fonction de guide. Les mesures mises en place pour assurer leur bonne foi devront donc pousser à son extrême limite la notion de « check and balance » chère à ceux qui ont créé les Etats-Unis d’Amérique.

Il faut éviter, surtout, que ne s’installe dès le départ un conflit d’intérêt systémique entre celui qui guide et celui qui est guidé, comme ce porte à faux permanent que nous avons dénoncé entre l’avocat et son client.

Comment arrivera-t-on à ce que naisse un classe professionnelle de conseillers-guides en tout genre qui auront l’honnêteté qu’on attend d’eux ? Inutile de prédéterminer ici des mécanismes et des moyens puisque, par leur fonction même, ces guides auront la clef du coffre, quelle que soit la fréquence avec laquelle on changera la combinaison.

Evidemment on pourra être sans pitié dans la punition de ceux qui fauteront, mais il n’existe pas de cas connu où la menace d’une punition ait garanti une bonne conduite absolue. La motivation doit être « internalisée » et il faut donc espérer un changement de paradigme, un renversement de la moralité publique telle que la pensée moderne l’a maintenant façonnée.

Un espoir qui semble bien naïf, mais nous avons l’atout secret de abondance. À la mesure où la richesse sociétale augmente et se redistribue plus équitablement, grâce à l’interdépendance entre les acteurs, les biens matériels deviennent plus facilement accessibles et les valeurs intangibles acquièrent plus d’importance. Nous sommes à grimper collectivement sur l’échelle de Maslow…. On pourrait rejoindre la loyauté.

Nous pouvons aider le processus en accordant à ceux qui ont cette responsabilité de « guides » le respect social qu’ils méritent, comme la sagesse populaire l’a longtemps accordé à ceux qui s’identifiaient aux valeurs religieuses et l’accorde encore souvent aux médecins.

C’est une évolution sociale à suivre de près et l’une des grandes inconnues de la nouvelle société qui va se mettre en place.

Pierre JC Allard

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