Hausse du pétrole: un piège pour nos Banques Centrales ?

Les Banques Centrales seraient-elles sur le point de prendre de mauvaises décisions du fait de la flambée des tarifs énergétiques? Car il est incontestable qu’une éventuelle hausse des taux d’intérêts serait susceptible – tout comme le renchérissement des prix du pétrole – de rogner la croissance… A cet égard, révélatrice est la réaction des marchés obligataires qui devraient – théoriquement et « normalement » – s’effondrer et non s’apprécier comme c’est le cas suite à cette hausse des tarifs énergétiques. En d’autres termes, les investisseurs et les marchés considèrent – étrangement – ce phénomène comme … déflationniste! En réalité, comme nul ne sait quels seront les impacts de cette envolée pétrolière, il y a fort à parier que les établissements centraux les plus orthodoxes (comme notre chère BCE) ne tarderont pas à réagir en resserrant leur politique monétaire.

De fait, la BCE applique encore et toujours la règle classique dite de « Rotemberg et Woodford » qui stipule que 1% d’augmentation des prix pétroliers réduit la production de 0.25% sur les six mois à venir. C’est ainsi que certaines Banques Centrales estiment que les retombées de cette augmentation de l’ordre de 40% du pétrole seront absolument dévastatrices du point de vue inflationniste. Effectivement, Deutsche Bank – dont les avis sont religieusement écoutés à Francfort, siège de la BCE – a averti qu’un baril à 120 dollars propulserait les coûts énergétiques à 5.5% du P.I.B. global, seuil indiscutablement critique pour les économies et qui angoisse les responsables de nos politiques monétaires. Néanmoins, ces derniers risquent fort de prendre la mauvaise décision au mauvais moment, à l’instar de la faute impardonnable de la BCE ayant remonté ses taux en 2008 en pleine tourmentes financières par crainte des effets de la flambée pétrolière de l’époque…

Notre conjoncture actuelle n’est en effet en rien similaire à la spirale inflationniste ayant sévi dans les années 70 car la Masse Monétaire (M3) y était alors en pleine expansion et les pressions ascendantes sur les salaires incontestables. Ces phénomènes ne sont aujourd’hui pas d’actualité tout au moins dans les pays Occidentaux concernés et angoissés par le spectre de l’inflation. Il convient donc de ne pas être pris au piège de l’appréciation substantielle des matières premières qui n’est – aujourd’hui – que la résultante mécanique de l’engouement d’investisseurs et de spéculateurs persuadés de miser sur le bon cheval afin de tirer profit d’une inflation qu’ils jugent inévitables à cause des injections de liquidités américaines. La flambée de ces produits – y compris de certaines denrées alimentaires – ne se traduira ainsi pas systématiquement sur l’économie réelle sous la forme d’anticipations et d’actions de consommateurs et d’entreprises craignant un renchérissement généralisé du coût de la vie.

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