Henri IV, l’envers du galant

l’occasion de la commémoration de la mort de ce roi, des historiens, propose une autre lecture, aux antipodes de celle qu’on avait bien voulu nous inculquer.

Il y a 400 ans, et quelques jours, un nommé Ravaillac assassinait Henri IV, et une émission (vivre sa ville) consacrée à cet évènement donnait l’occasion, sur les ondes de France Culture, avec les commentaires de Jacques Pérot, et de Philippe Delorme, historiens et spécialistes d’Henri IV, d’en découvrir une autre vérité.

C’est entendu, Henri IV est l’inventeur de la poule au pot, et bardé de son fidèle ministre des finances aurait convaincu les français des bienfaits des deux mamelles de la France. (le labourage, et le pâturage…)

Mais le temps passant, l’image s’effrite.

le Roi semble avoir un caractère moins bienveillant qu’on a voulu nous faire croire.

Les actes ne sont pas toujours à l’avantage d’Henri IV : il est hâbleur, il promet plus qu’il ne tient, et c’est un impatient. lien

Sanguinaire et dépensier, il aime le luxe, le brillant (aujourd’hui on dirait le bling bling) pense d’abord à lui et à ses proches, pour lesquels il fait construire, ou améliorer des châteaux, des palais.

Pour s’en donner les moyens il accable les français d’impôts, lesquels, pour la grande majorité, n’en peuvent plus, et sont littéralement pris à la gorge.

Bien sur l’impôt direct est rééquilibré pour être « plus juste » : la taille qui rapportait 18 millions de livre en 1598, passa à moins de 14 millions en 1602, pour finir à 16 millions à la fin de son règne.

Sauf que pour compenser le « manque à gagner », ce sont les impôts indirects qui vont augmenter pour aller jusqu’à doubler entre 1600 et 1610. lien

En réalité, il écrasait les français d’impôts, ce qui expliquait en partie son impopularité.

On le voit, rien de nouveau sous le soleil.

2 jours avant la mort du Roi, une pauvre paysanne se pend avec ses six enfants parce qu’elle ne peut plus payer ses impôts.

Le Roi apprenant la nouvelle dit : « ce sont tous des canailles ».

Son adhésion à la religion catholique, pour laquelle il aurait prononcé cette phrase « Paris vaut bien une messe », est plus portée par la volonté de plaire au plus grand nombre que par une foi réelle.

Au point que lorsqu’on lui avait proposé de changer de religion, il aurait dit : « mais comment ? La dague à la gorge ».

Question bagatelle, on peut dire qu’il aimait courir le jupon, et que le fait d’être marié n’était pas un problème pour lui.

Des spécialistes ont essayé en vain de recenser ses maitresses,  et n’ont pu que conclure qu’elles se comptaient par dizaines. lien

Mais avant toute chose, il était champion en communication, et on peut même dire qu’il en a crée le concept.

A sa mort, il n’y eut pas moins de 38 oraisons funèbres, dont le moins qu’on puisse en dire c’est qu’elles manquaient d’objectivité, ainsi que le dit Jacques Pérot, qui évoque le mythe du « bon » Roi Henri. lien

Les titres de ces oraisons sont évocateurs, comme celui-ci, par exemple : « larmes et sanglots de la désolée France ».

Comme si le fait qu’il ait été assassiné faisait oublier la haine dont il était l’objet.

Ce qui frappe le plus, c’est que personne aujourd’hui, ou presque, ne se doute de l’impopularité et de la haine qu’il suscitait, et que son assassinat à fait pousser un grand « ouf ! » de soulagement à la grande majorité des français.

Comme le dit Philippe Delorme, historien et journaliste, auteur du livre « Henri IV, les réalités d’un mythe » (éditions de l’Archipel) : « on parle en effet d’un roi débonnaire, d’un conciliant, d’un réconciliateur, du roi tolérant, mais en réalité, ce roi qui était détesté des français de son vivant va être encensé, va devenir un mythe après sa mort, surtout au 18ème siècle, notamment grâce à Voltaire, puis au 19ème siècle grâce aux encyclopédistes qui vont faire d’Henri IV ce modèle du roi parfait, du roi attentif à son peuple alors que dans la réalité de son règne c’était très très différent (…) il gouvernait de manière autoritaire, et il écrasait les français d’impôts (…) quand il est mort, sa popularité était extrêmement basse (…) il a eu la chance de mourir au bon moment : les écrivains ont dit à ce moment : c’est un fait merveilleux de savoir mourir quand il faut (…) c’est  un roi qui a su créer autour de lui une légende. lien

Les journaux de son époque qui étaient payés par lui, ou par ses partisans le présentent comme un roi proche des gens, proche des paysans, comme cette anecdote de la poule au pot, qui est apocryphe (il est très probable qu’Henri IV n’a jamais parlé de poule au pot), (…) c’est un roi très dépensier, qui dépense pour ses maitresses (…) il dépense énormément d’argent au jeu »

Il est à ce point impopulaire, que le maréchal d’Ornano lui dit, un an avant sa mort : « aucun roi n’a jamais été détesté autant que vous ! »

Son assassinat, rue de la ferronnerie le 14 mai 1610 par François Ravaillac est du à un concours de circonstances, assez improbable :

Son carrosse fut bloqué par un bouchon, du à l’exigüité de la petite rue : il s’était placé é gauche dans le carrosse, d’ordinaire, il se mettait a droite, et son assassin étant gaucher vit ainsi son geste facilité.

Clin d’œil de l’histoire fait à l’actualité, puisque l’une des principales manifestations concernant Henri IV s’est tenu à Chantilly, cette petite ville dont l’on parle beaucoup ces temps ci, puisque le maire n’est autre que Mr Woerth, ministre du budget d’un certain Sarkozy.

Pas étonnant donc que le président Sarkozy ait déposé une magnifique gerbe pour honorer la mémoire de ce Roi.

Au moment ou une pseudo enquête,(puisque son directeur est aux ordres de l’Elysée), tente de blanchir le ministre du budget, c’est intéressant de se replonger dans l’histoire et d’en découvrir une réalité qui dérange.

Comme « médiapart » l’indique, l’ex-comptable de madame de Béttencourt confirme l’intégralité de son témoignage. lien

En résumé, il est clair que Sarkozy menacé tente de discréditer ce témoignage, et de pointer du doigt la presse qui le met en difficulté.

La boucle est bouclée, Henri IV a réussi a modifier son image avec la com, Sarkozy réussira-t-il ce challenge risqué ?

Laissons faire l’avenir.

Car comme disait mon vieil ami africain :

« L’ombre du pygmée est plus grande au soleil couchant ».

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