Hortefeux, Ciotti : contre le sursaut citoyen, la pathétique défense des xénophobes d’Etat

« Les manifestations contre la politique sécuritaire du gouvernement ont rassemblé samedi 77 300 personnes en France selon le ministère de l’Intérieur, alors que les organisateurs ont estimé le nombre de manifestants à 100 000, résume Le Monde, dans un article justement titré Après les manifestations contre sa politique sécuritaire, le gouvernement plastronne. Plastronner : « bomber le torse en prenant une attitude avantageuse » , définit Larousse. « Dès la dispersion des défilés, samedi, la droite était montée au créneau, d’abord pour minimiser l’ampleur des manifestations, ensuite pour critiquer les participants. » Voyons donc ce qu’ont bien pu dire ceux qu’une pancarte photographiée par Le Post désigne comme des « pastilles de Vichy » – et répondons ensuite à leurs mensonges et amalgames « Une telle manifestation hétéroclite, où se sont retrouvés une mosaïque de partis traditionnels mais aussi des groupuscules gauchistes et anarchistes, ne fait pas une politique.

Sous prétexte de vouloir défendre les droits de l’Homme, elle ne fait, en réalité, qu’accepter le laxisme, démontrer l’angélisme et refuser tout réalisme » , tente Brice Hortefeux qui, c’est amusant, porte justement sur notre photo une chemise… vichy. Déclaration dans la lignée de l’interview qui lui avait valu une place méritée dans notre rubrique Ferme ta gueule ! En quoi s’élever contre la xénophobie serait faire preuve d’ « angélisme » ? En quoi le « réalisme » imposerait-il de désigner un groupe ethnique à la vindicte populaire, en le stigmatisant comme criminogène ? C’est très exactement ce que fait le ministre de l’Intérieur, suivant l’exemple de Sarkozy avant lui, en lançant puis en justifiant la chasse aux Roms. Et il a le culot de s’en défendre ! « Naturellement, il n’est pas question de stigmatiser une communauté dans son ensemble, ce n’est à l’esprit de personne, déclarait-il au 20 heures de TF1, cité par Le Point. Faut-il se voiler la face ? Faut-il se cacher la réalité ? » Ou comment démentir la première phrase par la seconde : s’il ne faut pas « se voiler la face » , c’est donc que « la réalité » est que de nombreux Roms sont des criminels – bon, d’accord, peut-être pas tous… Et ce ne serait pas stigmatiser une population que faire cette déclaration ? « Il y a, dans cette communauté, des comportements qui ne sont pas acceptables » , dit-il encore. N’est-ce pas le cas de toutes les communautés ? Evidemment que si ! Insister ainsi sur les Roms revient donc bel et bien à les stigmatiser collectivement, sinon pourquoi davantage parler de leur communauté que des autres ?

Toujours dans cette optique de non-stigmatisation des Roms (sic), Hortefeux a sorti des statistiques sur la délinquance roumaine : « Lors d’une conférence de presse lundi 30 août sur les « évacuations de camps illicites » le ministre de l’Intérieur a affirmé que les actes de délinquance perpétrés par des Roumains à Paris ont augmenté de 259% en dix-huit mois » , rapporte Rue89. Qu’importe d’abord si tous les Roms ne sont pas Roumains et tous les Roumains pas Roms. Qu’importe encore si les chiffres officiels démentent Hortefeux, comme l’analyse le sociologue Laurent Mucchielli. Ensuite, de telles statistiques – par nationalité – n’existent pas, si ce n’est dans le fameux fichier Stic (Système de traitement des infractions constatées). Bonjour la fiabilité ! Lisons donc ce qu’en dit le club « Droits, justice et sécurités » , composé de magistrats et d’universitaires : « Le contrôle effectué sur une année par la Cnil (Commission nationale informatique et libertés, NdA) révèle que, dans un tiers des cas, l’infraction reprochée à la personne figurant dans le Stic ne correspond pas à celle que la justice a finalement retenue. Plus grave, pour 2007, plus de 78% des personnes relaxées ont été maintenues indûment dans ce fichier et plus de 93% des personnes acquittées y sont restées fichées, faute de mise à jour des données. Pire encore, dans le cadre de l’accès indirect, la Cnil a constaté que 83% des fiches comprenaient des erreurs : soupçons infondés, négligences policières lors de la saisie des données, etc.

Un fichier bourré d’erreurs aux conséquences personnelles et professionnelles dramatiques, voilà la réalité du fichier Stic. » Outre les points soulevés ci-dessus, comme le prouve l’article de Rue89, le ministre de l’Intérieur gonfle ses propres chiffres, eux-mêmes largement sujets à caution puisque d’une source improbable et ne reflétant que l’activité policière et non la réalité de la criminalité : il suffit que les forces de l’ordre reçoivent la consigne de s’attaquer aux pickpockets, par exemple, pour causer automatiquement une augmentation des faits relevant de cette qualification, sans aucun rapport avec ce qu’ils pèsent réellement ! Hortefeux dit donc n’importe quoi, c’est entendu, mais il est loin d’être le seul. Convoquons donc le Monsieur Sécurité de l’UMP.

« Le secrétaire national de l’UMP chargé de la sécurité, Eric Ciotti* (lui aussi reconnaissable à sa chemise vichy ! NdA), estimait quant à lui que les manifestations traduisaient « une complaisance coupable à l’égard de ceux qui bafouent les lois de la République » et fustigé la participation du PS, relaie Le Monde. Il a rappellé « que la première des libertés est de pouvoir vivre en sécurité » (…) En outre, le député des Alpes-Maritimes a jugé que « le PS se discrédite en s’associant à des manifestations contre la sécurité et sombre dans le grotesque. » Mais qui donc a manifesté « contre la sécurité » ? Sous couvert de sécurité, le gouvernement fabrique des bouc-émissaires en la personne des étrangers et des Roms, voilà contre quoi s’est dressé le sursaut citoyen de samedi, évidemment pas « contre la sécurité » , Ciotti-grotesque-d’entre-les-grotesques ! Faire le lien entre immigration et insécurité comme le font les Sarkozy, Lefebvre, Hortefeux, Ciotti ou autres Le Pen, en plus d’être dangereux, est mensonger, comme le démontrait notre billet du 10 août dernier. Qu’en est-il pour les Roms ? « En ce qui concerne les personnes revenues en Roumanie la semaine dernière (…) nous avons effectué un contrôle précis et elles ne figuraient ni dans les fichiers de police français ou roumains comme auteur d’une infraction » , a déclaré le ministre roumain de l’Intérieur, Vasile Blaga, cité par Le Monde. La preuve est donc faite : expulser les Roms n’a rien à voir avec la lutte contre l’insécurité.

Arrêtons-nous enfin sur ce que traduisent les manifestations de samedi selon Ciotti-l’abruti : « une complaisance coupable à l’égard de ceux qui bafouent les lois de la République. » Les Roms expulsés, s’ils ne sont auteurs d’aucune infraction comme nous venons de le voir, occupaient par contre des terrains où ils n’avaient pas le droit de se trouver. On pourrait donc dans cette optique dire qu’ils « bafouent les lois. » Mais pour quelle raison ? Réponse dans le rapport du Comité des ministres du Conseil de l’Europe : « un texte de loi concernant les aires d’accueil destinées aux Gens du voyage a été adopté en 2000 (loi n° 2000-614 du 5 juillet 2000 relative à l’accueil et à l’habitat des Gens du voyage, dite « Loi Besson »). Ce texte fait obligation aux communes de plus de 5000 habitants de se doter d’un plan prévoyant l’implantation d’aires permanentes d’accueil pour les Gens du voyage. Néanmoins, le Comité relève également qu’à ce jour, la loi n’a été suivie d’effet que dans une minorité des communes visées. Le Comité constate que la mise en oeuvre insuffisante de la loi précitée a pour conséquence d’exposer les Gens du voyage à l’occupation illégale de sites et à des expulsions au titre de la loi de 2003 pour la sécurité intérieure.

Le Comité relève que, selon le mémorandum du Commissaire aux Droits de l’Homme du Conseil de l’Europe rédigé à la suite de sa visite en France en 2008, il y a une carence des places disponibles. » Si les Roms occupent par conséquent des terrains de façon illégale, c’est que les communes françaises « bafouent les lois de la République » , en refusant en l’occurrence de mettre à leur disposition des aires d’accueil comme elles en ont pourtant le devoir. Avec la complicité des préfets, si prompts, le doigt sur la couture du pantalon, ces méprisables, à expulser les Roms à tour de bras parce que Sarkozy-le-fourbe et son âme damnée Hortefeux le leur ordonnent. La loi Besson précitée (pas celle d’Eric, ne rêvons pas, de Louis Besson, ministre de Jospin) leur donne le pouvoir de contraindre les communes à aménager des aires d’accueil. En dix ans, un seul l’a fait. Le rôle des préfets n’est-il pas de faire respecter la loi ? Ça dépend laquelle, dirait-on.

Le Conseil de l’Europe « rappelle également que « les Etats parties doivent s’assurer que les procédures d’expulsion soient d’une part justifiées, d’autre part exécutées dans des conditions respectant la dignité des personnes concernées, enfin assorties de solutions de relogement » (FEANTSA contre France, réclamation n° 39/2006, décision sur le bien-fondé du 5 décembre 2007, §163). La loi doit également préciser les modalités de procéder à l’expulsion indiquant par ailleurs « les moments dans lesquels elles ne peuvent pas avoir lieu (nuit ou hiver), définir des voies de recours juridiques, offrir une assistance juridique à ceux qui en ont besoin pour demander réparation en justice, et assurer une indemnisation en cas d’expulsion illégale » (CEDR contre Italie, réclamation n° 27/2004, décision sur le bien-fondé du 7 décembre 2005, §41). » Inutile de préciser que la France ne remplit aucune de ces obligations ! « Le Commissaire aux droits de l’homme du Conseil de l’Europe a constaté dans son mémorandum que la question des expulsions est particulièrement problématique et plonge les familles dans un climat de crainte. « Ces expulsions sont souvent caractérisées par le recours à des méthodes brutales, au gaz lacrymogène et à la destruction de biens personnels ». A la suite de certaines expulsions, la Commission nationale de déontologie et de sécurité (CNDS) a conclu à des actes de violences injustifiés et disproportionnés. Le Comité constate que les Gens du voyage ont, lors de ces expulsions, été victimes de violences injustifiées. » Alors, qui « bafoue les lois de la République » , les Roms  ? Ou plutôt la police, les préfets et les ministres français, aux ordres d’un président lui-même selon toute probabilité délinquant, qui devrait être destitué pour financement illégal de sa campagne électorale (voir bettencourtgate) ?

Un dernier mot enfin : le maire de Dijon, le « socialiste » François Rebsamen, aurait mieux fait de se taire, pour toutes les raisons précitées, au lieu de déclarer : « Le PS est un parti de gouvernement : les positions, si humaines soient-elles, de la Ligue des droits de l’homme ne sont pas celles du PS ! Personnellement, je ne défilerai pas (le 4 septembre, NdA). (…) L’occupation illégale de terrains publics ou privés n’est pas permise. Les maires ont raison de saisir la justice pour les expulser. Quant à l’expulsion du territoire français, il est du devoir d’un gouvernement de reconduire à la frontière des étrangers en situation irrégulière. (…) pour le 4 septembre, être derrière des associations, comme la Ligue des droits de l’homme, qui poursuivent d’autres buts (aussi respectables soient-ils) qu’un parti de gouvernement me semble plus critiquable. Attention à ne pas se laisser embarquer. Le PS est le parti de l’alternance. Ne le perdons pas de vue… » Ah c’est que ça donne furieusement des envies d’alternance, des « socialistes » comme ça !

*Ciotti est l’auteur de l’inénarrable projet de mettre en prison les parents de mineurs délinquants !

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