Illusions Européennes

Pour le Premier Ministre Espagnol interviewé la semaine dernière dans le Wall Street Journal, « la crise affectant l’Espagne et la zone Euro en général est terminée ». M. Zapatero se livre-t-il là à un exercice d’auto persuasion ou vit-il vraiment sur une autre planète qui serait à des années lumière des réalités financières de son pays? En effet, les investisseurs globaux et autres participants à la partie d’échec consistant à négocier la dette souveraine sont loin de partager la satisfaction du responsable Espagnol. Certes, l’Espagne a récemment levé quelque 4 milliards d’Euros de liquidités sur les marchés obligataires et ce à des taux relativement intéressants comparativement aux prix de l’été dernier. Elle a ainsi emprunté 2.7 milliards à 10 ans à 4.15% alors qu’elle payait 4.8% en Juin pour la même période sachant qu’elle a également emprunté 1.3 milliards à 30 ans au taux de 5.07% par rapport à 5.9% payés en Juin…

Pour autant, le différentiel entre les Bons du Trésor Espagnols et Allemands se creuse à nouveau, reflétant ainsi les déclarations du Premier Ministre Espagnol ayant lui-même semé le doute par rapport à sa volonté de s’attaquer sérieusement aux déficits de son pays. M. Zapatero n’a-t-il en effet pas déclaré par deux fois, en Août et en Septembre, que la relative baisse des taux dont doit s’acquitter l’Espagne pour son financement – interprétée comme une pression moins intense des marchés – permettra au pays d’alléger certaines restrictions prévues? Je suis sincèrement navré de contredire un sympathique dirigeant Européen mais la crise Espagnole – pas plus que celle de la zone Euro – n’appartient toujours pas au passé et il s’en rendra compte au fil des statistiques économiques de son pays qui démontreront un ralentissement supplémentaire de l’activité économique avec une contraction du P.I.B. pour le troisième trimestre 2010.

La Grèce n’en est-elle toujours pas réduite à devoir surpayer de 9.5% (!) ses emprunts à 10 ans par rapport à l’Allemagne? Du reste, cette surprime Grecque – toute proche des records absolus enregistrés au printemps dernier – touche également les Bons à 10 ans du Trésor Irlandais et Portugais dont les taux s’approchent – voire excèdent – les pics de Mai dernier! En réalité, ce qui fut trop vite considéré il y a quelques jours comme une levée de fonds Irlandaise réussie se révéla être un fiasco puisque ce pays dut en effet s’acquitter d’un taux – jamais payé jusque là – de 6.34% pour se financer à 10 ans … pendant que le Portugal, lui, se voyait contraint à payer un taux de 6.24% sur la même période, aggravation manifeste comparativement aux 5.32% en vigueur à l’occasion de la dernière levée de fonds équivalente!

La Banque Centrale Européenne, qui achète hebdomadairement pour un peu moins d’un milliard d’Euros de Bons du Trésor des nations de l’Europe périphérique, est donc condamnée dans un tel contexte à accélérer son shopping afin de soutenir ces pays de plus en plus chancelants. Il est par ailleurs plus que probable que, pour la première fois, le Fonds de Stabilité Européen (de 440 milliards d’Euros) soit mis à contribution pour l’une ou/et pour l’autre des nations au bord de l’abîme… En fait, la crise Européenne entre aujourd’hui dans une nouvelle phase qui ne se résume en tout cas pas à opter entre la mise en place de mesures d’austérité ou l’application de stimuli supplémentaires.

Le choix des armes n’est, de loin, pas aussi simple car la vraie – la seule – problématique est d’être en mesure de rétablir la croissance au sein de ces économies aux endettements pharamineux. Car ce n’est pas de crier victoire dès lors qu’ils bénéficient de taux d’intérêts plus cléments dont ces pays ont besoin … puisqu’ils ne doivent absolument plus s’endetter! Seule la croissance autorisera la réduction des ratios des endettements et des déficits par rapport au P.I.B. tout comme seules les exportations et reconstructions des tissus industriels permettront de restaurer une croissance digne de ce nom. Il semble pourtant que les seules ambitions de nos dirigeants consistent en la réduction de déficits leur permettant de rentrer dans les clous des critères Européens tout en se satisfaisant de croissances anémiques de l’ordre de 1%…

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