Inside my nombril (3) : Comic awareness & Métadiscursif

La suite au prochain épisode…

Et trois petits points pour survivre aux questions en suspens, au suspense prévisible, au dénouement sans épitaphe. Faire des suites, c’est toujours plus élégant que de prendre la fuite ! Et puis question lecture, il faut choisir entre l’autocritique et le générique. Entre une préface officieuse et un sommaire séculaire, il ne me reste qu’à me fermer pour qu’on puisse me ranger, me classer. Parfois papier glacé, souvent papier recyclé. Comment passer de l’égo au logo ? Sombre, moi ? Pessimiste, moi ?

À vingt-neuf chapitres rhésus négatif et quelques feuilles vierges à vandaliser – le cul entre deux baises – je diverge en cherchant à quels saints me vouer, me louer, me vendre. Le contrat signé, je fais les corrections afin d’évoquer le futur au pluriel et j’écris sept fois sur mon blog avant de parler. Jadis j’aurais trouvé la veine de l’artiste pour l’ouvrir au grand jour et enfin rejoindre le cimetière des statistiques, soit, mais maintenant les pieds dans leur merde et les mains sur les manettes du bulldozer, j’enfile le bleu de chauffe du déconstructeur avec tout l’amour que j’ai pour ma carte d’identité. La culture, je la préfère en pièces détachées, démantibulées lorsqu’elle est une énigme et pas la solution.

Parfois je me dis que je tourne en rond toujours, encore, pour rien – faute de scénario – et lorsque je m’arrête, je constate que c’est la machine, le décor, la trame qui confond course-poursuite et force centrifuge. Mais une mise en abyme ne garantit pas le salut, ni le succès. Les mains sur les genoux, essoufflé par mon débit, je m’aperçois que tout est vide à perte de vue, il doit en être de même de l’avis de mon prochain. La réalité a perdu son image et les gens leur visage. Alors, je mets mon masque, salue la pointeuse, range ma personne dans mon casier, compatis avec ce qui subsiste de mes collègues et lâche mon personnage aux trousses de la ville, de la vie.

Le tout dans une histoire, quelle qu’elle soit, c’est de trouver sa case – si le narrateur ne l’a pas déjà fait à votre place – pour votre bien ou le sien ! Puisque que l’on me juge à ma couverture, un regard ressemblant au profil de l’ennemi imaginaire, une coupe de cheveux exaltant les médiocres de la pop culture, quant au nom de famille, toi tu doutes de son origine contrôlée, mais ta femme et ta fille un peu moins. La vengeance est un plat qui se mange alité. J’en passe et des meilleures d’une case à une autre, avec l’impression d’avoir un Rotring braqué contre la tempe, il me dessine une seconde chance alors que j’aurais préféré une gomme ou un briquet. Je suis un pantin avec un libre arbitre, mes liens ne craignent qu’une grève des scénaristes et l’arrêt de ma publication.

Lire entre les lignes et aller au delà des images ? Hum, c’est mignon, c’est un projet, mais disons que des cols blancs aux universitaires en jean slim, l’espoir, ce sont ceux qui n’en ont point besoin qui en vendent le plus. En outre, la narration nationale ne goûte que peu aux exigences de mon récit, elle m’indique solennellement qu’un certificat de naissance, un coït et/ou l’amour et un acte de décès, par les temps qui courent, c’est un luxe et que la sagesse est la version customisée du travail à la chaîne. Mais ma ligne éditoriale ne tolère pas les conseils d’administration, alors mon prochain rôle sera celui d’un kamikaze et jamais d’une geisha. Je prends la boîte noire et vous laisse les produits dérivés.

Beaucoup de mots pour peu de repartie. Beaucoup d’orgies pour un soliloque. Beaucoup de ponctuations pour la même conclusion. Pessimiste, moi ? Sombre, moi ? Et la lumière dans tout ça ? Ce sera pour plus tard. La vie n’est qu’un mauvais moment à passer et une phrase trop longue pour mon souffle.

Quoi qu’entre la postérité rééditée, remasterisée en 3D et le clonage abusif congénital et référencé, je pourrais finir par me survivre bien malgré moi, la main de mon éditeur sur l’épaule droite et celle de mes ayants droit sur la gauche. Au diable le repos éternel ! Même mort, et quitte à me renier, je servirai encore parce que le Hall of Fame n’a pas le romantisme du Père Lachaise !

Les clients ont toujours le dernier mot peu importe l’intrigue, la logique ou mes sentiments, la mule se doit d’avancer car elle a ça dans les gênes et la raison n’a pas sa place dans une autobiographie aussi amnésique que schizophrène. À bien y réfléchir, je ne sais pas quelle est la pire des fins entre l’invisibilité et l’iconographie. Certains ont des fans, d’autres une famille, moi je préfère les ennemis, mais nous y reviendrons. Le client est roi, et moi un sujet à la troisième personne dans des bouches déjà pleines d’autres noms.

Excusez moi, je m’interromps moi-même, il est l’heure du silence de la nuit, donc je m’appelle :

« – Allo, tu es là ?

–  Oui c’est moi, le reflet dans ton histoire ! Veux-tu cesser de parler quand tu réfléchis – même pour ta saugrenue séance d’écriture – tu m’empêches de penser à ta place lorsque tu confonds certitude et doute.

Un conseil cher moi, fais la guerre, pas le tour, il n’y a rien derrière. Mettre des mots sur ton mal en les cherchant dans un dictionnaire, c’est une idée, mais les stupéfiants, c’est mieux, enfin si tu veux perdre notre temps, fais-en un fond de commerce pas une croisade, merci.

Sache que les clients aiment la répétition, le bégaiement est la base du couple et encore plus de l’orgie. Quand je pense à toi, je me dis que tu écris mieux que tu ne vis. Et à force de transcrire ce que tu n’aimes pas, ton discours ressemble à s’y méprendre à ce que l’on attend de toi. De plus, celle qui prend la peine de te suivre – même sur le trône – te signifie que surcharge pondérale ne signifie pas amplitude !

– Allez, je raccroche».

Cette petite voix off dans ma tête et l’ombre qui me colle à l’âme me demandent souvent, lorsque le soleil s’enfuit à l’ouest, comment j’ai fait pour devenir un puzzle sans que l’on puisse jouer aux osselets avec mon idéal. Et surtout, pourquoi je continue en dépit du happy end, du fondu noir et de l’ovation silencieuse. « Petite voix off, peux-tu répondre à ma place ? …ok… Personne. Merci pour la solidarité »

Puisque mon intelligence joue souvent contre moi, je dirais que j’ai de la chance d’enterrer des présidents et le papier. L’inconvénient de ceux qui restent, c’est qu’ils ne sont pas les meilleurs alors que les premiers emportent de la mémoire pour passer le temps jusqu’à ce qu’on les exhume, d’alcoolismes culturels en folie ordinaire. Et oui, un flashback vaut tous les récapitulatifs. Le croyant préfère le discount au discours, la foi au mode d’emploi, l’onomatopée au pourquoi !

Il y a des pages qui ne veulent pas se tourner, alors il ne reste qu’à les déchirer, les rouler en boules, les loger dans ma bouche, les mâcher, savourer le festin pour les avoir au plus près de soi et avancer afin d’avoir de nouveau à regarder en se retournant. Lorsque que l’impasse a l’envergure d’un album entier, certains peuvent l’occulter jusqu’aux confessions gériatriques, moi je coupe les liens, les ponts, le téléphone. Tout ce qui compte, c’est le matraquage cardiaque – quitte à n’entendre que lui – et le temps, devant, derrière, mais le temps.

Une histoire annexe est née, faite de bouts de la mienne, ne m’appartenant plus et dont d’autres seront seuls juges ! Et, à trop parler dans mon dos, l’anonyme devient une légende de salons frustrés où le cendrier mégote sur son obésité. Quoi de mieux qu’une quatrième de couverture et un trailer ? La rumeur. Entre l’omniscience et le voyeurisme. Aimer ou haïr ? Le client achète et l’impression est à ce prix.

Depuis la première ligne, je ne voulais que me mettre à l’abri, ne pas supplier pour du réassort chez Coluche. Mais la faim a fait de moi un collectionneur, revendant par cycle tout son savoir pour être sûr d’avoir plus de ventre que d’esprit. Des trucs, des bidules, des machins, de quoi engraisser le destin et ouvrir une boutique de souvenirs. Entre le mysticisme et mes pathologies, j’userais plus de stylo, de clavier avec les seconds et pour ce qui est du premier je ne miserais pas tout ce qu’il me reste de haine incurable sur une simple hypothèse. Le facteur chance ne réclame pas son dû, contrairement à Dieu et ses employés. Demander de l’Amour inconditionnel en lieu et place de droits d’auteur, cela en dit beaucoup sur les motivations des services après-vente. Rien de mieux que de ne pas avoir de fin pour ne plus avoir à écrire. Je prends note !

La résurrection c’est du passé, seul un crossover œcuménique remettrait le premier freestyle de l’humanité en tête de gondole. Ma front page est flegmatique et même en me lisant en diagonal, aucune chance de trouver un sourire logé dans un trait de caractère. Voilà pourquoi je soigne mon casting, le reste de la distribution me trouve froid et distant, mais mon empathie en dépend. Je suis suffisamment honnête pour fabriquer des ennemis à chacune de mes aventures en librairie, en kiosque ou à l’arrêt de bus. Ma parole ressemble à ma gueule : typographie épatée, interlignage XXL et l’encrage plus nègre que noir. Du tapage nocturne à une guerre mondiale, il faut vivre les choses pour les écrire, pour en parler, pour me parler ! Certains préfèrent les TITRES, moi les petits caractères.

Et la fin de l’histoire ? Les quotas de punchlines ? Le storytelling que l’on n’entend plus ? Allez savoir, je la remets à demain. Je ne crèverai pas d’ennui sans nous raconter, sans vous raconter, alliés, concurrence, leitmotiv, et puis je n’ai aucune envie d’inventer quoi que ce soit, je laisse ça aux charlatans ayant besoin d’exister. Moi je suis, de mes cahiers de coloriage au mur du proviseur jusqu’à ce blog, je ne demande pas le respect de mes lecteurs, juste du temps, dès lors je prends sans demander. Au pied du mur, je fonce dedans pour alimenter mon stylo bic ou la rubrique nécrologique.

Qui m’aime me lise, qui me hait m’analyse, une fenêtre de tir sur mon monde de gauche à droite, de haut en bas ! Tout est une question de sens, je vous laisse une direction en pointillés tout en vous stipulant que l’époque aime la perfection, elle achète tout, mais lit peu. Les gens ont à cœur de briller, de se définir par des citations, moi, je ne suis que des points de suspension.

À la fin du livre illustré lorsque les amis sont des trophées et les victoires un refrain à ronger, comme tout le monde je voudrais retourner en arrière, à ses premiers mots, il était une fois…

Avec le temps. Avec moins de temps, la seule famille qui reste, c’est la poussière. Le jour où je serai sur une étagère entre semblables à faire semblant, les uns parlant de musée et les autres de maison de retraite, il n’y aura plus d’avenir à cimenter. Je ne m’emploierai plus à revoir mes conjugaisons, sûrement par arrêt de l’arbitre, la mémoire en déroute, je préfère que l’on parle de moi au passé plutôt que d’abandonner ! Mais qui ? Mais quoi ? Maintenant, j’ai oublié et peu importe puisque c’est tout ce qui me tient éveillé depuis que j’ai compris que je n’aurai pas droit au chapitre, un manuel d’histoire-géographie dans le viseur.

Mais bien plus tard, le jour où j’ai pu combattre pour quelqu’un d’autre, cela n’a pas été par les urnes, ni par faiblesse communautaire, mais pour cet autre moi qui porte mon nom et son histoire où je suis l’un de ses personnages. Mon histoire veut des réponses, pas des points d’interrogation.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *