Japon : Quo Vadis ?

Que révèlent les statistiques économiques japonaises publiées après les catastrophes de Mars dernier ? Les exportations en ce mois de Mars 2011 ont à l’évidence chuté de 7.7% par rapport à Février sachant que les importations se sont seulement tassées de 1.5%. Il va de soi que la balance commerciale nippone fut ainsi déficitaire sur Mars et ce dans un contexte où, comme on le sait, le Japon tire sa substance vitale de ses exportations… C’est la production automobile qui fut le plus rudement touchée, en baisse de près de 63% chez Toyota et de plus de 52% chez Honda, sachant que l’industrie automobile nationale accusa un déclin de 63% en ce mois de Mars fatidique. Pour leur part, les prévisions médianes estiment que cette production spécifique (mais essentielle pour le pays) ne tournera qu’à la moitié de sa capacité jusqu’à la fin de mois de Juin ! Pour solde, l’industrie nationale tous secteurs confondus se sera ainsi affaissée sévèrement de 15.3% alors que les dépenses des ménages ont décliné de 8.5%…

Ces chiffres et cet impact étaient certes attendus. Néanmoins, le phénomène inquiétant qui assombrit les perspectives d’avenir reste les coupures d’électricité fréquentes qui, combinées à une chaîne d’approvisionnement rompue ou en tous cas fort perturbée, n’augure pas d’un rétablissement sur le court terme de la production industrielle japonaise. Car, pendant ce temps, c’est les concurrents directs du Japon qui en profitent et, à cet égard, les retards pris dans la production automobile (pour ne citer qu’elle) sont susceptibles d’infliger des dommages permanents vu que la concurrence étrangère ne se gêne évidemment pas pour s’engouffrer dans cette brèche inespérée ! Secteur auto qui est en outre sinistré par la fermeté du yen qui traite aujourd’hui autour de 80 par rapport au dollar alors qu’il était encore au-dessus des 110 à fin 2007. L’économie nippone est certes toujours la troisième au monde mais le rétrécissement des ventes et des marges bénéficiaires de ses exportateurs et des années de déflation ravageuse n’autorisent guère l’optimisme…

Le pays se retrouve donc aujourd’hui en récession, le gouverneur de la Banque Centrale ayant même averti que l’économie de son pays – décrite comme « très sévère » – se contracterait jusqu’à la fin du premier trimestre 2012 ! La Banque du Japon, bien déterminée à juguler cette conjoncture aussi catastrophique qu’imprévue, s’apprête donc à accélérer et à intensifier ses programmes d’achats d’actifs, autrement dit ses baisses de taux quantitatives, sachant qu’elle était intervenue massivement aux lendemains du tsunami en raflant pour quelque 10’000 milliards de yens d’actifs financiers… Il faut dire que ces catastrophes naturelles sont survenues à une période de grande fragilité pour une économie nippone qui connaît un développement inégal et irrégulier depuis 2009 : en effet, après une contraction compréhensible post Lehman à la mi et fin 2009, elle subit un nouveau P.I.B. négatif au dernier trimestre 2010 qui la ramena dès lors au même stade qu’à l’année 2006 … et l’on n’évoque pas là les retombées de la tragédie de Mars 2001 !

Les stimuli appliqués par la Banque du Japon auront hélas un effet d’autant plus provisoire que les endettements massifs du pays tirent l’économie vers le bas et que des hausses d’impôts à venir tout aussi inévitables que substantielles ralentiront davantage la consommation intérieure.

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