Je dépense donc je suis ?

L’économie US a-t-elle réellement bénéficié d’une croissance (en termes annualisés) de 1.8% au premier trimestre de cette année ? Car ces chiffres, déjà assez peu brillants en soi, se doivent d’être modulés – et dégradés – en fonction de la donnée inflationniste qui n’est assurément pas totalement prise en compte par l’organisme responsable de leur publication, le « Bureau of Labor Statistics ». Et si – déduction faite de la variable inflationniste réelle – l’économie américaine n’avait connu aucune croissance en ce début d’année 2011 marquée par l’appréciation en fanfare des matières premières ?

A dire vrai, peu importe … car les chantres d’un keynésianisme forcené et adeptes de la dépense publique à tous prix estimeront naturel et logique que ce ralentissement économique (qu’ils ne contestent pas) soit la résultante de la diminution des dépenses gouvernementales durant cette même période. Pourquoi ne vont-ils pas droit au but en explicitant enfin clairement le fonds de leur pensée et leurs objectifs ? Qui sont en fait que la notion même de Produit Intérieur Brut soit étroitement corrélée – voire confondue ! – avec la dépense publique. Dans ce monde au keynésianisme obsessionnel, le P .I.B. évoluerait strictement en tandem avec les stimuli gouvernementaux. Dans cet univers où l’économie se contenterait de recycler l’argent imprimé par la banque centrale, le P .I.B. devrait également croître en permanence…pour notre plus grand bonheur.

La statistique du P.I.B. étant une synthèse opérée entre la consommation privée, l’investissement brut, la dépense publique et la balance commerciale, il va de soi que toute réduction d’une de ces composantes affecterait négativement le chiffre final. Pour autant, on ne sait trop bien d’où le Gouvernement Fédéral et les Etats américains seraient bien capables de pourvoir à encore plus de stimuli tant il est vrai que leurs finances sont au bord du précipice ! En dépit de cette faillite virtuelle des Etats-Unis d’Amérique, les dépenses ont bel et bien progressé du reste puisque le déficit fédéral US atteint un record à 1’600 milliards de dollars durant l’année fiscale en cours. Ainsi, et contrairement aux allégations des néo keynésiens prompts à tirer des conclusions hâtives dès lors qu’elles abondent dans le sens de leurs théories prônant la dépense tous azimuts, la stagnation de l’économie américaine ces derniers mois ne provient nullement d’une diminution de la dépense publique.

A leur décharge, ces Robins des bois de la finance – qui voudraient que l’économie vive exclusivement aux crochets de l’Etat – vivent dans un monde monocolore et manichéen dans lequel quiconque serait opposé aux stimuli gouvernementaux serait aussi opposé à la croissance. Selon cette même logique imparable, la croissance du P.I.B. serait la voie royale de la prospérité de nos nations…  Ce faisant, les partisans de l’indicateur « P.I.B.” – c’est-à-dire la quasi totalité de l’humanité ! – semblent négliger ou ignorer que cette statistique – autrement dit la croissance du P.I.B. – est une (et n’est qu’une) mesure de la dépense ! La jauge de la santé économique d’un pays se résumerait donc à une quantification des diverses dépenses ?

On comprend mieux dès lors le fétichisme des économistes et des politiques qui ne jurent que par ce chiffre et pour cause puisque, à l’instar des empereurs romains soucieux de donner à leur populace du pain et des jeux, nos élites nous anesthésient avec de la dépense publique… Impossible en effet, dans ce climat d’intoxication généralisée, de considérer ou de mesurer la prospérité autrement que sous l’angle du P.I.B., c’est-à-dire de la dépense ! En outre, et comme selon ces critères la fièvre dépensière serait génératrice de richesses, il est du  coup hors de question de réduire la dépense publique car l’impact sur le P.I.B. en serait à l’évidence catastrophique. Que l’Etat s’endette encore et toujours afin d’éviter la rigueur car – en effet – tant que le P.I.B. continue de croître – et peu importe comment il le fait – eh bien nous aurons toujours cette illusion de richesse et de prospérité. Comme nous nous endettons pour sur consommer, confortés moralement par des P.I.B. en constante croissance, il va de soi que toute austérité qui perturberait malencontreusement cette ivresse est à honnir.

Une indispensable prise de conscience s’impose donc mais elle ne se fera pas sans que les économistes expliquent pourquoi l’indicateur « P.I.B. » n’est aujourd’hui plus approprié. On a bien compris pourquoi la classe politique, soucieuse de montrer sa générosité à son électorat, met ostensiblement en avant cette jauge basée comme on l’a vu exclusivement sur la dépense… Il faudrait néanmoins être honteusement cynique – ou au mieux autiste – pour noter nos économies hyper endettées avec un thermomètre qui ne prendrait pas ces mêmes dettes en considération. Il ne sert pourtant à rien de croître indéfiniment en sachant que l’on manque cruellement d’un ingrédient majeur qu’est la qualité.

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