Jean François Lisée : un Grand Vizir pour le califat Marois

Quand Bernard Landry a renoncé à gouverner le Québec,  la question attendue s’est posée du fossé transgénérationnel entre ceux de l’équipe de René Levesque et une nouvelle garde.  Une période de turbulences s’est ouverte au Parti Québécois, digne des péripéties d’une fin de siècle chez les Ottomans, cette époque où héritait du trône celui qui avait survécu à ses frères…

Déjà, au moment où quitte Landry, il flotte sur notre Sublime Porte à nous, au Québec,  une odeur de zizanie fratricide, avec la création de Québec Solidaire annonçant la rupture de l’alliance entre nationalistes et gauchistes qui avait fait au départ le succès du Parti Québécois.   Mauvais présage…

Il allait vite s’y greffer une lutte épique pour la succession. Une lutte opposant d’abord des « Anciens » – Madame Marois et Gilles Duceppe –  mais qu’allait « mettre d’accord en croquant l’une et l’autre » André Boisclair, un Raminagrobis « Moderne », audacieux et mieux organisé…

La fortune qui sourit aux audacieux, pourtant, ne leur est pas toujours fidèle.  Boisclair allait servir de victime sacrificielle et c’est vite l’Impératrice Pauline qui allait monter sur le trone. Son règne serait aussi mouvementé qu’une fin de califat.

D’abord Legault – le Grand Vizir en titre – va rentrer dans ses terres, d’où on le soupçonne de comploter et de lever une armée.  Un peu de temps, puis ce sont les revendicateurs gauchistes du SPQ-libre, Laviolette et Dubuc en tête, qui, à défaut d’être étranglés dans leur berceau selon l’usage turc, seront éliminés dans une  version locale de la « Nuit des longs couteaux ». Ensuite, ce sont les autres supposés dauphins présomptifs qui, on ne sait trop pourquoi, vont s’immoler par grappes.

Beaudoin, Lapointe, mais surtout Curzi, un « sérieux ». Aussant, aussi, qui  quitte la cour et se crée une satrapie dans les marches de l’Empire.  Il y a aussi Drainville, un janissaire prometteur, qui tergiverse et vacille et prouve, hors de tout doute, qu’il n’est pas l’inconditionnel qu’on croyait.

Restait Duceppe, blessé dans l’écrasement de son parti fédéral, mais qui respirait encore… Le destin a voulu, toutefois, qu’il choisisse de s’autodétruire une fois pour toute, en ratant un rétablissement en forme de putsch et en retombant dans les ruines fumantes de son Bloc Québécois. Et tous ces aspirants de partir, revenir, se rallier…  Et hop, ça repart, et ca complote, et ça trahit … L’hécatombe des prétendants au trône a été digne des rives du Bosphore. Sans pitié, spectaculaire.

Aujourd’hui ?   Le ciel ou quelque diable ayant fait que soient éliminés, poussés au suicide politique ou à l’exil, tous ceux qui convoitaient son trône, l’Impératrice Pauline règne toujours. Mais elle est désormais bien seule. Sa situation est mouvante, volatile, car Legault a levé son armée et campe sous les murs de la Ville qu’il assiège.  En qui peut-elle avoir confiance, pour la seconder et éventuellement lui succéder ? ….

Qui a la stature d’un nouveau Grand Vizir ?  Qui est l’oint du Seigneur, celui qui fait le poids et qui pourrait reprendre avec elle les choses au point où Parizeau les a laissées ?

Jean François Lisée.  Candidat probable du PQ dans Rosemont. Il y a des années que je souligne qu’il est le candidat naturel.

http://les7duquebec.com/2010/09/06/tout-changer…-pour-que-rien-ne-change/

Si quelqu’un peut obtenir, sinon l’indépendance du Québec – une idée maintenant un peu vieillie – au moins un meilleur partage des pouvoirs entre Québec et Ottawa, puis une meilleure position de négociation pour les Québécois au moment de l’intégration à l’Union Nord-américaine, c’est bien JFL.

Il a l’expérience, l’intelligence, l’habileté qu’il faut. Je ne sais pas ce qu’il veut,– et encore moins comment il y parviendra – mais depuis plus de 20 ans, il a eu un parcours parfait.   Dans la mesure où le passé peut laisser  prévoir l’avenir, ce qu’il a dit et ce qu’il a fait est garant de ce qu’il fera.  JFL n’est jamais arrivé trop tard et, surtout, il n’est jamais arrivé trop  tôt ni trop vite…

Tous ses livres, tous ses postes sont arrivés à point nommé, comme si un destin précurseur était venu opportunément  « aplanir la voie du Seigneur ». Stratège brillant – discret, mais tout le monde le sait –  du référendun de 1995 (dont le consensus populaire a lentement fait une victoire qui  a été volée),  il est  passé sans heurts de Parizeau-le-Pur à Bouchard-le-Lucide, mais servant ce dernier sans  jamais être accusé d’avoir été au coeur des  compromissions qu’on a reprochées à ce dernier.

JFL est brillant, mais est-il intégrable dans le contexte d’envie mesquine, de méfiance et d’hyper quérulence qui est aujourd’hui celui du PQ ?  Sans doute mieux que personne…  Car, depuis des années maintenant que les couteaux volent bas au PQ, JFL est resté sagement en retrait du derby-démolition des prétendants péquistes.  On ne peut lui reprocher  que tous ceux qui auraient pu avoir préséance sur lui dans l’ordre de succession se soient mis hors jeu…

Un détail important pour une intégration. JFL a dix ans de moins que Madame Marois.  Il n’est pas déraisonnable de penser qu’il pourrait jouer un rôle de premier plan auprès d’elle et attendre son tour sans lui porter ombrage, comme il a toujours joué avec discrétion et loyauté le rôle de Pere Joseph des leaders qui ont fait appel à lui et à qui il n’a jamais disputé le feu des projecteurs.

Je souhaite bonne chance à Jean François Lisée. J’avais déjà fait mon deuil du Parti Québécois, mais un Parti n’est jamais moins que la somme des ressources qui y collaborent. Un PQ avec Lisée m’apparaît plus stimulant. Plus crédible. De loin le meilleur des choix qui nous sont offerts.

http://nouvellesociete.wordpress.com/2009/06/26/le-parti-quebecois-arretons-les-frais/

Pierre JC Allard

6 pensées sur “Jean François Lisée : un Grand Vizir pour le califat Marois

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    9 juillet 2012 à 1 01 44 07447
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    Je pense que ça plait à M. Lisée de jouer les grands analystes.
    C’est une anguille.
    Pour le reste, c’est une carte dans un jeu de cartes.
    Alors, ne nous attendons pas à ce que le jeu soit changé.
    Et même si… Le PQ ne changera pas le Québec. Comme Hollande la France.
    Alors, c’est mondialisé.
    Un charmeur M. Lisée.
    Un charmeur social et enfermé dans le Québec.
    J’ai souvent lu ses textes.
    Trop imbu…
    Mes salutations!

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    10 juillet 2012 à 8 08 26 07267
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    Salut Camarade Allard.
    Je sais que tu pardonneras mon intrusion inoppinée sur ta page éditoriale.
    J,aime ta façon d’introspecter le mandarin Lisée qui s’approche subrecticement de l’assiette au beurre péquiste à la veille du changement de la garde programmée pour l’automne qui vient… La bourgeoisie empêtrée a pour habitude de demander au peuple de trancher entre ses deux factions rivales dans les situations de tension sociale. Une façon de tester ses deux poulains (lequel saura le mieux mystifier-duper le peuple et se faire valoir comme l’étalon de l’avenir au service des riches). Tu auras compris que je crois que le vieux canasson Charest n’a aucune chance de remonter sur le podium et qu’il doit laisser la place à la «jeune étalon» Pauline anxieuse de se promouvoir et de placer son mari -souverainiste-fédéraliste-souverainiste – à la tête de quelque société d’État publique québécois pour faire du fric avec tes impôts cher Pierre.
    Tu fais toutefois une erreur de taille dans ton article ci-haut cher ami.

    Le PQ n’a jamais été le refuge des gauchistes – à moins que tu ne quqlifies de gauchiste l’ex-porte parole de l’Union «Bolchévique» pro-impérialisme québécois lors du référendum de 1980 en opposition au groupe EN LUTTE et PCO, deux groupuscules gauchistes pro-impérialistes canadiens.
    Tous ceux-la firent l’erreur de penser que les capitalistes financiers canadiens comprenant leur section québécoise voulaient réellement scissionner ou débattre de constitution con-fédérative alors qu’ils se disputaient simplement les oripaux nationaux canadiens pur savoir qui empocherait la cagnotte québécoise.

    NON ce sont les aritocrates ouvriers et leurs centrales syndicales qui ont noyautés le PQ pas les gauchistes. Les organisations gauchistes dissoutes ces petits-bourgeois se sont ensuite répandus dans les organisations électorales de droite et social-démocrates …ils y sévissent encore. Quelques uns oeuvrent en ONG financés par le grand capital via leur État despotique.

    Sans rancune Pierre

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    10 juillet 2012 à 8 08 43 07437
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    Une seconde remarque Ami Pierre.
    Oui ta description des révoltes de palais au sein de la Nomenclatura équiste est parfaite mais encore une fois tu commets une etite erreur.

    Tu crois que la jument pauline – la mandarine désignée pour devenir Calife à la place du calife est isolée et enferrée dans cette dramaturgie de fin de règne… ERREUR Pierre.

    Tous les empereurs successeurs de Cesar (Lévesque) ont toujours fait le grand ménage avant de se présenter à la populace sur le balcon de l’Hotelde ville pour proclamer «Vive le Québec Libre» justement à l’heure ou ils trahissaient leurs légions de légionnaires se présentant jste comme un bon gouvernement – un mouchoir de rechange –

    PLUS PAULINE S’ÉLOIGNERA DU RÊVE BRISÉ DE L’INDÉPENDANCE IMPOSSIBLE – PARCE QUE REJETTÉ INEXTERMIS PAR LE PEUPLE QUÉBÉCOIS PAS DU TOUT OPPRIMÉ mais oppresseur des peuples autochtones – ET PLUS PAULINE PROCLAMERA HAUT ET FORT Vive le pouvoir québécois -(juste pour moi)- indépendant qui m’aime me suive et les autres hors de ma vue manants (L’expression entre tiraits n’est jamais prononcée.

    Quand Pauline aura le mord aux dents elle seule décidera du moment du référendum auto-sacrificiel – et il ne viendra jamais car Pauline veut le pouvoir et sa classe de tutelle n’a plus rien à faire de ces reliquats d’indépendantistes en marchette. Madame Ferretti c’est bien fini. Faut se recycler mes amis.

    Encore sans rancune camarade.

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    10 juillet 2012 à 10 10 03 07037
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    @ RB

    C’est non seulement sans rancune, mais sans même une protestation. Quand je dis ‘Gauche’, ne pas oublier que c’est relatif. Positionnel. Franco était des kilomètres a gauche de Salazar…

    Et quant a l’habitude au PQ de faire parfois place nette, c’est bien la tradition de notre « Sublime Porte » depuis que Levesque a vidé Aquin – qui lui croyait VRAIMENT à un Québec français – mais Pauline, étant faible, a fait que se transforme en exécutions publiques ce qui avant elle avait été surtout l’oreiller sur la tête pendant les nuits sans lune…

    Si Lisée arrive un jour au trône, je vous suggère de revoir le film « Kind hearts and coronets », un chef-d’oeuvre en noir et blanc (1949) avec Alec Guinness..

    PJCA

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    10 juillet 2012 à 11 11 02 07027
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    @RB Sur un autre plan .

    « tester ses deux poulains (lequel saura le mieux mystifier-duper le peuple et se faire valoir comme l’étalon de l’avenir au service des riches)’

    C’est bien le rôle des élections. Le stratagème a atteint sa perfection aux USA, avec ce processus électoral biennal qui demande deux ans de préparation.. et est donc devenu un sondage permanent qui permet d’optimiser en tout temps l’angle idéal pour un entubage sans discontinuité.

    Je parle souvent de ce scnario électoral de bonnet-blanc vs blanc-bonnet qui ne sert qu’a cacher les décisions prises par l’oligarchie

    PJCA

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