Jusqu’au point de non retour !

Le paysage américain actuel jalonné d’établissements bancaires accumulant les réserves et buriné par des tarifs de matières premières se maintenant à des niveaux très élevés ne va pas sans évoquer le contexte tourmenté de l’année 1937. Comme à l’époque, forts légitimes sont les craintes d’une sévère récession qui ne manquera pas d’être induite par l’inévitable raidissement de la politique monétaire combiné à une augmentation de la fiscalité visant à résorber les déficits. C’est pourquoi Wall Street ne cesse de faire pression sur la Maison Blanche et sur les Républicains en vue de les exhorter à s’accorder sur une majoration du plafond de l’endettement américain, l’alternative étant constituée par le pire des scénari possible pour l’univers de la finance US, à savoir le défaut de paiement de son Etat fédéral !

Cette cessation de paiement serait certes provisoire, elle n‘en aurait pas moins comme effet de semer la dévastation au sein du marché des T-Bonds américains, marché à 4’000 milliards de dollars… L’augmentation immédiate et substantielle des taux hypothécaires, avec des retombées dramatiques sur un marché immobilier toujours agonisant, n’en serait que la moindre des conséquences. Le parallèle avec la seconde moitié des années 30 ne se résume du reste pas à cette véritable orgie dépensière gouvernementale US qui dut être unilatéralement interrompue, ni par l’alourdissement de la charge fiscale qui se traduisit logiquement en un ralentissement décisif de la consommation. Du point de vue qualitatif, le rhétorique peu amène envers le milieu des affaires du nouveau Président, Franklin D. Roosevelt, devait contribuer notablement à détériorer le climat général, tout comme les violentes disputes entre Républicains et Démocrates aujourd’hui mettent en péril la très anémique reprise…

Bref, à l’instar du milieu des années 30, l’air ambiant se charge de nos jours d’une très dangereuse lassitude fiscale et budgétaire, la relance de la croissance ayant malencontreusement cédé la priorité aux préoccupations fiscales avec une épée de Damoclès – le défaut de paiement – et une certitude – la perte du AAA américain. Le débat sur l’austérité fait donc des ravages avant même que celle-ci n’ait été mise en place. En outre, les joutes verbales entre responsables Démocrates et Républicains troublent considérablement les entrepreneurs comme les consommateurs alors qu’elles ne sont finalement que des postures politiciennes… Car il va de soi que ce plafond de l’endettement sera remonté afin d’éviter l’implosion du marché obligataire américain.

La démagogie, le carriérisme et la défense de certains intérêts particuliers font pourtant rater aux finances de ce pays une opportunité unique et qui ne se répètera pas de sitôt consistant à profiter du contexte actuel des taux d’intérêts très bas afin d’assainir une fiscalité à la dérive via la relance de l’investissement et des initiatives privées. L’expérience démontre hélas que la crise devra atteindre son paroxysme, voire un point de non retour, avant que les politiques ne se retrouvent contraints à trouver la solution.

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