Kinder Post : One Life

Je n’écris pas la mort dans le noir à la recherche d’un peu de poésie dans les yeux de ce monde en déclin, non, je l’esquisse en espérant qu’elle reste une idée comme une autre, de celles que l’on oublie d’un revers de manche, le cul dans le canapé. Et puis je songe au cadavre de truc, machin et chose coincé depuis la première chips entre les coussins de ma banquette de fortune.

La mort, j’aimerais lui donner un petit nom —quelque chose d’affectueux— un sobriquet dont on affuble sa maîtresse ou son chat. Quand je pense à elle, je me dis secrètement que je préfère les pompes funèbres à Dieu car au final mieux vaut une mort à crédit qu’une éternité en viager. Avec la Faucheuse, il y a toujours plus de gens à célébrer, honorer et se remémorer. Bref, la plus grosse entreprise d’événementiel au monde ! Certes le chrono tourne, il ne fait pas de sentiment et encore moins de prisonnier, mais il faut bien avoir quelqu’un ou quelque chose aux trousses pour avancer comme un âne bâté.

«- Hé papa, la mort, ça ressemble à la vie ? Ça ressemble à l’ennui ? Ça ressemble au sommeil ? Ça ressemble à la nuit ?

– Je ne sais pas fils, et peu importe du moment qu’elle n’a pas le visage de ma mélancolie ou de la pension alimentaire. Maintenant, finis tes céréales…»

Merde, les gens prennent la tangente les uns après les autres, ceux appartenant à cette époque qui bégaie. Ce temps où l’on parle à des souvenirs en priant pour qu’ils nous répondent par la routine, la haine ou l’indifférence —celle du café froid et du vide dans le lit. Les gens sont devenus des images et la mort une destination de vacances prisée par ceux ayant plus de coeur que de tête, plus de ventre que de bienséance.

Entre gens bien nous nous faisons des politesses en échangeant nos maladies communes. Ces petits symptômes qui enrichiront l’assurance maladie, nous quitteront les derniers, par honnêteté, par fidélité.

La maladie, c’est mieux que l’amour. Dès lors, il faut croire en l’avenir, peut-être en ses enfants ainsi qu’en leurs successeurs sans admettre que eux aussi, un jour, n’auront plus de futur, que des rétroviseurs. Et peut-être qu’avec un peu de chance la Terre crèvera d’un cancer de l’humanité. C’est tout le bien que je lui souhaite. D’ailleurs, où vont les planètes mortes ?

J’ai un large sourire et une sorte de quiétude lorsque je pense au vide qui m’accompagne et à l’inconnu qui m’attend, le plus loin possible des brochures théologiques j’espère. La Bible est un piètre mode d’emploi. Pas d’anges émasculés ou de vierges nymphomanes en bout de course, par pitié !

Si l’ailleurs, l’après se résume à nos imaginations terre à terre pré-mâchées par le reste de la création, la mort n’est qu’un mauvais moment à passer, comme la vie en somme. Une vaste farce pour cocus croyants, hâtés, agnostiques. Tout le monde sans exception passera par le vide-ordures. Faites la queue en prenant la première à gauche après l’utérus.

Ha oui, j’oubliais le positivisme, en voilà un mot judicieusement choisi qui oblige à quelque chose de bien !  Alors jouissons jusqu’à l’extrême, seuls, mal accompagnés ou entourés de frontières. Jouissons jusqu’à notre terme puisque la vitesse nous sauvera de nous-mêmes, de notre histoire, de notre passé, de notre passif, du tiers prévisionnel.

À ce compte là, je demande solennellement la distribution sélective de bulletins de décence puisque n’importe quel con est capable de naître comme ça, sur un malentendu, au nom de l’amour pur ou saoul sur une banquette arrière.

La vie, c’est ce qui sépare un dîner de con d’une escroquerie à l’assurance. La mort, c’est ce qui sépare la roulette russe de la Française des Jeux. Alors, à qui le tour? Vous êtes priés de jouer sous peine de nier la réalité qui, dans la bouche de certains, a des accents de vérité.

D’autres partent par leurs propres moyens —et sans garantie de résultat— avant qu’on les y accompagne, les plus masochistes se résignent en couple, en bouteille, en aigreur et les plus fous donnent la vie à ne plus savoir qu’en faire, quitte à transformer leur braguette en religion. Mine de rien la mort est un projet de société à la mesure de notre incompétence, celle de l’administration humaine.

«Ok, désolé, j’ai fait tout ce que je pouvais, j’aurais bien amené la chose à son terme, mais je suis mort. Un bisous à Florent du service comptabilité pour son pot de départ.»

Tout est dit? Non, tout est là. A l’intérieur dans mon véhicule de location, je confesse y avoir laissé un paquet de saloperies un peu partout, mais j’avais de la route à faire et un appétit prononcé pour la vie, au bout du compte.

«Juste une dernière chose, en passant : à qui dois-je déposer les clés ? Merci.»

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