La BCE serait-elle (enfin) pragmatique ?

Officiellement, le mandat unique de la BCE est la lutte contre l’inflation. Officieusement, sa mission de ces dernières années – pour être juste: de ces 15 derniers mois – consiste à sauver l’union monétaire européenne et par conséquent l’Euro. C’est ainsi que dans la pratique, et contrairement à sa consœur la Fed ayant également pour responsabilité de promouvoir la croissance, la BCE fait donc référence à un objectif de 2% l’an en terme d’inflation … qui a été – dans les faits – dépassé puisque l’indice (annualisé) des prix à la consommation sur Décembre 2010 a atteint 2.2%… Tous les indicateurs commencent en réalité à s’affoler puisque cet indice ne cesse de progresser de mois en mois et que celui des prix à la production enregistre un record (annualisé) de 5.3% en Décembre 2010, ayant  connu une ascension météoritique puisqu’il n’était encore qu’à 0.9% en Mars de la même année!

Pourtant, la crédibilité de la BCE – jusque là irréprochable – a été sérieusement remise en question à la faveur de la crise financière et plus particulièrement dès l’été 2008. C’est ainsi que, aveuglés par l’envolée des prix pétroliers, ses responsables ont fait fi des tourmentes financières et procédé à ce qui allait devenir la dernière hausse de leurs taux d’intérêts du cycle en raffermissant en Juillet 2008 leur politique monétaire de 0.25% … alors que la Réserve Fédérale US poursuivait pour sa part une réduction progressive de ses taux ayant débuté en Septembre 2007. Rappelons-nous de l’euro/dollar ayant touché 1.60 cet été 2008 en réaction à ce différentiel de taux très nettement en faveur de la monnaie unique…

Trichet et consorts ont donc à juste titre été jusqu’à présent taxés d’ultra orthodoxes car ils semblaient obnubilés par les hypothétiques  menaces  inflationnistes, insufflées en grande partie on le sait, par une Allemagne toujours hantée par Weimar… C’est ainsi que des personnages très influents comme Weber (Président de la Bundesbank jusqu’à la semaine passée) usaient de leur influence auprès de Trichet afin de s’assurer que la BCE n’hésite pas à remonter si nécessaire ses taux d’intérêts pour contrer des pressions inflationnistes encore négligeables et ce même si le prix à payer aurait été l’enfoncement supplémentaire dans le marasme de certains pays européens périphériques. Le ton de la BCE et de Trichet a néanmoins amorcé tout récemment un virage qui n’est pas passé inaperçu puisqu’il a déclaré, à l’occasion de sa conférence de presse à l’issue de la réunion du comité directeur, que les risques inflationnistes étaient actuellement « majoritairement équilibrés » … alors que l’on constate – au fil des statistiques – qu’ils ne le sont pas!

Notre monde se noie sous les liquidités offertes par la Fed, les prix des matières premières, de l’alimentation et des métaux (cuivre, argent) atteignent des sommets et ne voilà-t-il pas que le Président de notre BCE prétend que l’inflation est maîtrisée? Le double mandant (« dual mandate » en anglais) de la Réserve Fédérale américaine agira certes en faveur du maintien de taux US bas et des injections de liquidités tant que la croissance économique n’y aura pas volé de ses propres ailes (« self sustainable »). Il semble aujourd’hui que M. Trichet son institution se soient de facto arrogés un second mandat consistant à remettre au plus tard possible toute hausse des taux européens et ce afin de sauver les pays sinistrés européens. Ne nous en plaignons évidemment pas mais cet éclairage permet mieux de comprendre la démission de Weber et sa renonciation à briguer la succession de Trichet…

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