La binominale à deux tours

De quatre ans en quatre ans, la population est appelée à confier le gouvernement de l’État à un parti reconnu. L’électeur – identifié par sa Carte Citoyenne – le fait en élisant au poste de Chef de l’Exécutif le candidat que présente le parti qu’il préfère. Simultanément, mais par un vote distinct, a aussi lieu l’élection d’un député par division électorale. Les députés élus constituent l’Assemblée législative.

La campagne électorale débute le premier lundi de mai; on vote le quatrième dimanche qui suit. Il s’agit d’un scrutin à deux tours et chaque électeur, au premier tour (binominal), doit indiquer pour qui il vote et aussi son second choix. Si nul candidat n’obtient une majorité des suffrages, un deuxième tour, le dimanche suivant, oppose les deux partis ou candidats qui ont obtenu le plus de votes ET de seconds choix.

Pourquoi un scrutin à deux tours ? Parce qu’une vraie démocratie doit insister pour que ce soit une majorité absolue – et non une pluralité – des électeurs qui ait donné son aval au parti qui forme le Gouvernement. Pour que se dégage toujours une majorité absolue, il faut un strict bipartisme ou un scrutin à deux tours.

Or, le bipartisme a ce défaut que les deux partis, cherchant à occuper le centre de l’opinion qui leur donnera la victoire au scrutin, tendent à devenir si semblables que seule les distingue la personnalité de leurs chefs. C’est la démocratie à l’Américaine. Ceci conduit nécessairement à une stagnation de la pensée politique.

La population a le droit de se reconnaître dans un paysage politique qui soit plus que la simple alternance entre deux partis centristes. Chaque citoyen doit pouvoir s’identifier à la vision politique qu’il juge la meilleure, aussi divergente soit-elle de ce que pense la majorité. Comment donner une voix à toutes les tendances idéologiques significatives et donc offrir un choix réel à la population, mais en respectant la condition d’un Gouvernement élu à une majorité des voix ?

Le scrutin à deux tours apporte la réponse. La population vote dans un premier temps pour le parti qu’elle juge « le meilleur » puis, au second tour, pour celui qu’elle considère « le moindre mal ». Le consensus pour porter au pouvoir  » le moindre mal « , c’est l’essence même d’une démocratie où chacun, par respect pour les autres, renonce à ses prétentions exorbitantes ou trop avant-gardistes et accepte un « centre », imparfait mais tolérable. Le scrutin à deux tours offre ainsi la stabilité du bipartisme, tout en encourageant l’émergence de nouvelles visions et de nouveaux partis dont, le temps aidant, l’un pourra devenir une alternative crédible de gouvernement.

Pourquoi un premier tour binominal ? Parce que le deuxième tour doit être celui du consensus. Il faut donc éviter la situation absurde de DEUX (2) partis extrémistes se glissant au deuxième tour et enlevant à l’électeur tout choix d’un juste milieu. Si le scrutin est binominal, une population qui veut la paix sociale accordera son deuxième choix à des candidats perçus comme rassembleurs.

2 pensées sur “La binominale à deux tours

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    18 septembre 2008 à 5 05 53 09539
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    « Le scrutin à deux tours apporte LA réponse » ? Non. Il apporte UNE réponse, au demeurant médiocre. En particulier, le principe selon lequel « au premier tour on choisit, au second on élimine » n’est pas toujours vérifié en pratique : ainsi le premier tour de l’élection présidentielle Française de 2002 a sélectionné un candidat extrémiste, ce qui a transformé le second tour en plébiscite caricatural de son adversaire. De même l’élection présidentielle Française de 2007 a fait ressurgir la notion de « perdant de Condorcet », à savoir un candidat éliminé au premier tour qui aurait battu l’un et l’autre des candidats encore en lice s’il avait atteint le second tour. Ces travers et d’autres sont bien réels, connus et étudiés par la théorie du choix social, et des alternatives existent, voir par exemple la théorie du jugement majoritaire (http://ceco.polytechnique.fr/jugement-majoritaire.html).

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    18 septembre 2008 à 8 08 32 09329
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    @ Anoir: Oui, je connais les aberrations qui peuvent se glisser. C’est pour cela que je propose non seulement deux tours, mais un premier tour BINOMINAL. L’électeur y indique son premier et son deuxieme choix. Si un deuxième tour est nécessaire, ce sont les candidats qui ont obtenu le plus de premier ET de deuxieme choix qui y sont appelés. Pour « éviter la situation absurde de DEUX (2) partis extrémistes se glissant au deuxième tour et enlevant à l’électeur tout choix d’un juste milieu » Si cette approche avait été appliquée, je crois fermeent que Jospin aurait été au deuxième…

    PJCA

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