La BNS et Philippe Hilderbrand dans la cour des nains

Le cours de l’Euro vis-à-vis de la monnaie Helvétique a donc atteint à 1.3730 un record de baisse en clôture de marché vendredi dernier, véritable tour de force accompli par le Franc Suisse dans un contexte de raffermissement de l’Euro par rapport à toutes les autres devises puisqu’il a connu sa meilleure semaine depuis Septembre 2009! La Banque Nationale Suisse était pourtant intervenue inlassablement et à grande envergure depuis six mois dans le but d’interrompre l’appréciation de sa monnaie. Néanmoins, son entrée sur le marché des Changes afin de vendre des Francs Suisses impressionnait de moins en moins puisque, si les cours étaient de retour aux niveaux préalables à son intervention au bout de 24 heures en début d’année, ce laps de temps s’était réduit à … 2 heures lors de sa dernière salve de vente de Francs Suisses il y a quelques jours…  

Il est vrai que, lors de son accession à la Présidence de la Banque Centrale en ce début d’année 2010, Philippe Hildebrand avait hérité d’une longue tradition de lutte contre la fermeté endémique de la monnaie Helvétique, politique qu’il poursuivit évidemment tant et si bien que la Banque Nationale Suisse est actuellement en train de subir les plus importantes pertes de son histoire sur le marché des Changes! A l’appui de cet activisme forcené, le patron de la BNS mettait constamment en exergue sa priorité qui était la lutte contre le spectre de la déflation qui menaçait l’économie Suisse. C’est ainsi qu’au fil de ces interventions répétitives et massives, le communiqué de la BNS égrenait de manière Pavlovienne un refrain à chaque fois identique  réaffirmant qu’elle lutterait avec détermination contre l’appréciation d’une devise annonciatrice de déflation… 

En réalité, cette  déflation qui devait être combattue à tous prix fut également l’occasion d’un dérapage quasiment incontrôlé de la part de Philippe Hildebrand et de ses équipes! Dotée de réserves en devises de 230 milliards de Francs Suisses, soit la moitié du P.I.B. du pays, la BNS – après avoir reconnu une ardoise de 3 milliards de Francs Suisses en Mars dernier – devrait subir en ce mois de Juin 2010 une perte cumulée de 8.5 milliards de Francs Suisses du fait de ces interventions entêtées à coups de 50 milliards d’Euros! Hormis le fait que ces 8.5 milliards de Francs représentent une taxe déguisée de 1’000 Francs par citoyen Suisse qui devrait soulever de légitimes interrogations à l’intérieur du pays, ils seraient l’équivalent d’une perte de 200 milliards de Dollars pour la Réserve Fédérale Américaine en proportion du P.I.B. de chaque pays! En d’autres termes, les pertes subies par la BNS et par la Confédération Helvétique sont relativement catastrophiques: En fait, la Banque JP Morgan estime que Philippe Hildebrand a dilapidé plus du tiers du P.I.B. de son pays en interventions stériles qui se sont donc soldées la semaine dernière … par un abandon unilatéral de cette politique activiste doublée de l’invraisemblable décision de laisser désormais librement flotter le Franc Suisse! 

Comment la BNS, pourtant habituée à ce type de manipulations sur le marché des Changes, ne s’est-elle pas rendu compte plus tôt d’une évidence enseignée aux apprentis-cambistes, à savoir qu’une intervention n’est couronnée de succès que si elle est effectuée en concertation avec d’autres Banques Centrales. La Banque Centrale Suisse, qui n’est tout simplement pas de taille à absorber les flux quotidiens internationaux en Francs Suisses ni capable de tenir tête toute seule à un marché dont on sait qu’il est le plus important au monde, est donc forcée aujourd’hui – faute de munitions et sous la pression de pertes inimaginables – à reconnaître son échec et à laisser sa monnaie atteindre des niveaux décrétés par les marchés! Tout ceci pendant que M. Hildebrand – soucieux de sauver la face – effectue un virage burlesque par le biais d’un communiqué où il déclare la semaine passée qu’aux niveaux actuels de la parité de l’Euro/Chf – soit à 1.37 – « le risque déflationniste en Suisse a largement disparu » alors qu’il prenait très sérieusement ces risques en compte quand les cours étaient plus favorables, c’est-à-dire à 1.40 ou à 1.43…! En réalité, la lutte contre la déflation a été naturellement reléguée au second plan du fait d’une autre et encore plus grave préoccupation de la BNS consistant en ses pertes phénoménales sur le marché des Changes doublées d’un risque important au niveau de la Masse Monétaire généré par ces interventions à répétition!  

En définitive et outre certains exportateurs et le secteur du tourisme qui n’ont bénéficié qu’à la marge de cette pression sur le Franc Suisse, ces interventions auront surtout profité aux … spéculateurs. Effectivement, Philippe Hildebrand et la BNS auront surtout, au fil de leurs ventes de Francs Suisses, fait le jeu d’une spéculation tout heureuse d’avoir l’opportunité d’acheter une monnaie Helvétique moins cher qu’elle était certaine de revendre à meilleur prix quelques jours ou quelques heures plus tard. Le but de l’intervention d’une Banque Centrale étant ainsi de rétablir des conditions usuelles de marché où les acheteurs prennent autant de risques que les vendeurs, la BNS a donc totalement échoué à remplir sa mission car elle n’a fait que faciliter la tâche des acheteurs de Francs Suisses en leur garantissant l’achat de sa monnaie à des prix intéressants!  

Outre les coûts de ces opérations qui devront être assumés par le contribuable Suisse, la BNS a commis une erreur tactique d’une légèreté impardonnable car une Banque Centrale qui se respecte ne pénètre dans l’arène que pour livrer une bataille qu’elle est certaine de gagner!

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