La contre-réforme du gouvernement est celle du Medef : l’aveu de Laurence Parisot

La patronne du Medef monte spectaculairement au créneau pour fustiger les grévistes : encore un effort, camarade, n’oublie pas les paroles de Maître Yoda : « Quand le patronat se plaindre tu entendras, sur la bonne voie tu seras, continuer à l’affoler tu devras ». Ne lâchons rien, nous sommes des millions ! Et exigeons le retrait de cette réforme antisociale des retraites qui est bien, ainsi que Laurence Parisot l’a avoué involontairement sur France Info, celle du Medef !

Les effets de notre grève du zèle, qui en est déjà à son sixième jour, commencent à porter leurs fruits : faut-il que plumedepresse dérange pour que Laurence Parisot en personne, ci-devant présidente du Medef, en vienne à sortir du bois pour prendre la parole sur les antennes de la radio du service public ! Ou bien est-ce plutôt la perspective d’un blocage généralisé de l’économie du pays, avec pénurie de carburant (compte à rebours toujours enclenché, pour dans « quelques jours » selon la CGT), blocage des routes et des transports ? Toujours est-il que la Parisot n’a pas de mots assez forts pour fustiger les grévistes. Morceaux choisis, puisés dans Libération : « C’est toute la fiabilité de la France qui est en question. L’image et la fiabilité de la France, c’est quelque chose de très concret », a-t-elle déclaré. La journée d’action « peut avoir un impact sur les relations commerciales, sur les relations de partenariat. Le nombre de réunions qui dans la semaine vont être annulées parce que le partenaire français de la réunion européenne ne pourra pas être présent, c’est incalculable », a souligné la patronne du Medef. « J’ai l’impression que beaucoup ne mesurent pas que tout ceci participe à une dégradation très préjudiciable pour chacun de nous de notre réputation », a-t-elle ajouté. Alors que « ce que nous sommes en train de faire en ce moment, c’est tout simplement de sauver le système de répartition », estime la présidente de l’organisation patronale. « Cette réforme est le fruit d’une très grande concertation et de beaucoup de compromis. Je suis étonnée de voir que certains considèrent qu’il n’y a pas eu de dialogue alors qu’il y a eu de nombreux échanges et que chacun a apporté ses idées, sa contribution », a-t-elle poursuivi. Considère-t-elle que c’est bonne réforme ? Pour Mme Parisot, « c’est un bon compromis, et c’est un compromis que chaque Français devrait s’approprier ». En outre, à ceux qui estiment qu’il faudrait agir d’abord contre le chômage pour aider les retraites, Mme Parisot a répondu que « le fait majeur qui explique le déficit du système par répartition, c’est l’évolution de la démographie. Même si on fait l’hypothèse d’un taux de chômage très bas, ce déficit sera présent. » Joli morceau de bravoure.

Hypocrisie, mauvaise foi et propagande

Bon, on l’a compris, c’est la catastrophe : des réunions commerciales européennes vont être annulées ou se tenir sans le représentant français, imaginez l’horreur. Pis, ce dernier ne sera du reste certainement plus invité à l’avenir, puisque « les Français sont toujours en grève ». Ah que cette sale réputation va gravement nous nuire sur le marché des échanges internationaux : on va en perdre des contrats, vous verrez ! Autant dire que notre pays se met au ban du monde moderne ! Les avantages sociaux, le droit du travail qui protège les salariés, tout ça c’est ringard ! Comment voulez-vous qu’on soit compétitif s’il faut tenir compte des desideratas de la piétaille ? Et la « fiabilité de la France », ça compte, bon sang ! Ils y pensent ces irresponsables qui, au lieu de sagement se laisser exploiter et travailler de plus en plus dur et de plus en plus longtemps pour gagner de moins en moins, se piquent de ne plus accepter n’importe quoi ? Allons, se mettre en grève n’est pas raisonnable : comment allons-nous garantir à nos actionnaires leurs beaux dividendes et payer leurs golden-tout-ce-que-vous-voulez à nos dirigeants, si les gens arrêtent de travailler pour nous ? Nous venons de pratiquer un saisissant exercice d’empathie – et nous en sortons tout chamboulé ! -, dans la peau de celle qui déclare tranquillement : « Est-ce si catastrophique que ça de partir à la retraite à 63 ans et demi ? » Ça dépend de ton boulot, infecte égoïste nantie pourrie ! Mais calmons-nous un peu et penchons-nous plus sérieusement sur les foutages de gueule qui tiennent lieu d’arguments à Parisot. « Cette réforme est le fruit d’une très grande concertation et de beaucoup de compromis. Je suis étonnée de voir que certains considèrent qu’il n’y a pas eu de dialogue alors qu’il y a eu de nombreux échanges et que chacun a apporté ses idées, sa contribution. » Tiens, mais comme c’est curieux, la solution retenue, après toutes ces simagrées de « concertations », c’est précisément celle que réclamait le Medef ! Le compromis (« chose due », complétait Coluche) a consisté à ne tenir aucun compte de ce que proposaient toutes les autres organisations. Un compromis, dit le dictionnaire, est un « accord entre des parties, impliquant des concessions réciproques ». Quelles sont les concessions du gouvernement ? Et où est l’accord ? Qui est d’accord avec le gouvernement, parmi les partenaires sociaux, à part le Medef ? Ah le joli compromis. Les mots ont un sens, Laurence ! Et que dire d’un « dialogue » qui commence par ces termes : « vous pouvez bien faire ou dire ce que vous voulez, quoi qu’il arrive, ce sera 62 et 67 ans » ? Prends-nous pour des gogos, Parisot ! Enfin, affirmer : « le fait majeur qui explique le déficit du système par répartition, c’est l’évolution de la démographie. Même si on fait l’hypothèse d’un taux de chômage très bas, ce déficit sera présent » est pure manipulation. Le nombre d’actifs n’a en effet pas de sens si l’on ne prend pas en compte l’évolution de leur productivité, et la notion de déficit non plus sans considérer la progression des richesses, à l’horizon où ce déficit se présentera, qui permettra de le juguler sans sacrifices autres qu’accorder une part moins importante desdites richesses aux profits du capital, qui se gave sans mesure depuis 20 ans. Juste en rééquilibrant la part du travail.

Evidemment, Parisot sait tout cela mais, en bonne petite propagandiste, rien ne l’arrête, pas même de qualifier le texte du gouvernement de « bon compromis » le même jour qu’un sondage révèle que 61% des Français sont favorables à une grève « durable et continue ». Nos compatriotes ont bien compris que, loin d’un compromis, il s’agit d’un coup de force ! Alors peu nous chaut présentement l’ « image » et la « réputation » de la France. S’il faut aujourd’hui créer la pagaille, c’est à cause de l’entêtement de cette caste dirigeante à refuser d’écouter le peuple. En démocratie, celui-ci est souverain, et il va simplement se charger de le rappeler à nos voleurs de retraites. Marre de suer sang et eau pour une minorité de privilégiés qui se gobergent ! Et ils ne parviennent même plus à s’en cacher : « ce que nous sommes en train de faire en ce moment, c’est tout simplement de sauver le système de répartition », déclare benoîtement Parisot. Outre le fait qu’au contraire, le texte ouvre des brèches dans lesquelles vont s’engouffrer les assurances privées – tiens, elles sont membres du Medef ! -, loin de sauver le système par répartition, c’est le « ce que nous sommes en train de faire » qui nous interpelle. Qui ça, « nous » ? Parisot parle exactement comme le ferait le chef de l’Etat : « ce que nous sommes en train de faire, avec mon Premier ministre »… La seule différence, c’est qu’elle ne précise pas, l’ingrate, « avec mon président de la République ».

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